24/10/2008

Cinéma

Mais c'est surtout vers le cinéma que Man Ray s'orienta vers la fin de sa carrière en exécutant en 1923 Le Retour de la Raison présenté à la soirée dada du Coeur à Barbe. Il réalisa ce film la veille de sa projection en filmant une spirale de papier en mouvement et en parsemant la pellicule vierge de clous et de punaises. Les seuls éléments concrets du film étaient les lumières d'une foire et le corps nu d'une femme. 


Man Ray: Le Retour à la raison - 1923
En 1927, il réalise sont deuxième film: Emak-Bakia. Man Ray y mêle des vues abstraites et des gros plans d'objets rendus ainsi méconnaissables. En plein milieu de la projection apparaissent sur l'écran les mots "la raison de cette extravagance". Voici les images qui suivent en guise d'explication: un homme tenant à la main une petite va­lise descend d'un taxi. Il entre dans un studio, ouvre sa valise qui contient des dizaines de faux cols qu'il se met à déchirer un à un. Il se regarde dans un miroir avant de déchirer son propre col, qu'il jette près des autres cadavres de cols qui se mettent à danser. Pendant la dernière scène du film apparaît une femme avec de faux yeux peints sur ses paupières fermées...


Man Ray: Emak-Bakia - 1927
En 1929, le Vicomte de Noailles invite Man Ray à venir tourner Le Mystère du Château des Dés dans sa propriété. Pour que les invités du vicomte ne soient point reconnus, Man Ray couvre leur visage d'un bas noir. Ces personnages évoluant dans un décor cubiste de la propriété d'Hyères provoquent un effet insolite purement surréaliste. 

Le dernier film de Man Ray, intitulé L'Etoile de Mer, fut réalisé en 1929. Cette illustration d'un poème de Desnos emploie le procédé du flou et de la déformation pour créer un effet plus poétique. Avec ce film, Man Ray abandonne la blague de style dada au profit de l'humour surréaliste: un homme et une femme entrent dans une chambre. La femme se déshabille, s'allonge sur le lit et dit adieu à l'homme qui s'en va après lui avoir chastement baisé les mains.


Man Ray: L'Etoile de Mer - 1929
Marcel Duchamp, créateur des ready-made, fut, lui aussi un brillant cinéaste. En 1926, dans Anemic-Cinéma, il fit intervenir ses roto-reliefs dont les mouvements rotatoires ensorcelaient les spectateurs. Entre deux séquences où apparaissaient ces roto-reliefs, le spectateur pouvait voir successivement des visages de femmes, un char d'assaut en action, un militaire décoré, un buste de Napoléon éclatant, et un militaire pleurant sur un divan... 


Marcel Duchamp: Anemic-Cinema - 1926
En 1920, dans Moustiques domestiques demi-stock (aujourd'hui détruit), Duchamp fut le premier à employer le procédé de relief avec des lunettes rouges et vertes (procédé anaglyphe).

Jacques Prévert, poète plein de légèreté, de fantaisie, d'amour et de révolte totale, écrivit surtout des scénarios. Citons notamment avec Marcel Carné, Drôle de Drame (1957), Les Portes de la Nuit (1946), Le Jour se Lève (1959) avec Laroche, Les Visiteurs du Soir (1942); avec Renoir, Le Crime de M.Lange (1955) avec Gremillon, Lumière d'été (1942); avec Grimaud, Le Petit Soldat (1947), avec André Cayatte, Les Amants de Vérone (1949) et avec son frère Pierre Prévert, L'Affaire est dans le sac (1932), Adieu Léonard (1943) et Voyage Surprise (1946). 

