25/09/2008

Dada soulève tout

Au début de 1921, un pamphlet intitulé Dada soulève tout proclame le côté international du mouvement. Le 2 mai 1921, André Breton présente Max Ernst à la galerie Au Sans Pareil où, le mois suivant, Picabia expose ses oeuvres. 

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Dada soulève tout.

Mais le public, déjà habitué aux scandales Dada, se désintérresse peu à peu du mouvement. Dada piétine et le patron sur lequel étaient calquées les manifestations ne se renouvelle pas. Vu cette situation, les dadaïstes établissent deux nouveaux projets: des excursions et le procès factice de Barrès.
 

Le 14 avril 1921, une première excursion est organisée à Saint-Julien-le-Pauvre. Mais la pluie est aussi au rendez-vous; personne ne vient et cette première et dernière excursion se solde par un échec total. 

Le procès Barrès, mélange de farce et d'idéalisme, réunira pour la dernière fois les dadaïstes dont certains prirent très au sérieux cette dernière manifestation. Breton, assisté de Dermée et Fraenkel, était le président de la cours, Ribemont-Dessaigne le procureur, Aragon et Soupault les avocats, Tzara, Rigaut, Péret et d'autres les témoins, tandis que Barrès, jugé par contumace pour "crime contre la sûtreté de l'esprit" était représenté par un simple mannequin. 

A la suite le cette "affaire Barrès", les chemins des trois groupes formés autour de Breton, Tzara et Picabia se séparèrent. Le trois expositions et les publications continuèrent mais perdirent peu à peu leur caractère provocateur, tandis que les dadaïstes vivent de leurs expériences séparément.  

Breton décide alors de réunir un congrès Dada, idée tout à fait contraire aux principes du mouvement. Ce congrès aurait pour but de comparer les éléments du style Dada avec ceux des cubistes, orphistes, puristes, etc.. Breton invite à ce congrès Léger, Delaunay, Ozenfant, Paulhan, Vitrac et Auric. Devant les mesures strictes que décide Breton (interdiction de la parole aux saboteurs et exclusion des fauteurs de troubles), Tzara se désolidarise carrément de son ancien ami et proclame que le congrès a simplement pour but de décider "si une locomotive est plus moderne qu'un haut de forme". De plus, l'idée d'admettre une discussion objective semble pour lui totalement contraire à l'esprit Dada. Breton qui prenait se congrès très au sérieux, commet l'erreur de traiter Tzara de "venu de Zurich" et "d'imposteur avide de publicité". Devant cette situation, il décide de supprimer le congrès. 

Tzara et ses amis répliquent par un pamphlet, Le Coeur à Barbe, rédigé par Huidobro, Péret, Satie, Serner, Duchamp, Soupault, Arp, Dermée et Cocteau. 

Picabia, pendant ce temps, transforme le N°15 de 391 en Philaou-Thibaou. Ses anciens amis se séparent de lui et se rangent avec Tzara tandis que Picabia soutient Breton dans son pamphlet La Pomme de Pins. 

Le 6 juillet 1923, au Théâtre Michel, a lieu l'ultime manifestation Dada. Au programme des oeuvres d'Auric, Milhaud, Satie, Stravinsky, des danses dans des costumes de Sonia Delaunay et avec des décors de Van Doesburg, divers films de Sheeler, Hans Hichter et Man Ray, Mouchez-vous de Ribemont-Dessaigne, des poèmes phonétiques, des récitations de poèmes de Marcel Herrand et le clou de la soirée: Le Coeur à Gaz de Tzara. 

Dès le début de la re­présentation de cette dernière oeuvre, Breton monte sur la scène et malmène les acteurs, produisant ainsi la mêlée générale. La police doit intervenir pour ramener le calme.  

En mai 1922, à Weimar, à l'occasion de la fête du Bauhaus, Van Doesburg, Hans Arp, Schwitters et Richter formèrent la dernière réunion d'artistes Dada.  

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 Francis Picabia: couverture pour le n°8 de la revue 391

Quant à Picabia, il se tourne contre Rimbaud qui, à l'époque, jouit d'une certaine cote littéraire, et se sépare de ses anciens amis. En novem­bre 1924, il fonde avec Dermée et Duchamp un nouveau mouvement: l'Instantanéisme, dernier résidu Dada, auquel il consacre le dernier numéro (N°19) de la revue 391 dans lequel il critique aussi André Breton. 

C'est à partir de ces résidus dada que Breton fonde alors un nouveau mouvement qu'Apollinaire appellera "surréaliste".

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24/09/2008

Dadaphone

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Dadaphone n°7

Le 27 mars 1920, le N° 7 de la revue Dada baptisée DADAphone donne lieu à une grande manifestation au Théâtre de l'Oeuvre ou cours de laquelle on présente des oeuvres telles que La Première Aventure Céleste de Monsieur Antipyrine de Tzara, Le Servin Muet de Eibemont-Dessaigne, S'il vous plait de Breton et Soupault, Le Ventriloque déssaccordé de Paul Dermée et le Manifeste Cannibale dans l'Obscurité de Picabia (lu par Breton) dont voici un large extrait:
 

Tous êtes accusés, levez-vous. L'orateur ne peut vous parler que si vous êtes debout.

