14/11/2008

Max Ernst

max_ernst par wolsMax Ernst, peintre français d'origine allemande, est né à Brühl, près de Cologne en 1891. Son père, pieux et autoritaire, était directeur d'une école de sourds et muets et pratiquait la peinture en tant que délassement. D'un carac­tère très nerveux, Max passe une enfance heureuse, mais déjà hantée par le rêve. A l'âge de Six ans, il est violemment frappé par la mort de sa soeur Maria. 

De 1908 à 1914, il fait des études de philosophie à Bonn. En 19II, il visite une exposition du Sonderbund de Cologne et est frappé par les peintures de Picasso et des peintres de l'école de Paris. C'est alors qu'il décide de devenir pein­tre. 

En 1915, il se rend à Paris. A cette époque, il peint des toiles expression­nistes et est influencé par le mouvement Der Sturm. Après la guerre, en 1918, Ernst se marie et revient à Cologne; l'année suivante, il publie un album de huit lithographies intitulé Fiat Modes, pereat ars (dont il détruisit l'édition) où l'influence de Chirico et du futurisme se faisait sentir. C'est toujours en 1919 qu'il réalise Trophée hypertrophique (dessin) ainsi que ses premiers collages comme C'est le Chapeau qui fait l'Homme et l'album Patagag (Fabrication de ta­bleaux garantis gazométriques) qu'il réalise en collaboration avec Arp et Baargeld à Cologne, puis avec Arp et Tzara en 1921 au Tyrol autrichien.

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Max Ernst - Célèbes - 1921
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Max Ernst - Dessin dans la nature - 1947 
Parmi ces collages, réalisés à l'aide de gravures découpées, citons entre autres: La Phallustrade, Moulin à os pour Coiffeur pacifique, L'Amertume du matelat, et surtout Deux Figures ambiguës (1919) et l'Enigme de l'Europe centrale (1921). En 1919, Ernst fonde avec Arp et Baargeld le mouvement dada de Cologne et, l'an­née suivante, l'exposition Dada de la brasserie Winter est fermée par la police. 

La première exposition d'Ernst à Paris à lieu en 1920 à la galerie Sans-Pareil, grâce à Breton qui s'enthousiasme pour les collages de Ernst. En 1921, Max Ernst peint Oedipus rex et L'Eléphant Célébès. Ces deux toiles sont immédiatement achetées par Breton. En 1922, Ernst arrive à Paris. Sans papiers, sans travail, il s'embauche dans une fabrique. Installé à Saint-Brice, près de Montmorency, il con­tinue cependant à peindre des toiles comme Piéta, ou La Révolution de la Nuit, Le Cerveau de l'Enfant, Sainte Cécile et L'Immaculée Conceptionernst-max-die-ganze-stadt-1935-36-9700787 [web520]


Max Ernst - La grande ville - 1935
C'est alors qu'il réalise Deux Enfants sont menacés par un Rossignol, une de ses oeuvres capitales. C'est un panneau peint à l'huile où ont été ajoutés en reliefs des éléments de la maison. Eluard, qui se trouve alors à Singapour, écrit à sa femme Gala et à Ernst de le rejoindre. Gala et Ernst partent aussitôt. Eluard revient avec sa femme et Ernst, après un séjour à Saigon, revient en France. On est en 1924: le groupe surréaliste vient de se former et Breton vient de publier son Manifeste

En 1925, année où il expose Galerie Pierre et où il signe son premier contrat chez Jacques Viot, Ernst découvre le procédé du frottage. Dans Comment on force l'inspiration, le peintre raconte: 

Partant d'un souvenir d'enfance au cours duquel un panneau d'acajou, situé en face de mon lit, avait joué le rôle de provocateur optique d'une vision de demi-sommeil et me trouvant, par un temps de pluie, dans une auberge au bord de la mer je fus frappé par l'obsession qu'exerçait sur mon regard irrité le plancher dont mille lavages avaient accentué les rainures. Je me décidai alors à interroger le symbolisme de cette obsession, et, pour venir en aide à mes facultés médita­tives et hallucinatoires, je tirai des planches une série de dessins, en posant sur elles, au hasard, des feuilles de papier que j'entrepris de frotter à la mine de plomb. 

l ange du foyer ou le triomphe du surrealisme 1937 [web520]


Max Ernst - L'Ange du foyer ou le triomphe du surréalisme
la femme chancelante 1923 [web520]
Max Ernst - La Femme chancelante - 1923
Plus tard, Ernst étendit ce procédé à toutes sortes de surfaces telles que feuilles, toile de sac, etc. C'est de ce procédé que sorti le magnifique album intitu­lé Histoire naturelle qui parût en 1926, préfacé par Arp. Cette même année, Ernst réalise en collaboration avec Miro les décors et les costumes de Roméo et Ju­liette pour les Ballets Russes.