Antonin Artaud joua dans de nombreux film: La Passion de Jeanne d'Arc, Lucrè­ce Borgia, Napoléon, L'Opéra de Quat'Sous et Faits Divers. Il écrivit également le scénario de La Coquille et le Clergyman, mis en scène par Germaine Dulac qui, malheureusement, en trahit l'esprit. Artaud en profita pour créer un scandale accompagné de son ami Desnos, il tint à haute voix, au cours d'un pro­jection du film, le dialogue suivant: "Qui a fait ce film? - C'est Mme Ger­maine Dulac. - Qu'est-ce que Mme Dulac? - C'est une vache!" Le directeur vou­lut intervenir, mais les surréalistes présents ripostèrent violemment et déclenchèrent une bagarre. Nous devons encore à Artaud les scénarios de La Révolte du Boucher, 18 secondes et de Les 32

Hans Richter se consacra lui aussi au cinéma et réalisa Dreams that money can buy, composé de sept séquences réalisées sur un thème préposé par des peintres (Calder, Ernst, Duchamp, Man Ray...). Richter réalisa aussi Narcissus et 8x8 en collaboration avec Duchamp (sur le thème des jeux d'échec).


Hans Richter: Dreams that money can buy
Bon nombre de surréalistes écrivirent des scénarios ou collaborèrent à des films. citons entre autres Soupault (Indifférence, Coeur volé), Péret (Midi), Desnos, Dali (Babacuo, Le Chien Andalou, L'Age d'Or), Breton, Eluard (projet avorté), J.P. Brunius (Elle est Bicimidine, Records 37, Violon d'Ingre) et Magritte (Fleurs Meurtries en collaboration avec Roger Livet). 

Mais à juste titre, c'est Luis Bunuel qui est resté le plus connu des cinéastes de tendances surréalistes. Né en 1900 en Espagne, à Calanda, il fit la connaissance de Dali et se lia d'amitié avec lui. Assistant de Jean Epstein à Paris, il eut de nombreuses occupations cinématographiques en Espagne, aux Etats Unis et au Mexique. 

Le Chien Andalou, premier film surréaliste tourné par Bunuel, fut réalisé en collaboration avec Salvador Dali. Présenté en 1928 au Vieux Colombier, il en­thousiasma les surréalistes qui proposèrent à Dali d'entrer dans leur groupe. Dali et Bunuel avaient réalisé ce film de façon à ce que le spectateur moyen ne puisse supporter sa vision: on y voyait en effet un oeil de jeune fille coupé par une lame de rasoir, quatre chiens morts en état de putréfaction placés dans des pianos à queue, une vraie main coupée, un oeil de vache et trois nids de fourmis...

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Affiche pour Le Chien Andalou de Luis Bunuel et Salvador Dali
Dans L'Age d'Or, la contribution de Dali ne sera que minime. Dans Vie Secrète de Salvador Dali, Dali écrit:

Dans mon idée, ce film devait traduire la vio­lence de l'amour imprégné par la splendeur des créations des mythes catholi­ques... Bunuel tournait seul l'Age d'Or, j'en étais donc pratiquement écarté... Bunuel venait de finir l'Age d'Or, je fus terriblement déçu. Le film n'était plus qu'une caricature de mes idées. Le catholique était attaqué de façon primaire et sans aucune poésie... 

Une première séquence montrait un combat de scorpions, puis des squelettes sur un rocher, recouverts d'ornements épiscopaux. On voyait ensuite une femme embrassant les doigts de pied d'une statue, un homme donnant un coup de pied dans le ventre d'un aveugle et le Christ montant en croix, dépouillé de sa barbe... 

Dans ce long métrage, intervenait pour la première fois les leitmotivs chers à Bunuel qui, établissent le rapport entre les différentes séquences. Des sons de certaines séquences se prolongent dans les séquences suivantes pour insis­ter sur le rapport entre les différents personnages et, pour la première fois, Bunuel emploie le procédé du dialogue intérieur.

Dans son admirable livre sur Le Surréalisme au Cinéma, Ado Kyrou dit, à pro­pos de ce film: 

Bunuel ayant à décrire l'amour a lancé à la police, la famille, l'armée, les plus vigoureuses gifles qu'elles aient jamais reçues de l'écran, et ainsi l'amour apparaît seul, grand, espoir unique, révolte majeure de l'homme.