Debout comme pour la Marseillaise,
debout Gomme pour l'hymne russe,
debout comme pour le God save the King,
debout comme devant le drapeau.
Enfin debout devant dada qui représente la vie et qui vous accuse de tout aimer par snobisme du moment que cela coûte cher
Vous vous êtes tous rassis? Tant mieux, comme cela vous allez m'écouter avec plus d'attention.
Que faites-vous ici, parqués comme des huîtres sérieuses - car vous êtes sérieux, n'est-ce pas?
Sérieux, sérieux, sérieux jusqu'à la mort.
La mort est une chose sérieuse, hein?
On meurt en héros ou en idiot, ce qui est la même chose.
Le seul mot qui ne soit pas éphémère c'est le mot mort. Vous aimez la mort pour les autres.
A mort, à mort, à mort.
Il n'y a que l'argent qui ne meurt pas, il part seulement en voyage.
C'est le Dieu, celui qu'on respecte, le personnage sérieux - argent respect des familles. Honneur, honneur de l'argent; l'homme qui a de l'argent est un homme honorable.
L'honneur s'achète et se vend comme le cul. Le cul, le oui représente la vie représente la vie comme les pommes frites, et vous tous qui êtes sérieux, vous sentirez plus mauvais que la merde de vache.
DADA lui ne sent rien, il n'est rien, rien, rien.
Il est comme vos espoirs:rien
comme vos paradis: rien
comme vos idoles: rien
comme vos hommes politiques: rien
comme vos héros: rien
comme vos artistes: rien
comme vos religions: rien
Sifflez, criez, cassez-moi la gueule et puis et puis? Je vous dirai encore que vous êtes tous des poires. Dans trois mois, nous vous vendrons, mes amis et moi, nos tableaux pour quelques francs.  

Extrait de Dada N°7, DADAphone, Paris, 1920. 

Le 26 mai 1920, le mouvement atteignit son apogée avec la manifesta­tion monstre de la Salle Gaveau. On avait annoncé que les dadaïstes se couperaient mutuellement les cheveux sur la scène et le public, voulant maintenant participer directement à ce genre de manifestation, s'était muni des projectiles les plus divers. Mme Gaveau, craignant pour sa salle, mani­festa son mécontentement de même qu'André Breton: ce dernier devait en effet interpréter des oeuvres de Tzara qui craignait le public et, de plus, détestant par dessus tout la musique, il devait supporter la Symphonie à la Vaseline du même Tzara. Le spectacle obtint cependant un énorme succès auprès des mouvements littéraires et même dans les salons où on commençait enfin à parler de Dada.

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23/09/2008

Débuts parisiens

Depuis que des mouvements Dada existaient dans d'autres pays, à Paris, leur influence se faisait déjà sentir et annonçait qu'un tel mouvement allait bientôt s'y manifester. De nombreux écrivains parisiens collaboraient alors aux revues Dada qui paraissaient dans les pays voisins et la litté­rature en subissait ainsi l'influence directe. 

Alfred Jarry, Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire, Lautréamont, Roussel et surtout Apollinaire annonçaient déjà ce nouveau genre littéraire. Jean-Pierre Brisset et Marcel Duchamp publient déjà à l'époque des poèmes basés sur des jeux de mots et des allitérations.


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Jean-Pierre Brisset.

La Grande Loi ou La Clef de la Parole. 

Les dents, la bouche
les dents la bouchent
l'aidant la bouche
l'aide en la bouche
laides dans la bouche
lait dans la bouche
les dents - la bouche 

J-P Brisset.

Paroi parée de paresse de paroisse
A charge de revanche et à verge de rechange
Sacre de printemps, crasse de tympan
Daily lady cherche démêlés
avec Daily Mail 

M. Duchamp.  

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Dada 2 - Recueil littéraire - 1917

Ainsi, à Paris, Dada fut surtout littéraire et les principaux animateurs en furent Ribemont-Dessaigne, Jean Crotti (époux de la soeur de Duchamp), et Serge Charchoune (russe qui publie une revue Dada dans sa langue). Quant à Jacques Vaché, qui se suicida à la drogue à l'âge de 23 ans, il eut une influence considérable sur André Breton. Tristan Tzara et Francis Picabia se trouvent aussi à Paris et leur contribution au mouvement Dada pari­sien sera considérable.
 

Nombreux furent les artistes qui participèrent à la première manifes­tation Dada à Paris: Breton, Aragon, Soupault, Ribemont-Dessaigne, Eluard, Paul Dermée, Birot, Radiguet et Cocteau. On exposa des oeuvres de Juan Gris, Chirico, Ribemont-Dessaigne, Picabia, Léger et Lipchitz. Au cours de la manifestation, Tzara lut un article de journal accompagné de sons de cloches, sonneries et bruits divers. Picabia, quant à lui, dessinait sur une ardoise un dessin qu'il effaçait au fur et à mesure, le tout accompagné de la musique de Satie, Auric, Milhaud, Poulenc et Cliquet. La manifestation se termina, comme il se doit, dans la plus bruyante confusion.

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Bulletin Dada n°6

Encouragé par ce premier succès, Tzara publie alors son Bulletin Dada où l'on ressent l'influence de la typographie dadaïste et auquel collaborent Picabia, Aragon, Breton, Ribemont-Dessaigne, Eluard, Duchamp et Cravan. 

Le 5 février 1920, au Salon des Indépendants, Ribemont-Dessaigne, Breton, Dermée, Eluard, Aragon et Tzara lisent le manifeste de Picabia à la manière des psaumes. La scène est bombardée par le public. 

Au cours de la troisième manifestation, à l'Université Populaire au Club du Faubourg, les dadaïstes, s'adressant à un public ouvrier, ne poussèrent pas la protestation à son paroxysme.