19/09/2008

Man Ray

Né à Philadelphie en 1870, Man Ray avait 17 ans lorsqu'il arriva à New York déjà passionné de dessin; mais la sagesse paternelle l'orienta vers l'architecture. II fréquente diverses écoles puis abandonne ses études et continue à vouloir faire de la peinture, surtout après avoir vu l'Armory Show. 

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Man Ray.

En 1911, il confectionne une tapisserie faite de rectangles de tweed, de flanelle et de cheviotte provenant de l'album d'échantillons d'un tailleur. En 1913, il peint un portrait multiple suivi en 1915 d'abstractions à base végétale. Il invente des objets anti-art tels que le Métronome et la Spirale. En 1916 et 1917, il réalise une série de collages baptisés Revolving Doors ainsi que Boardwalk, une composition faite de peinture à l'huile et de l'as­semblage d'un échiquier et d'un bouton de porte.

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Man Ray: Métronome.
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Man Ray: Revolving Doors.
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Man Ray: Boardwalk.

C'est en 1913 qu'il organise la première exposition de ses peintures et de ses objets à la Galerie Daniel. Pour vivre, il devient dessinateur technique: 

J'ai dessiné des lettres et aussi des cartes, et même des planches anatomiques chez un éditeur d'ouvrages de médecine. J'étais lié à cette époque avec Marcel Duchamp, rencon­tré dès la première semaine de son séjour à New York, et je travaillais avec lui. Je travaillais avec Picabia également lorsqu'il vint à New York en 1917 chargé d'acheter du sucre pour le compte du gouvernement français. Mission qu'il oublia dès qu'il eut mis les pieds sur les quais de l'Hudson. 

Après avoir fait la connaissance de Duchamp, il collabora avec lui à la créa­tion des revues The Blind Man et Ronwrong. Man Ray faillit être décapité par la pale détachée d'un des mobiles de Duchamp. Remis de sa peur, il composa des tableaux dans lesquels il incorporait des objets réels: boulons, boutons de sonnette, ampoules électriques, réflecteurs... Il peignit également un certain nombre d'abstractions à l'aérographe dont il avait appris l'emploi pendant ses études d'architecte. 

En 1921, il vint à Paris où il rencontra Tzara, Aragon, Soupault, Péret, Eluard et Breton. L'invitation pour le vernissage de l'exposition de ses peintures à la Galerie Six était formulée comme suit: 

Ni fleurs ni couronne ni parapluie ni saints ni cathédrales ni tapis ni paravents ni système métrique ni espagnol ni calendrier ni rosés ni bar ni incendie ni bonbons. 

Dans le catalogue, Man Ray écrivit ces lignes pour se présenter: 

Monsieur Ray est né on ne sait plus où. Après avoir été successivement mar­chand de charbon, plusieurs fois millionnaire et chairman du chewing-gum trust il a décidé de donner suite à l'invitation des dadaïstes et d'exposer à Paris ses dernières toiles.

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Man Ray: Le Violon d'Ingres - 1919

Considérant la photographie comme une occupation aussi importante pour lui que la peinture, il invente de nombreux procédés d'agrandissement photographique, la gravure sur plaque photographique, un système de photographie en couleur et les "rayogrammes". Cette dernière trouvaille con­sistait à placer sur du papier sensible des objets divers et d'exposer le tout en les éclairant sous un certain angle. Il employa le même procédé pour réaliser la premier film dadaïste. 

Un soir Tzara vint chez moi pour m'annoncer qu'il faisait une conférence le lendemain et qu'il avait inscrit au programme un film dadaïste de moi. Je pro­testai. Jamais je n'avais fait de film, et je n'avais pas assez de temps pour en faire un. Cà ne fait rien, dit-il, débrouille-toi. Après tout, l'aventure m'amusait. J'achetai trois cent mètres de film que je coupai en morceaux d'un mètre. Je les alignai sur une table et je répandis au hasard du poivre, du sel, des clous, des épingles, des punaises et des prismes de cristal. Lumière! Je développai le tout, recollai les bandes et le lendemain, je pus présenter le premier film dadaïste au milieu des cris d'oiseaux et des miaulements. Il fallut appeler la police pour faire évacuer la salle. 