La production picturale de Max Ernst devient alors de plus en plus importante. Il peint Idole (1926), faite de frottage, La Nuit d'Amour (1927), La Vierge Marie corrigeant l'Enfant Jésus devant trois témoins, A.Breton, P.Eluard et le peintre (1926). Entre 1926 et 1928, il réalise une série de Fleurs. Vers cette période, il aborde le thème des oiseaux qui ne cessera de le hanter (Monument aux Oiseaux 1927).

Ernst invente le procédé du raclage de la peinture à l'aide d'objets di­vers et réalise ainsi les séries des Forêts et des Villes. En 1929, il publie une série de collages intitulés La femme 100 têtes suivie en 1950 par Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au carmel et en 1934 par Une Semaine de Bonté. Il peint encore Jardins gobe-avions (1935), Portrait volé (1934) et un Ancien Combattant (1935), La Nature et l'Aurore (1937). Il emploie alors le procédé de décalcomanie inventé par Dominguez et réalise Le Fascinant Cyprès (1940).

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Max Ernst - La Forêt
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Max Ernst - La Mariée du Vent
En 1939, sujet allemand, Ernst est interné à Bargentière, puis au camp des Milles. Après la libération, Ernst émigre vers New York où il arrive en juillet 1941. L'année suivante, il épouse la milliardaire Peggy Guggenheim. C'est le début d'une grande période dans l'oeuvre de Ernst qui peint successivement L'Anti-Pape (1942), L'Oeil du Silence (1944), Cocktail Drinker (1945) et Noces Chimiques (1948). 

C'est en Amérique que Max Ernst rencontre Dorothea Tanning, elle aussi peintre surréaliste. Il l'épouse en 1946 et se retire à Sedona dans l'Arizona. 

En 1949, Ernst revient à Paris et, l'année suivante peint La Religieuse Portugaise et expose Galerie Drouin. En 1954, année où il se fixe dans le Val de Loire, il expose Galerie Eduard Loeb et obtient le grand prix de la Biennale de Venise. 

Max Ernst est un des peintres surréalistes les plus inventifs et les plus productif. Son oeuvre est peuplée de personnages de cauchemar, de scènes cruelles, de figures énigmatiques, de visions de paysages désertiques et majestueux ainsi que d'oiseaux maléfiques.

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Max Ernst - La Vierge corrigeant l'Enfant Jésus - 1926
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Max Ernst - Silence
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Max Ernst - Ubu Imperator

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13/11/2008

Marcel Duchamp

duchampMarcel Duchamp est né le 28 juillet 1887' à Blainville près de Rouen d'un père no taire. Duchamp a comme frères Gaston qui se fit connaître comme peintre sous le nom de Jacques Villon et Raymond qui devint sculpteur cubiste sous le nom de Duchamp-Villon. Suzanne Duchamp devint l'épouse du peintre Crotti en 1919. 

Dès 1902, Marcel commence à peindre, écoutant les conseils de son grand-père ma­ternel, Emile Nicolle, peintre et graveur. C'est cette année que Duchamp réalisa les premiers portraits de sa soeur Suzanne et qu'il peignit l'Eglise de Blainville. En 1904, il entre à l'école Bossuet et, après avoir passé son baccalauréat, rejoint ses frères à Paris où il s'inscrit à l'Académie Julian.

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Marcel Duchamp - La Joconde L.H.O.O.Q.
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Marcel Duchamp - Mariée
Après avoir exé­cuté quelques vignettes pour Le Rire et Le Courrier Français, il se rend à Rouen et fait un stage dans une imprimerie. En octobre 1906, il retourne à Paris où il subit l'influence des fauves. En 1909, Duchamp expose au Salon des Indépendants, au Salon d'Automne et à la Société Normande de Peinture. Duchamp subit alors l'influence du cubisme en participant aux réunions et discussions d'artistes que ses frères organisent. 

En 1911, il expose au Salon d'Automne son Portrait où on sent déjà cette influence, que l'on retrouve, plus précise, dans Yvonne et Magdeleine déchiquetées et Les Joueurs d'échec. Déjà à cette époque, Duchamp, avant de commencer une toile, exécute de très nombreux dessins préparatoires où il analyse minutieusement chaque détail.