Du 28 octobre au 5 décembre 1930, le film est présenté sans incidents au Studio 28. Le 3 au soir se trouvent présents dans la salle de projection des représentants de la Ligue des Patriotes et de la Ligue Anti-Juive. Lorsque sur l'écran apparaît un personnage plongeant un ostensoir dans un ruisseau, quelqu'un crie dans la salle: "0n va voir s'il y a encore des chrétiens en France!". Un autre ajoute: "Mort aux Juifs!" Il n'en faut pas plus pour déclancher la bagarre. Des bombes fumigènes explosent ;les spectateurs sont matraqués; l'écran est maculé d'encre; le mobilier est détruit ainsi que les tableaux de Dali, Ernst, Man Ray, Miro et Tanguy exposé dans le hall d'entrée... Malgré tout, les séances de projection continuent. Le 5 décembre, la préfecture demande la suppression des "passages d'évêques", ce qui est effectué aussitôt. Le 7, une campagne de presse s'organise contre L'Age d'Or et le 11, le film est offi­ciellement interdit.

Les surréalistes réagissent violemment et publient un Questionnaire où ils tirent les conclusions et se demandent:

Faut-il comprendre cette intervention comme une autorisation donné égale­ment à ceux qui estiment outrageante la propagande religieuse d'en interrom­pre par tous les moyens les manifestation (film de propagande romaine, pèleri­nages de Lourdes et de Lisieux, officines d'obscurantisme, telles que Bonne Presse, Congrégation de l'Index, églises, etc., perversions de la jeunesse dans les patronages et les préparations militaires, prêches à la radio, magasins de crucifix, couronnes d'épines)? 

Heureusement, malgré cette violente campagne, Bunuel est devenu l'un des plus célèbres cinéastes surréalistes et nous lui devons de nombreux autres films qui sont et resteront des chefs-d'oeuvre du cinéma: Las Hurdes, Los Olvidados, Subida al Cielo, El Bruto, Robinson Crusoe, Ensayo de un Crimen, Cela s'appelle l'Aurore, La Mort en ce Jardin, Nazarin, La Fièvre monte à El Pao, The Young One, Viridiana, El Angel Exterminator et Le Journal d'une Femme de Chambre.

23/10/2008

Photographie

La photographie offrit pour les surréalistes un champ de découvertes inépuisable. Les procédés photographiques qu'ils inventèrent furent aussi très nombreux. En voici une liste établie par René Passeront (il n'est évidemment pas question d'évoquer ici les procédés et trucages du cinéma, qui ont été si nombreux dès l'époque de Méliès).

Schadographie (du nom de Christian Schad): on pose des objets sur la plaque sensible en sorte que celle-ci soit impressionnée. 

Solarisation (Effet Sabattter): un négatif est réexposé, plus ou moins longuement en cours de développement. Les blancs deviennent gris avec un cerne noir. Effet inverse avec un positif. (Man Ray)

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Man Ray: Femme - 1931

Photo-Relief: au moment du tirage, om superpose la positif et le négatif de la même vue légèrement décalés, d'où un effet de relief et de "fossilisation" (Ubac).

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Raoul Ubac: Objets impossibles - 1938
Chauffage: après développement, chauffer et même faire fondre, par place, la gélatine d'un négatif, puis tirer (Ubac, David Hare). 

Agrandissement sans retouche d'un détail de photo visant à rendre l'image surprenante (Man Ray, 1935) 

Photomontage: un collage d'éléments photographiques est rephotographié. On peut y joindre les effets précédents (Hausmann, 1919).

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Haussmann: Tatlin at home - 1920

Man Ray fut le premier à contribuer à la promotion de la photographie comme art plastique. On lui doit de nombreuses photos dans lesquelles il emploie des procédés très personnels. Lors de son séjour à Paris, il photographia de nombreuses personnalités, ce qui contribua à la rendre célèbre.