Man Ray réalisa de nombreux autres films dont le dernier, intitulé L'Etoile de Mer fut le plus célèbre.

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Man Ray: The Gift.

18:30 Écrit par Lucky dans 02 Dada-New York 1915-1920 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : man ray |  Facebook |

18/09/2008

Francis Picabia

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Francis Picabia - Udnie

Francis Picabia exposa à l'Armory Show ses toiles orphiques "Procession à Séville", "Danses à la source" et "Paris". Vu le succès de ses oeuvres, Stieglitz lui propose d'exposer à la Galerie 291. Ne possédant aucune toile, Picabia exécute en quelques jours des aquarelles abstraites "machinistes". 

C'est à cette période que l'on doit les meilleures oeuvres de Picabia et en particulier Udnie (1915). Picabia contribua aussi aux revues The Blind Man, Rongwrong et New-York Dada avec ses amis Duchamp et Man Ray.

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Francis Picabia

17/09/2008

Arthur Cravan

Arthur Cravan qui, à Paris, contribuait à la revue Maintenant, avait pris l'habitude de distribuer les plus graves insultes comme d'autres distribuent des pralines. Presque toujours ivre, il insultait sans mesure, et avec génie, presse et public, inconnus ou amis. En 1916, à Madrid, il provoqua en combat singulier le boxeur noir Jack Johnson, mais fut battu au premier round. 

cravanLors du vernissage du Salon des Indépendants à New-York, Cravan devait faire une conférence.

L'aventurier, complètement ivre, arriva sur l'estrade traînant une valise remplie de linge sale dont il jeta les pièces à travers la salle. L'incar­tade dénoncée par toute la presse fit la joie de Duchamp qui s'écria: 

Quelle merveilleuse conférence! 

En fait Cravan n'avait prononcé aucune parole, les agents l'ayant arrêté au moment où il entreprenait de se déculotter. Arthur Cravan disparut lors de son expédition à bord d'un petit bateau du Mexique à la mer des Caraïbes, infestée de requins.

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Arthur Cravan
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Arthur Cravan

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 La revue littéraire Maintenant, dirigée par Arthur Cravan.

16/09/2008

Marcel Duchamp

C'est au cours de cet Armory Show que les trois frères Duchamp présentèrent leurs oeuvres au public américain, mais c'est surtout Marcel Duchamp qui se fit remarquer en exposant "Nu descendant un escalier", "Portrait de joueurs d'échec" et "Le roi et la reine entourés de nus vite". La première de ces toiles suscita un véritable scandale: Marcel Duchamp, sous l'influence du mouvement futuriste de la même époque, y représentait un nu dans cinq positions différentes se superposant. Il devait déclarer à propos de ce premier succès:

Je ne me rendais pas compte moi-même de l'importance que ce succès pouvait avoir dans ma vie. 

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Portrait de Marcel Duchamp.

Dans un entre­tien avec Pierre Cabanne, il ajoute: 

Ce qui a contribué à l'intérêt provoqué par cette toile, c'est le titre. On ne fait pas une femme nue qui descend un escalier, c'est ridicule. Cela ne vous semble plus ridicule maintenant parce qu'on en a beaucoup parlé, mais quand c'était nouveau, surtout vis à vis du nu, ça paraissait scan­daleux, un nu doit être respecté... Sur le plan religieux, puritain, il y a eu aussi une offensive. Tout cela a contribué au retentissement du tableau. Et puis il y a eu les peintres de l'autre bord qui s'y sont opposés carrément. Cela a déclenché une bataille. J'en ai profité, voilà tout. 