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Marcel Duchamp - Nu descendant un escalier.
Installé à Neuilly, Duchamp peint en janvier 1912 Nu descendant un escalier et Jeune homme triste dans un train: ce sont les premières toiles, influencées par le cubisme et le futurisme où le peintre décompose le mouvement et superposent plusieurs images. En mai, Duchamp peint Le Roi et la Reine entourés de Nus, vite et, en juillet, visite Munich, Vienne, Prague et Berlin. C'est dans la capitale bavaroise qu'il peint Le Passa­ge de la Vierge à la Mariée et La Mariée. Il exécute également des dessins préparatoires à La Mariée mise à nu par les Célibataires même

En octobre 1912, il expose au Salon de la Section d'0r. Il décide de renoncer à la peinture et accepte un emploi à la bibliothèque Sainte Geneviève. En févier 1915, à New York, s'ouvre l'Armory Show: les peintures de Duchamp y remportent un succès considé­rable et le peintre devient bientôt célèbre en Amérique. Pendant ce temps, Duchamp réalise ses premiers ready-made: Roue de bicyclette (montée sur un tabouret), Bruit secret (pelote de ficelle serrée entre deux plaques de laiton), Pharmacie (chromo où figurent deux personnes évoquant des bouteilles de pharmacie) et Belle Haleine (eau de toilette surchargée d'une photo de Duchamp en femme).

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Marcel Duchamp - Pourquoi ne pas éternuer Rose Selavy
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Marcel Duchamp - Ready made: porte-bouteille
Vu le succès qu'il remporte aux USA, Duchamp se rend à New York en 1915 et y rencontre Picabia et Arensberg. Duchamp y compose La Mariée mise à nu par les Célibataires même (aussi appelé Le Grand Verre) qu'il mit huit ans à terminer. En 1917, il présente Fountain, un urinoir signé R.Mutt, qui est refusé au Salon des Indépendants de New York. L'année suivante, Duchamp peint sa dernière toile intitulée Tu m' et s'embarque pour l'Amérique du Sud. Il décide alors d'abandonner totalement la peinture.

En 1919, il rentre à Paris et entre en contact avec les dadaïstes. Vers cette période, il compose La Joconde L.H.O.O.Q. : c'est une reproduction de La Joconde à laquelle il a ajouté des moustaches. En 1923, au grand étonnement de tous, Duchamp se consacre au marché d'art pour lequel il avait toujours éprouvé une grande aversion. 

En 1936, il participe à des expositions à Londres, New York et Chicago et compose un plafond en sacs de charbon pour l'Exposition Internationale du Surréalisme à Paris. Dès 1927, Duchamp se consacre énormément aux échecs dont il est un des grands champions.

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Marcel Duchamp - Ready made: urinoir.
En 1940, il publie Boîte en Valise: c'est un musée portatif contenant 68 reproductions miniatures de ses oeuvres, des documents, des méditations préparatoires, des projets et des notes. Cette boîte comprend également des textes humoristi­ques, une ampoule de verre contenant 50 cm cube d'air de Paris, une petite housse de machine à écrire, une fontaine urinoir microscopique et une mini boîte à sucre.

De 1941 à 1946, Duchamp vit à New York de leçon de français et participe à des tournois d'échecs. Depuis lors, il partage sa vie entre la France et l'Amérique. Pendant toute sa vie Duchamp sera resté un homme distant, toujours solitaire, retiré et secret.

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Marcel Duchamp - La jeune mariée mise à nu

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12/11/2008

Oscar Dominguez

imagesOscar Dominguez est né en 1906 à Ténériffe (Canaries) où son père était exportateur de bananes. Adolescent, son père l'envoie à Paris pour surveiller ses comptoirs, mais Dominguez se contente d'y "faire la fête" et de la peinture. Ses premières toiles, habilles et pleines de trouvailles, sont surtout influen­cées par Dali et Ernst. 

En 1953, il organise une exposition surréaliste à Ténériffe et, l'année suivante, entre dans le groupe surréaliste de Paris. Dominguez s'est toujours montré découvreur de nouvelles techniques. C'est lui qui, le premier, employa la technique de la décalcomanie, procédé qu'il limitait à l'encre et à la gouache, mais que Ernst devait étendre à la peinture à l'huile. 