19:00 Écrit par Lucky dans 11 Arts surréalistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : man ray, raoum ubac |  Facebook |

22/10/2008

Expositions

En 1936, chez Charles Ratton à Paris, avait lieu la première exposition d'objets naturels, naturels interprétés, naturels incorporés, objets perturbés, objets trouvés, objets trouvés interprétés, objets américains et océaniens, ready-made, objets mathématiques et objets surréalistes. 

exposition surréaliste d'objets 1936 galerie Ladrière-Ratton - Paris


Exposition d'objets surréalistes - Galerie Charles Ratton - Paris

Citons parmi les objets exposés par les artistes surréalistes: Trousse de Naufragé de Arp, Veston Aphrodisiaque de Dali, Arrivée de la Belle Epoque de Dominguez, Homma­ge à Paganini de Maurice Henry (un violon entièrement pansé de bandes Velpeau), Le Spectre du Gardénia de Marcel Jean, Cadeau de Man Ray, des objets-poèmes ou tableaux-objets de Breton, Tasse, soucoupe et cuillère (revêtues de fourrure), Miss Bardenia de Oppenheim.

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Salvador Dali: Taxi pluvieux - 1938 - Photo de Denise Bellon

En 1938, une exposition du même type était organisée à la Galerie des Beaux-Arts. Le clou de l'exposition était le Taxi pluvieux de Salvador Dali: un mannequin y figurait une cliente assise au milieux des légumes , le taxi, arro­sé d'eau, était envahit par une multitude de véritables escargots. 

Une "rue surréaliste" était peuplée d'une vingtaine de mannequins composés par Dali (Petite Cuillère), Dominguez (Un siphon), Duchamp (Un veston), Ernst (Veuve court vêtue), Henry (Coton hydrophile), Masson (Tête dans une cage et bâillon avec une pensée sur la bouche), Man Ray (Une pleureuse aux larmes de cristal), Malet (un mannequins avec un poisson rouge dans le ventre), Arp, Epinoza, Matta, Miro, Paalen, Sonia Mossé et Seligmann.

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Marcel Duchamp: La grande Salle - 1938

Suivait alors la "Grande Salle" de Duchamp: par terre, des feuilles mortes autour d'une mare broussailleuse; au plafond, 1.200 sacs de charbon; au centre, un brasero rougeoyant et dans les quatre coins, des lits profonds… Dans cette salle se trouvaient également de nombreux objets tels que Rotative demi-sphère de Duchamp, L'Ultra-meuble de Seligmann, le Couvert de fourrure de Qppenheim et le Gramophone de Dominguez (le pavillon engouffre des jambes de femme et le bras de lecture est remplacé par une main caressant un sein mis en place du disque). 

A New York en 1942, Duchamp organise une autre exposition d'objets dans des locaux dont il a tapissé les murs d'immenses enchevêtrements de ficelles. L'américain Joseph Cornell participe à cette exposition en présentant ses boîtes vitrées enfermant des objets divers.  

En 1947, à Paris (Galerie Maeght), une exposition est organisée sur le modèle d'un chemin initiaque. Après avoir traversé la Salle des Superstitions et être passé sous une pluie purificatrice, le spectateur entrait dans un laby­rinthe où douze autels étaient dédiés à des objets: Tigre mondain de Jean Ferry, Soigneur de Gravité de Duchamp, Chevelure de Falmer de Wilfredo Lam, Loup-Table de Brauner et de nombreuses autres sculptures-objets.