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Marcel Duchamp - Nu descendant un escalier.

Poussé par ce succès, Marcel Duchamp quitte Paris en 1915 et se rend à New-York. Dans ses bagages, il transporte un ballon de verre qui, provenant de Paris, contient évidemment de l'air de Paris, comme cadeau pour san ami Arensberg qui deviendra par la suite son collectionneur exclusif. 
 

A New York, Duchamp se fait de nombreux amis parmi lesquels le musicien Egard Varèse, Henri-Pierre Roché (auteur de Jules et Jim), Man Ray, Picabia, Arthur Cravan, Stieglitz et le peintre américain Arthur Dove. 

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Marcel Duchamp: Porte-bouteille.

En 1915, il présente au public américain ses "ready-made": roue de bicyclette montée sur un tabouret, un porte-bouteilles, et, finalement, un urinoir qu'il s'est contenté de signer. Duchamp nous explique lui-même comment il découvrit ses "ready-made":
 

Déjà en 1913, j'avais eu l'heureuse idée de monter la roue d'une bicyclette sur un tabouret de cuisine et d'observer sa manière de tourner. Quelques mois plus tard, j'ai acheté une reproduction bon marché d'un paysage d'hiver que j'ai appelle "Pharmacy", après y avoir ajouté deux petites touches à l'horizon une rouge et une jaune. A New York en 1915, j'ai acheté dans une quincaillerie une pelle à neige, sur laquelle j'ai inscrit "In advance of a broken arm" (En prévision d'un bras cassé). C'est à peu près à cette époque que le mot "ready-made" m'est venu à l'esprit pour désigner ce genre de manifestation. Un certain état de chose que je tiens à élucider est que le choix de ces "ready-made" n'était jamais dicté par une délectation esthétique. Ce choix était toujours basé sur une réaction d'indifférence visuelle, en même temps q'une absence totale de bon ou mauvais goût... en fin de compte une anesthésie complète. 

Une des caractéristiques importantes réside dans la brièveté des phrases dont je ne servais occasionnellement pour titrer mes "ready-made". De telles phrases sont destinées à conduire les pensées des spectateurs vers d'autres domaines verbaux (littéraires). Quelquefois, j'ajoutais un détail graphique destiné à satisfaire mon goût de l'allitération - alors je l'appelais "ready-made aided" (ready-made aidé ou fabriqué). Une autre fois, afin de mettre en évidence l'in­compatibilité fondamentale et la contradiction de l'art et du "ready-made", j'ai inventé un "reciprocal ready-made": un Rembrandt utilisé comme planche à repasser. 

Je réalisais très vite le danger d'une répétition arbitraire de cette forme d'expression et décidais, en conséquence, de limiter la production de "ready-made" à un petit nombre par an. Je me rendais compte à l'époque que l'art est pour les spectateurs plus que pour l'artiste lui-même un moyen de provoquer une obsession comparable à l'opium, et je voulais protéger mes "ready-made" de telles impuretés. 

Un autre aspect des "ready-made" est leur marque d'unicité... La reproduction d'un "ready-made" transmet le même message... en fait, presque aucun des "ready-made" qui existent aujourd'hui n'est un original dans le sens conventionnel du mot. Encore, pour terminer, une remarque concernant ce cercle vicieux puisque tous les tubes de couleurs que l'artiste utilise sont des produits indus­triels et "ready-made", nous devons conclure que tous les tableaux dans le monde sont des "ready-made". 

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La Joconde L.H.O.O.Q.

En 1919, Marcel Duchamp pare une reproduction de la Joconde d'une paire de moustaches et l'intitule "La Joconde L.H.O.O.Q." Il dessine aussi un chèque entièrement à la main et intitule une fenêtre fermée "La Bataille d'Austerlitz". Quant à "Why not sneeze Rose Sélavy?" (Pourquoi ne pas éternuer Rose Sélavy?), c'est une cage remplie de morceaux de marbre découpés en forme de carrés de sucre. "Rose Sélavy" a été souvent employée par Duchamp pour ses démonstrations poétiques telles que "Rose Sélavy et moi esquivons les ecchymoses des Esqui­maux aux mots exquis".
 