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Oscar Dominguez - Le Taureau.
Dès 1957, il se laisse aller à la peinture automatique, réalisant ainsi une série de peintures à dominance bleue. C'est la période cosmique qui nous découvre un fouilli d'armatures qui envahissent l'espace: Nostalgie de l'Espace (1939). 

A partir de 1934, Dominguez participe à toutes les expositions surréalistes. En 1943, galerie Carré à Paris, il expose une série de toiles figuratives inspirées par Chirico (Le Pirate). Il publie La Pétrification du Temps, théorie des objets "li­thochroniques'' et en 1945, il exécute une grande fresque à l'hôpital Sainte-Anne à Paris (en collaboration avec Delanglade, Fernandez, Jean et Henry). II participe à l'Exposition Internationale du Surréalisme qui a lieu à Bruxelles, mais reste absent de l'exposition chez Maeght en 1947.

Il expose au Salon des Sur­indépendants et tente de renouveler son style en appliquant des nouveaux procédés tels que la peinture sur feutre. Déçu par l'échec de sa dernière exposition il se suicide en s'ouvrant les veines le 31 décembre 1957.

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Oscar Dominguez - La Vague - 1938

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Oscar Dominguez

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11/11/2008

Paul Delvaux

paul delvauxPaul Delvaux est né en 1897 à Antheit-les-Huys, dans la province de Liège, d'un père avocat. Elève de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, il pratique le néo-impressionnisme, puis l'expressionnisme jusqu'en 1935. En 1936, il décou­vre au Palais des Beaux-Arts les peintres surréalistes et en particulier de Chirico. Dès lors, Delvaux adhère au surréalisme sans toute fois prendre une part active au mouvement. 

Delvaux "fait de l'univers l'empire d'une femme toujours la même qui règne sur les grands faubourgs du Coeur" (Breton). Cette femme au visa­ge énigmatique, toujours nue parmi les ruines désertes de monuments antiques, nous la retrouvons dans presque toutes les peintures de Delvaux, parfois multipliée à plusieurs exemplaires: L'Aurore (1957), L'Echo (1943), La Femme à la Rose (1936), Le Cortège en dentelle (1936) et Nocturne (1939). 

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Paul Delvaux - L'Aurore - 1937
L'érotisme, le plus souvent dis­cret, se retrouve dans des toiles comme La Ville endormie (1938) et La Mise au Tombeau (1951). Delvaux a décoré de peintures murales le Palais du Congrès de Bruxelles et la maison du mécène Gilbert Périer à Bruxelles. Dans ses dernières toiles, les fonds d'architecture tiennent moins de place, et en particulier dans Le Sabbat de 1963. 

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Paul Delvaux - Pygmalion.
Les nombreuses expositions que Delvaux fit en Belgique, à Paris New York, Venise et Sao Paulo contribuèrent à le faire connaître du public. Del­vaux vécut à Bruxelles où il fut professeur à l'Institut supérieur des arts déco­ratifs. Le Musée de la ville de Bruxelles conserve sa Crucifixion de 1952. Si Paul Delvaux n'a pas participé aux réunions du groupe surréaliste, c'est parce qu'il est arrivé au surréalisme à une époque où les carrières personnelles prenaient déjà le pas sur les recherches en commun.

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Paul Delvaux - Venus endormie.
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Paul Delvaux - Femme aux noeuds roses.

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05/11/2008

Salvador Dali

Salvador Dali est né le 11 mai 1904 à Figueras, petite ville et place forte de Catalogne où son père était notaire. Dès son plus jeune âge, il se fait remarquer par ses idées et ses attitudes excentriques: il voulait s'af­firmer et prouver aux autres et à lui-même qu'il existait vraiment.

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Salvador Dali
A l'école il prit l'habitude de sauter dans le vide, du haut d'un escalier, malgré son vertige et sa peur, devant ses camarades stupéfaits et admiratifs. Parfois, il échangeait des pièces de dix centimes contre des pièces de cinq centimes. 

En 1918, il voue une admiration toute particulière aux peintres espagnols de scènes de genre du XIXe siècle et aux impressionnistes français. En 1920, il découvre le futurisme et, par de-là, le cubisme. En 192I, il entre à l'Aca­démie des Beaux-Arts de Madrid pour y compléter ses études de peinture. Il fait la connaissance de Garcia Lorca et de Luis Bunuel avec qui il restera longtemps en relation.

