19.03.2009
Tristan Tzara - La main passe
Marié aux larges masses d'insoumis, brassé dans l'universel attroupement des choses, livré aux dénicheurs de graves tourments, aux radicelles humaines figées dans le recueillement et la complicité des jaloux, tu te regardes accomplir les gestes quotidiens dans les limites serrées des souples 'branches. Au désir de papier buvard, tu t'opposes, tu t'agites sous le vent d'un sillage toujours en fleurs. Que je n'arrive pas à distinguer des choses les fantômes des parties qui ont aidé à leur épanchement hors de moi, cela est dû à la continuité de leur action médiatrice entre le monde et mon adolescence. Et, désormais soumis à un sentiment, morcelé et étranger, de gouffre, pouvais-je, sinon subir avec terreur leur désertique et ferrugineux appel? Tout l'espace terreux se cabrait sous les bancs de nuages. Je me suis entouré d'hivernages fragiles, de forces desséchantes. Que reste-t-il d'humain sur les glabres visages tannés par les lectures et les astreingeantes politesses des dossiers dont je me suis constitué un décor famélique? Coutumière faiblesse il sera dit un jour de révolte que les yeux qu'on a cherchés étaient vides de la joie des hommes. Et les hommes et la joie, j'ai toujours essayé de me mêler à eux, à défaut de la féroce fusion promise que l'on trouve cependant encore vivante au fond résiduel des contes, parmi les germes de froid et les portes parsemées d'enfances.
La Main passe - 1935
![puiss_cl [web520]](http://static.skynetblogs.be/media/2129/dyn003_original_520_487_jpeg_2646967_65753f9837e5173f0cae10820c30a5cf.jpg)
Roberto Matta
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17.03.2009
Tristan Tzara - La face intérieure (extrait)
Alors le feu partit entre les hommes
Espagne mère de tous ceux que la terre n'a cessé de mordre depuis que dans la mort ils ont cherché la cruauté de vivre
la force du soleil aux poutres des vieux pains
II n'y a pas de sourire qui n'ait fondu en sang
les cloches se sont tues les yeux écarquillés
ce sont des poupées d'horreur qui mettent les enfants au lit
l'homme s'est dépouillé de la misère des mots
les champs montrent leurs crocs les maisons éteintes
celles restées debout dans les linceuls sèchent au soleil
disparaissez images de pitié sous les dents dénudées
les botes font sonner la monnaie des traîtres...
J'aurais eu la clarté pour moi
Sur les routes de Joigny au soleil enlacé
que suis-je à l'abri d'une apparence en marche
onze ans de mort ont passé sur moi
et la bruyère n'a pas attendu le prix de sa fougue
n'a pas attendu la récompense de son calme
pour signifier à la vie les pompes du renouvellement
tandis que rêche écorce montagne de rafales
j'ai dépassé en course l'immortalité de l'illusion...
![matta2 [web520]](http://static.skynetblogs.be/media/2129/dyn003_original_520_340_jpeg_2646967_86ae5aa552aea77e94937ae93d844073.jpg)
Roberto Matta
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16.03.2009
Tristan Tzara - Pour faire un poème dadaïste
Pour faire un poème dadaïstes
Prenez un journal
Prenez des oiseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voici un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.
Manifeste sur l'amour faible et l'amour amer. - 1921.
![SurrealismMatta1 [web520]](http://static.skynetblogs.be/media/2129/dyn003_original_410_520_jpeg_2646967_16c6926146fb62f8934b2cae0aa95b65.jpg)
Roberto Matta
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15.03.2009
Tristan Tzara - L'eau creusait de longues filles
L'eau creusait de longues filles précieuses dans l'ombre de sable. Nous nous incrustâmes dans la nuit. Aucun chagrin n'a résisté aux occultes virulences. Loin des pierres, dans leur centre. Les épines n'ont connu de plus belles raisons de s'anéantir. Un fruit, le remords, comme une capsule de lumière. Et la couronne au centre avec la courrone d'épines. Immense lumière qui jette sur la plage des fruits inassouvis, en loques, juteux avant-coureurs de la mort. C'est toute la pauvreté de la campagne. Les faits inassouvis.
L'absence de rêve, ni grave ni triste. Mais à jamais rocheuse et veinée d'époques lointaines, de souvenirs vineux et de courses à la mort. Immuable mélancolie des couvertures d'eau qu'un dormeur de charbon tire jusqu'au cou. Mais, bras dessus, bras dessous, les vagues s'en allèrent des lieux de la pensée et ne laissèrent au goût salin que leur frileux souvenir de soleil.