L'exposition était réalisée par l'architecte Wiesler: 27 pays et 87 artistes y participaient et le catalogue de luxe (Le Surréalisme en 1947) était orné d'un sein de en femme en caoutchouc de Duchamp avec la mention: "prière de toucher"…

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Meret Oppenheim: Das Frühlingsfest - Exposition E.R.O.S. (Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme) - 1959
 

En 1959, Galerie Daniel Cordier, s'ouvrait l'Exposition inteRnatiOnale du Sur­réalisme consacrée à Eros comme son nom l'indique. Duchamp en avait composé le plafond en satin rosé de l'entrée et le spectateur traversait une "porte vaginale" pour pénétrer dans le "labyrinthe peuplé de soupirs et de pâmoi­sons, vers une Chambre des Fétiches et une salle rouge où se déroulait un provocant festin de cannibales". 

Il est évident que ces sortes de manifestations contribuèrent à donner naissance à cet art-jeu dont se réclama par la suite la jeune génération d'artistes tels que Niki de Saint-Phalle, Jean Benoit, Pol Bury, Phillipe Hiquily, Tinguely et César.

21/10/2008

Sculptures-objets

On ne peut pas dire qu'il existe à proprement parler une sculpture surréaliste, les "sculptures" purement surréalistes étant beaucoup plus voisines de l'objet. De plus, les sculpteurs ayant été plus ou moins liés aux surréalismes sont plutôt considérés comme des sculpteurs abstraits. Parmi eux, citons cependant Adams, Brancusi, Zadkine, Moore, David Hare, Maria Martins, Jacobsen, Karl Hartung, Stahly, Ubac et Calder. Arp et Picasso sont restés les maîtres de cette sculpture surréaliste.

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Pablo Picasso: Tête de taureau

Parmi les artistes ayant exécuté des sculptures-objets, citons notamment Salvador Dali (Nu féminin hystérique et aérodynamique, 1934), Dominguez (Arrivée de la Belle Epoque), Giacometti, Miro et surtout Max Ernst (Oedipe, Cadran lunaire, Mood Mad, Le Roi jouant avec la Reine, Reine Blanche, Un ami anxieux…)

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David Hare: Magician's game - 1944

Mais les images fantastiques proposées par les peintures surréalistes ne pouvaient satisfaire les désirs et le principe de vérification. Aussi, les surréalistes entreprirent-ils de créer des objets purement surréalistes. Man Ray, en assemblant des éléments imprévus crée des ensembles entièrement nouveau tels que Inquiétude (1920), mécanisme d'un réveil matin enfermé dans une boîte pleine de fumée, Export-Commodity (1920), bocal d'olives rem­pli de billes d'acier, et Cadeau (1921), fer à repasser dont la plaque est hérissée de pointes.

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Alberto Giacometti: Objet désagréable à jeter - 1931 (Bronze)

Alberto Giacometti, sculpteur plein de talent, a consa­cré quelques années de sa vie à composer des "objets mobiles et muets" et en particulier L'Heure des Traces (1950), une boule suspendue oscillant en frôlant l'arête d'un croissant, Le Palais à quatre heures du matin (1932), Objet désagréable (1931) et Objet invisible (1954).

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Meret Oppenheim: Couvert en fourrure.

Citons encore le célèbre Cou­vert en Fourrure de Meret Oppenheim, les sculptures-objets de Picasso, et la Poupée de Bellmer, "variations sur le montage d'une mineure articulée".

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Hans Bellmer: Poupée

20/10/2008

Collages

Selon André Breton, 

il apparaît te plus en plus que l'élément généra­teur par excellence de ce monde qu'à la place de l'ancien nous entendons faire nôtre, n'est autre chose que ce que les poètes appellent image… Seule l'image, en ce qu'elle a d'imprévu et de soudain, me donne la mesure de la libération possible, et cette libération est si complète qu'elle m'effraie. C'est par la force des images que, par la suite des temps, pourraient bien s'accomplir les "vraies" révolutions. En certaines images il y a déjà l'amorce d'un tremblement de terre. C'est là un singulier pouvoir que détient l'homme, et qu'il peut, s'il le veut, sur une échelle de plus en plus grande, faire subir.