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Salvador Dali - Nu dans l'eau - 1925
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Salvador Dali - Gala nue de dos - 1960
Mais à l'Ecole des Beaux-Arts, où il a pour maître Carbonero, Dali est toujours insatisfait. Il reprochait à ses maîtres d'être ré­trogrades, ennemis des audaces de la jeune peinture et ignorants des techni­ques classiques. Un jour, lors d'un examen, Dali tira comme sujet de conféren­ce Raphaël. Ses amis crurent qu'il allait manifester sa joie, Raphael étant le peintre qu'il connaissait le mieux. Eh bien non! Dali se leva et dit à ses examinateurs: "Je vous parlerais bien de Raphaël, mais à quoi bon? Je sais tout sur lui et vous, vous ne savez rien. Il est donc préférable que je me retire." Et il se retira. Ses professeurs, indignés par son impertinence, le chassèrent pour un an de l'Ecole des Beaux-Arts. 

En 1925, après avoir fait quelques séjours en prison pour activités politiques, il étudie les peintures du Prado et voue une admiration particulière pour la métaphysique italienne et la peinture de Chirico et de Carra. Cette même année, il expose pour la première fois chez Dalmau à Barcelone et en 1926 à Madrid avec le premier groupe des artistes ibériques tels que Ferrant, Cossio, Barès,... Son importance est, dès lors, reconnue par ses contemporains.

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Salvador Dali - Jeune fille à la fenêtre.
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Salvador Dali - Panier de pain - 1926
En 1926, il est expulsé définitivement de l'Ecole des Beaux-Arts et sa Corbeille à Pain est achetée par le Musée National d'Art Moderne de Pittsburgh. Entre 1925 et 1927, il s'essaye dans différentes directions, tantôt dans le réalisme à la Vermeer, tantôt dans l'abstraction, le cubisme ou le néo-classicisme. Il conçoit également les décors de Mariana Pineda de Lorca. 

En 1927, il découvre le surréalisme en feuilletant des revues. Il a enfin découvert son style: c'est le début de sa manière propre donnant la priorité à l'obsession subconsciente. Il peint Appareil à Main et Le Sang est plus doux que le Miel. Dans son livre Vie Secrète, Dali nous explique comment, pendant cette période, il concevait ses tableaux: 

Au lever du soleil, je me réveillais et sans me laver ni n'habiller, je m'asseyais devant le chevalet placé dans ma chambre face à mon lit. La pre­mière image du matin était celle de ma toile qui serait aussi la dernière image que je verrais avant de me coucher. Je tâchais de m'endormir en la fi­lant des yeux pour en conserver le dessin pendant mon sommeil, et quelquefois, au milieu de la nuit, je me levais pour la regarder un instant au clair de lune. Ou bien entre deux sommes, j'allumais l'électricité pour contempler cette oeuvre qui ne me quittait pas. Toute la journée, assis devant mon chevalet, je fixais ma toile comme un médium pour en voir surgir les éléments de ma pro­pre imagination. Quand les images se situaient très exactement dans le ta­bleau, je les peignais à chaud, immédiatement. Mais parfois, il me fallait atten­dre des heures et rester oisif le pinceau immobile dans ma main, avant de rien surgir. 

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Salvador Dali - Apparition du buste de Voltaire.
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 Salvador Dali - Apparition d'un visage.
Sur le conseil de Miro, il se rend à Paris en 1928 dans le but de connaître "Picasso, Versailles et le Musée Grévin". Il y rencontre Picasso et les surréalistes. 

L'année suivante a lieu sa première exposition à Paris, galerie Goemans (préface de Breton). Dali présente des toiles intitulées: Les Plaisirs illuminés, Le Jeu lugubre et L'Accommodation du Désir. Citons encore quelques toiles de cette période: La Source (1930), La Profanation de l'Hostie (1931), Le Rêve (1931), Angélus (1935), Méditation sur la Harpe et Gala et l'Angélus de Milet, précédent immédiatement la venue des anamorphes coniques.

C'est alors qu'il élabore sa théorie de "l'activité paranoïaque critique", qui consiste à instaurer un système délirant durable, forte­ment influencé par la psychanalyse de Freud pour laquelle il s'enthousiasme. ascension du christ 1958 [web520]


Salvador Dali - Ascension du Christ - 1958
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 Salvador Dali - Automne cannibale - 1938.
Il attire à Cadaquès les surréalistes parisiens, organise une exposition triomphale et épouse la première femme de Paul Eluard, Gala, qui devient sa femme et sa principale inspiratrice. On peut dire que Gala sauva Dali de la folie: elle parvint en effet, par son amour, à empêcher les crises de fou rire fréquentes chez Dali à cette époque.