Hideuse, la face échangea des lumières avec le phare. Et les animaux monstrueux retrouvèrent leur posture placide au creux de l'oubli. Toute la désolation immensément phosphorescente d'une main tendue à un tournant de la mer.
Minuits pour Géants in L'Antitête - 1933
![u0008197big [web520]](http://static.skynetblogs.be/media/2129/dyn003_original_520_414_jpeg_2646967_9cfcdce00b7f53f04a131558dd9ae3b2.jpg)
Roberto Matta
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14.03.2009
Tristan Tzara - Les portes se sont ouvertes
Les portes se sont ouvertes sans bruit ce sont des ailes
de lourdes landes aux bras tendus
les steppes de fer enjambent les canaux
parsemés d'ossements de caravanes perdues en route
les corps tendus des routes suspendues
brûlent dans le gosier des froides foules
dans le lit du fleuve gît une lumière fauve
et fend l'air à la proue de verre
mûrir les yeux dans la prison des mers
endormir dans les nombres
les galets parmi les rayons nourriciers
aucune douleur n'amorce les vagues de lèvres
l'ennui s'est échoué sur la plage de textiles sauvages
et les sabliers des corps de soleil
immobilisent l'heure et la charrue
fumée
ligne
amer
une nuée de fleuves impétueux emplit la bouche aride
ni l'homme ne rencontre l'homme
ni la barrière de pierre et les glaciers d'hommes
nus n'ont visité ces lieux ce sont des ailes
les portes se sont ouvertes sans bruit
personne ne tremblera - un cri tourmente la laine
l'existence même
et les mauvaises pistes de clairons
foreuses de tempêtes ce sont encore des ailes
sous les écailles des racines se vautre un soleil pour vautours millénaires
il sonne des éclairs dans la fatigue des eaux
Où boivent les loups - 1932
![etreavec_cl [web520]](http://static.skynetblogs.be/media/2129/dyn003_original_520_397_jpeg_2646967_90686342bcd075f43343ab05c038fe15.jpg)
Roberto Matta
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13.03.2009
Tristan Tzara
Tristan Tzara est né à Moinesti (Roumanie) en 1896. Pendant la première guerre mondiale, il séjourne à Bâle où il contribue à la fondation du mouvement Dada avec Ball, Arp et Huelsenbeck.
En 1916, il publie le premier texte dadaïste: Les Aventures Célestes de Monsieur Antipyrine. Il fonde également la revue Le Cabaret Voltaire à laquelle collaborent Apollinaire, Picasso, Cendrars, Kandinsky et Modigliani. En 1918, il publie le Manifeste Dada et, l'année suivante, se rend à Paris où les surréalistes l'accueillent avec enthousiasme.
A partir de 1920, Tzara organise avec les surréalistes une série de manifestations qui feront scandale. En 1922, il se sépare de Breton qui refuse à garder une attitude purement nihiliste. Tzara reste quelques temps en dehors du groupe surréaliste, mais il y revient en 1929.
Tzara participe aux activités du mouvement jusqu'en 1935 et collabore notamment au Surréalisme ASDLR. Passé cette date, l'activité de Tzara qui fini par adhérer au Parti Communiste cesse peu à peu de concerner le surréalisme.
En 1938, il voyage en Espagne où de 1934 à 1936 il avait été secrétaire du Comité pour la Défense de la Culture Espagnole. Pendant la guerre, il participe à la résistance intellectuelle et vit clandestinement dans le Midi de la France. A la libération, il participe à Toulouse à la fondation de l'Institut d'Etudes Occitanes. Depuis la fin de la guerre, il vit à Paris.

Tristan Tzara par Delaunay
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12.03.2009
Philippe Soupault - Médaille de sauvetage
Mon nez est long comme un couteau
et mes yeux sont rouges de rire
La nuit je recueille le lait et la lune
et je cours sans me retourner
Si les arbres ont peur derrière moi
Je m'en moque
Comme l'indifférence est belle à minuit
Où vont ces gens
orgueil des cités
musiciens de village
la foule danse à toute vitesse
et je ne suis que ce passant anonyme
ou quelqu'un d'autre dont j'ai oublié la nom
![a-_inside_light,_Roberto_Mattas [web520]](http://static.skynetblogs.be/media/2129/dyn003_original_426_520_jpeg_2646967_b931ead21164cd92e9f33ace0bc40c51.jpg)
Roberto Matta
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