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Max Ernst: collage.

Dans le Manifeste du Surréalisme, Breton ajoute: 

C'est du rapproche­ment en quelque sorte fortuit des deux termes qu'à jaillit une lumière particulière, la lumière de l'image, à laquelle nous nous montrons infiniment sensibles. La valeur de l'image dépend de la beauté de l'étincelle obtenue.

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Max Ernst: collage

La technique du collage est particulièrement apte à provoquer cette étin­celle. Les surréalistes en furent particulièrement conscients. Le nombre des collages qu'ils ont exécutés en témoigne.  

De tous les surréalistes, Max Ernst en certainement celui qui a composé le plus de collages, dont il exécuta les premiers en 1920. Il les réunit dans trois grands recueils qui sont restés en date dans l'histoire du surréalisme: La Femme sans Tête (1929), Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel (1930) et Une Semaine de Bonté ou les Sept Péchés capitaux (1934).

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Jacques Prévert: collage

Des poètes comme Paul Eluard et Jacques Prévert ont aussi exécutés des collages: Eluard composa en 1933 A chacun sa colère et Prévert Les Reli­gieuses.. Parmi les artistes ayant exécuté de nombreux collages, citons encore Styrsky, Bona, Bucaille, Léo Malet, Mayter, Hérold, Malkine, Mesens et Penrose.

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Jacques Prévert: Soleil d'octobre

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Jacques Prévert: Intelligenzia

Procédés plastiques

B. Procédés plastiques. 

Plâtres peints (Janko, 1916) 

Relief: des formes de bois plan découpé sont superposés à plat sur une surface et peintes à volonté (Arp, 1917, Mortensen)

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Kurt Schwitters: Relief
 

Reliefs-montages: des morceaux de bois sont ajustés de sorte à composer des agencements de formes en relief, dans lesquelles peuvent être adjoints des matériaux ou objets divers: tissus, etc. (Schwitters, 1920) 

Traces de doigts dans la pâte picturale (Charchoune; grottes du paléolithique) 

Adjonction dans la couche peinte: on fixe, le plus souvent à la colle, des matériaux hétérogènes: sciure, sable, chiffon, liège, éclats de verre et tous objets qu'on voudra (Picasso 1911-1912; Schwitters, 1919) 

Tableaux-objets: composition de menus objets et détritus collés sur un plan, sans peinture (Collages Merz de Schwitters, 1919; Daniel Spoerri, Tableaux-Pièges, 1960) 

Papiers lacérés: des feuilles de papiers collées les unes sur les autres sont déchirées, comme il arrive sur les panneaux d'affichage (Léo Malet, 1938; Raymond Hains, 1950) 

Raclage au moyen d'un peigne, d'une règle, etc.; racler la surface peinte encore fraîche en déterminant des formes dont la couleur est fonction du dessous (Ernst, 1927; Esteban Francès, 1936; Kujavsky, 1946; Picasso et Braque, 1912) 

Aérograghie: peinture au pistolet (Man Ray, 1916) 

Dripping: à quelque distance du subjectile posé à plat, promener un chinois (de pâtissier) ou une boîte de Duco percée d'un trou et remplie de couleur, en sorte que la coulée de matière laisse les traces de cette "oscillation gestuelle" (Ernst, 1942; Polock, 1946) 

Tableau de sable: une toile, qui peut être préalablement peinte est pesée à plat aspergée de colle, puis couverte d'une couche de sable; on redresse la toile, le sable tombe, sauf aux endroits ou la colle le retient (Masson, 1927) 

Surfaces lithochroniques: grandes toiles où des formes gestuelles se superposent (Dominguez, 1939) 

Peinture à la cire: sur un panneau de carton ou papier (le dessin est préalablement établi), on applique au couteau truelle une couche onctueuse de cire tiède, malaxée avec un peu de couleur. Le dessin peut être repris par-dessus en creux (Brauner, 1943) 