En compagnie de son ami Luis Bunuel, il tourne dans sa propriété de Cadaquès le court-métrage désormais célèbre intitulé Le Chien Andalou. Enthousiasmé par le film, le groupe surréaliste qui venait d'être véritablement fondé, invite Dali à en faire partie. 

De 1929 à 193I, il commence à peindre des images doubles sous l'influence de Max Ernst et de Yves Tanguy. En 1930, il publie L'Amour et la Mémoire et La femme invisible, où il développe ses idées et ses théories sur l'inspiration para­noïaque et rapproche sa technique de celle de Meissonnier. L'année suivante, toujours en collaboration avec Bunuel, il réalise le long métrage L'Age d'Or. A la deuxième projection de ce film, il y eut une émeute et, quelques jours plus tard, le film était interdit par la préfecture de police. Dans sa série de peintures traitant de Guillaume Tell, Dali aborde le problème de la castration et du patriarcat. Certaine de ses toiles prennent aussi un aspect vorace, culinaire et digestif (Dali aime particulièrement les crustacés). Le thème du mou et du flasque, parfois soutenu par des béquilles, se retrouve fréquemment. persistance de la mémoire 1931 [web520]


Salvador Dali - Persistance de la mémoire - 1931
cygnes réfléchis en éléphants 1937 [web520]
 Salvador Dali - Cygnes réfléchis en éléphants - 1937.
En 1931, il peint Persistance de la mémoire, toile où apparaissent des montres molles, Enigme de Guillaume Tell (1933), Echos Nostalgiques (1935) et Ville des tiroirs(1936). En 1933 a lieu sa première exposition à New York et, l'année suivante, il se rend personnellement aux Etats-Unis. En 1934, il illustre les Chants de Maldoror de Lautréamont. Jusqu'en 1936, il peint la série des os et des figures déformées, puis des scènes de plage à figures "instantanées". Il peint notamment: La Mémoire et la Femme enfant, Crâne atmosphérique sodomisant un piano à queue, Apparition de ma cousine Carolinette sur la plage de Rosas et Femme à tête de Rose

Pendant la guerre d'Espagne, il fait un séjour en Italie où il étudie la Renaissance et le Baroque. Il porte alors une admiration de plus en plus vive pour Vermeer et Vélasquez, et sa période mystique commence par les tableau Jeune Vierge auto-sodomisée par sa propre chasteté et par les illustrations pour l'Apocalypse. 

Dali prépare rapidement son retour au classicisme, ce qui le fait exclure des  surréalistes par Bre­ton. En 1939, Dali écrit l'argument et dessine les costumes du ballet Laby­rinthe. Une grande rétrospective à lieu au Musée d'Art Moderne de New York. Lorsque survient la guerre, Dali et Gala se réfugient en Amérique où Dali commence à rédiger sa Vie Secrèteenfant géopolitique observant la naissance de l homme nouveau 1934 [web520]


Salvador Dali - Enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau - 1934.
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Salvador Dali - Métamorphose de Narcisse
C'est au Etats-Unis où il remporte un énorme succès, que Dali fait la connaissance de l'écrivain Henry Miller. A cette époque, Breton compose, pour se moquer de son ancien ami, le célèbre ana­gramme Avidadollars. D'après Dali, ce surnom eût le pouvoir magique de faire pleuvoir sur lui une cascade de dollars. Ayant des idées différentes des surréalistes, et ses tableaux se vendant mal, il projette même d'abandonner la peinture et de se lancer dans les affaires en introduisant sur le commerce quelques unes de ses inventions telles que ongles-miroirs, sculpture-ventilateur, lunettes kaléidoscopiques, masques photographiques, cinéma tactile et bien d'autres encore. Malheureusement, il se heurta partout à une incompré­hension presque totale. 

Revenu en Espagne, il illustre de nombreuses oeuvres littéraires, crée des décors et des costumes pour des ballets et ne cesse de peindre et d'exposer. En 1942, il publie Vie Secrète de Salvador Dali et exécute les portraits de plusieurs personnalités exposés à la galerie Knoedler à New York. En 1944, il exécute le scénario, les costumes et les décors pour les ballets Colloque sentimental et Tristan le Fou. Il expose à Rome, Venise et Milan et, l'année suivante, à la Bignou Gallery à New York. En 1949, Dali présente au Pape Pie XII la Vierge de Port-Lligattentation de st antoine [web520]