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Marcel Duchamp: Grand Verre.

Avec la collaboration de son ami Man Ray, Duchamp crée deux revues: The Blind Man et Rongwrong. Cette dernière, particulièrement destinée aux aveugles, avait une couverture qui représentait deux chiens se saluant à la manière des chiens. En 1918, il termine dans son atelier à l'Upper Broadway à New York, son oeuvre maîtresse: c'est une peinture sur verre de grand format intitulée "Grand Verre" ou encore "La Mariée mise à nu par ses célibataires même". Chaque détail de cette oeuvre a été calculé minutieusement dans de nombreux dessins préparatoires. Pendant un an et demi, Marcel Duchamp y laissa la poussière s'y dépo­ser pour obtenir une certaine qualité picturale. Puis, après que Man Ray l'ait photographié, il nettoyé son "Grand Verre" à l'exception de certains endroits où il fixe la poussière donnant ainsi une légère coloration jaunâtre. Le verre terminé fut transporté à une exposition à Brooklyn. Pendant le transport, le verre se cassa de sorte que de fines fissures se sont formées, telles une toile d'araignée dont les lignes traversaient les figurations. Marcel Duchamp a re­connu ce hasard de la cassure et c'est avec ces nouvelles lignes dans le verre comme dernier raffinement que l'oeuvre a été déclarée terminée en 1925.
 

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Marcel Duchamp: Urinoir.

Depuis lors, Duchamp abandonne peu à peu le domaine artistique pour se consacrer uni­quement aux échecs. Cependant, on lui doit encore quelques oeuvres telles que "Moulin à Café", "Broyeuse de Chocolat". "La Fiancée" est composée de segments de cercles isolés qui tournent et appellent ainsi des effets optiques de cercles et de spirales à 5 dimensions.
 

Il créa aussi un certain nombre de vitres qui, mises en mouvement, posaient des problèmes d'effets optiques apparents et "psysiologicovisuels". Ces dernières expériences eurent une considé­rable influence sur le groupe N de Padoue, le groupe T de Milan et le Groupe de Recherche Visuelle de France ainsi qu'en Espagne et en Allemagne. 

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Marcel Duchamp: Why not snooze Rose Selavy - 1919.
 

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Marcel Duchamp.

15/09/2008

Alfred Stieglitz

Alfred Stieglitz (1864-1946) fut le premier à considérer la photographie comme un art qui peut exprimer autant que la peinture ou que la poésie. Photographe depuis 1902, il réunit autour de lui un groupe de jeunes photographes qui veulent être incorporés au rang d'artistes. C'est avec son ami luxembourgeois Edward Steichen (né en 1879) qu'Alfred Stieglitz fonde en 1902 une Photo-Sécession, société de pho­tographes modernes. 

stieglitzEn 1905, il fonde sa propre galerie d'exposition de photographies dans, un grenier au numéro 291 de la Cinquième Avenue. En 1907, il y adjoint une ex­position de peinture où il présente en 1908 Rodin et Matisse, provoquant ainsi un énorme scandale. 

Peu à peu, Stieglitz abandonne la photographie pour se consacrer exclusivement à la peinture d'avant-garde en exposant successivement Toulouse-Lautrec, Rousseau, Cézanne, Picasso et quelques peintres américains. 

En 1913, deux expositions vont avoir une influence considérable sur Alfred Stieglitz. Ce sont l'International Exhibition of Modem Art organisée par Davies et Kühn et l'Armory Show, organisée dans une caserne de Lexington Avenue. Ces deux expo­sitions confrontent pour la première fois le public avec une peinture tout à fait nouvelle.

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Photographie de Alfred Stieglitz.