Peinture à la gouache ou à l'huile sur différents subjectiles: grosse toile non préparée (Klee, 1917), feutre (Dominguez, 1945)

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Marcel Duchamp: Petit Verre

Verre: sur une plaque de verre, on dessine par différents procédés (lavis, rayures, "huile et métal", etc.). Puis on peut ajuster sur elle une deuxième vitre, en sorte que l'image soit prise entre les deux plaques (Duchamp et Man Ray 1913-1915); tableaux composés d'éclats de verre (Jean Crotti, 1916) 

Toutes ces techniques, aussi ingénieuses qu'elles soient, ne visent uniquement qu'à nous mener dans un autre monde.  

Selon Salvador Dali, le peintre surréaliste 

évitera avec soin de mettre en présence dans ses tableaux, les objets qu'il est normal de voir rapprochés, mais il s'appliquera à créer les rencontres les plus stupéfiantes, les plus délirantes. 

Ainsi, le peintre surréaliste a la possibilité de traduire l'irrationnel en groupant simplement des objets réels de façon à ce que leur assemblage frappe le spectateur. Chaque objet peut ainsi "entretenir avec son voisin un dialogue aux résonances infinies."

19/10/2008

Procédés graphiques

Mais les surréalistes ne se bornèrent pas uniquement à ce procédé: leur esprit imaginatif créa de nombreuses autres techniques graphiques et plastiques. Voici, établie par René Passeron, la liste de tous ces procédés. 

A. Procédés graphiques. 

Stoppage-étalon: relevé des déformations d'un fil de 1m. de long tombant trois fois de suite d'une hauteur de 1m. (Duchamp, 1915) 

Taches d'encre et coulures écrasées par pliure du papier (images doubles) ou conduites par inclinations de la feuille, ou libre (Victor Hugo, 1880; Picabia, 1920; les tachistes, 1945) 

Traces de doigts, empreintes de tout objets (éponges, étoffes, etc.) sali d'encre ou de gouache. 

Collages: juxtaposition de fragments découpés dans des gravures, catalogues, magazines, etc. et collés sur une surface en sorte que l'agencement obtenu surprenne l'imagination (Ernst, 1920; Bucaille, 1946; Bona, 1959)

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Max Ernst: Collage

Papiers déchirés: des bouts de papier déchirés sont répartis (au hasard ou non) sur une feuille (Arp, 1932) 

Frottage: on frotte avec un crayon la feuille de papier (ou la toile) posée sur une surface rugueuse ou veinée (bois, tissus, vannerie, pièce de monnaie, etc.); les aspérités de cette surface apparaissent sur la feuille (Ernst, 1924) 

Lavis automatique: sur le papier préalablement mouillé, agir à l'encre de Chine en obtenant, suivant le degré d'humidité et le grain de la feuille des efflorescences plus ou moins fines (Klee, 1923; Michaux, 1937)

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Man Ray: Rayogramme

Rayogrammes (du nom de Man Ray): sur une feuille de papier sensible à la lumière on des objets qui se dessinent en ombres blanches sur fond viré (noir) (Man Ray, Champs délicieux, 1922)

Décalcomanie: étendre de la couleur (gouache ou encre) sur une feuille de papier lisse, appliquer sur cette couche fraîche une autre feuille, puis sépa­rer les deux surfaces (Dominguez, 1935; Marcel Jean, Ernst, Masson sur toile, Bucaille sur plaques de verre pour projections lumineuses, 1947) 

Fumage: approcher de la flamme d'une bougie une surface ininflammable, en sorte que le noir de fumée y laisse des traces (Bryen, 1935; Paalen, 1935) 

Dessin au suif: laisser tomber de la bougie fondue sur une feuille de papier et dessiner, si l'on veut, par-dessus (Bryen, 1935; Brauner, 1942) 

19:00 Écrit par Lucky dans 11 Arts surréalistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : max ernst, man ray |  Facebook |