Salvador Dali - La tentation de Saint Antoine.
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 Salvador Dali - Visage paranoïaque.
En 1950, il expose une deuxième version du même tableau à New York et en 1951 peint le Christ de Saint-Jean de la Croix alors qu'une exposition est organisée à la gale­rie Weil à Paris. En 1955, il dessine les costumes et les décors du ballet Les Vendanges de Philippe de Rothschild, il exécute des bijoux et illustre Le Tricorne. En 1954, il expose à Venise et à Rome et illustre La Divine Comédie. En 1955, il expose à Knokke-le-Zoute et réalise un film: Histoire Prodigieuse de la Dentellière et du Rhinocéros avec Robert Descharnes. En 1957, il exécute quinze lithographies en couleurs pour l'illustration de Don Quichotte de Cervantès, avec utilisation de la technique reposant sur le hasard (coups de fusils, oeufs, éclaboussures,...). Il peint Saint-Jacques de Compostelle qu'il présente l'année suivante à l'Exposition Universelle de Bruxelles. En 1958, il reçoit la médaille d'or de la ville de Paris. 

Entre 1959 et 1960, il illustre L'Apocalypse de Saint Jean et crée la couverture de cet ouvrage, en bronze à la cire perdue. En 1966, une grande rétrospective de son oeuvre à lieu à Tokyo et l'année suivante à New York. Régulièrement, les extravagances du peintre défraient le chronique et lui assurent ainsi qu'à son oeuvre une publicité particulièrement profitable.prémonitiion de la guerre civile [web520]


Salvador Dali - Prémonition de la guerre civile.
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Salvador Dali - Visage de Mae West.
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Salvador Dali - Enigme sans fin - 1943
poésie d'amerique 1943 [web520]
Salvador Dali - Poésie d'Amérique - 1938
paysage avec des papillons [web520]
Salvador Dali - Paysage avec des papillons.
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Salvador Dali - Montre molle.

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04/11/2008

Giorgio de Chirico

Giorgio de Chirico est né en 1888, à Volo, capitale de la Thessalie (Grèce), de parents italiens. Son père, ingénieur sicilien, c'était rendu en Grèce pour y construire une ligne de chemin de fer. La aère de Chirico est très autori­taire; sa soeur meurt très jeune et son frère Andréa se fera connaître sous le pseudonyme de Savinie grâce à ses activités littéraires, musicales et artistiques.

 autoportrait 1953 [web520]


Giorgio de Chirico - Autoportrait - 1953
Très jeune, Giorgio s'amuse à dessiner et observe déjà les choses qui l'entourent avec des yeux de peintre. Il devient l'élève du peintre grec Mavrudis et, à Athènes, suit les cours de l'artiste suisse Gilleron. A l'âge de douze ans, son père l'envoie à l'Académie des Beaux-Arts d'Athènes. 

En 1905, le père de Giorgio meurt et, accompagné de sa mère, le futur peintre retourne en Italie et séjourne à Venise et Milan. Peu de temps après, la famille s'installe en Bavière et Chirico suit, pendant deux ans, les cours de l'Académie royale de Munich. Giorgio de Chirice entre alors en contact avec la philosophie alleman­de et en particulier Nietzsche et Otto Wemninger. Il subit également l'influ­ence des peintres Arnold Boëcklin et Albert Kubin qui auront tous deux un pouvoir considérable sur son oeuvre picturale.

 hector et andromaque 1917 [web520]


Giorgio de Chirico - Hector et Andromaque - 1917
 duo 1914 [web520]
 Giorgio de Chirico - Duo - 1914
En 1909, il revient en Italie et séjourne à Turin, Milan et Florence. A cette époque, il n'a aucune relation avec des artistes et les mouvements futuriste et cubiste le laissent totalement indifférent. Une période de mélancolie, probablement due aux maladies successives de Chirico, a une influence considérable sur son oeuvre. C'est alors que débute la période des arcades et des places d'Italie, influencée par Nietzsche et Boëcklin. La fuite à l'infini des arcades, les perspectives divergentes, les statues solitaires projetant démesurément leur ombre sur une pièce déserte, des tours crénelées hérissées de drapeaux, des silhouettes d'usine abandonnées, des temples désaffectés, parfois une locomotive à l'hori­zon, tels sont les principaux thèmes que l'on retrouve dans les peintures de cette période.

De ces paysages de villes désertes émane une atmosphère de mystère, un sentiment d'attente. Poète autant que peintre, Chirico s'est exprimé lui-même sur son œuvre: 

Vie, vie, grand rêve mystérieux (toutes les énigmes que tu montres; joies et éclairs... Portiques au soleil. Statues endormies.
Cheminées rouges; nostalgie d'horizons inconnus...
Et l'énigme de l'école, et la prison, et la caserne;
et la locomotive qui siffle la nuit sous la voûte glacée
et les étoiles.
Toujours l'inconnu; l'éveil du matin et le rêve qu'on a fait, obscur présage, oracle mystérieux... 

enigme de l heure 1911 [web520]


Giorgio de Chirico - L'énigme de l'heure - 1911
 place d italie [web520]
Giorgio de Chirico - Place d'Italie
Bans un autre texte, Chirico nous donne une description verbale de la poésie qui se dégage de ses paysages:

Parfois l'horizon est défini par un mur derrière lequel s'élève le bruit d'un train qui disparaît. Toute la nostalgie de l'infini nous est révélée derrière la précision géométrique de la place. Nous éprouvons les émotions les plus inoubliables lorsque certains aspects du monde dont nous ignorons complètement l'existence, nous confrontent soudainement avec la révélation de mystères qui restaient tout le temps à portée de nous, que nous ne pouvons pas voir parce que nous avons la vue trop courte et que nous ne pouvons pas sen­tir parce que nos sens sont mal développés, leurs voix mortes nous parlent de très près, mais elles nous paraissent comme des voix venues d'une autre planète.  

Waldemar Georges: Giorgio de Chirico, Paris, 1926 

Les principaux tableaux de cette époque sont: Enigme d'un soir d'automne (1910), L'Enigme de l'Heure (1912), Souvenir d'Italie (19I3), Voyage anxieux (1915) et Inquiétude du poète (1915)

 le chant d'amour [web520]


Giorgio de Chirico - Le chant d'amour
 portrait prémonitoire de guillaume appolinaire 1914 [web520]
 Giorgio de Chirico - Portrait prémonitoire de Guillaume Appolinaire
Chirico se rend alors à Paris avec sa mère et son frère et il entre en contact avec les futurs surréalistes. Lorsque la guerre éclate, il retourne en Italie et se consacre à l'étude des maîtres d'autre­fois et des techniques classiques. Il expose à Rome ses premières toiles de la période inspirées par les mannequins: Hector et Andromaque, Troubadours, Muses Inquiétantes, Portrait de Jeune Homme

Dans ces toiles, le décors se ré­trécit jusqu'à ne plus cadrer qu'un coin de l'atelier où traînent les acces­soires parfois assemblés de manière à figurer des personnages composés d'équerres et de lattes, des figures blêmes sans visage, des bustes romains, le tout voisinant parfois avec des artichauts, des régimes de bananes, des gants de caoutchouc ou des rangées de biscuits en ordre de bataille. 

Pendant cette période, Chirico travaille souvent en compagnie de Carlo Carra. En 1919, il participe au groupe Valori Plastici et approfondit ses recherches sur la détrempe. la recompense du devin 1913 [web520]


Giorgio de Chirico - La récompense du devin - 1913
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 Giorgio de Chirico - Tour rouge.
En 1924, il expose à la Galerie Pierre à Paris. Il exécute des décors pour les Ballets Russes et Suédois et publie en 1929 un "roman-rêve" intitulé Hebdoméros où il développe sa vision fantastique. 

Dès 1926, son style évolue très rapidement et retourne au classicisme: c'est la période des chevaux et des gladiateurs. Il expose à Paris chez Louise Rosenberg Chevaux antiques, Meubles dans la vallée, Mannequins assis et Gladiateurs. En même temps que cette exposition, les surréalistes qui s'opposent au chan­gement de style de Chirico, organisent une rétrospective intitulée Ci-gît Giorgio de Chirico

The_Disquieting_Muses [web520]


Giorgio de Chirico - Les muses d'inquiétude
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 Giorgio de Chirico - Le Voyant.
Depuis cette période, Chirico brise violemment avec son passé: il renie l'art moderne ainsi que son oeuvre antérieure et se tourne définitivement vers la peinture traditionnelle, dominée par le soucis de la technique. Pierre Courthion devait déclarer à propos de ce changement brusque de style: 

Trahison? Arrêt plutôt des facultés de l'inconscient, perte de toute fabulation chez un poète qui composait avec des lignes et des plans. Je crois que tout est là. Reprenant en pleine pâte le problème du rendu, du beau crous­tillant, de l'imitation savoureuse, si chère et si naturelle au génie de Cour­bet, mais qui n'était pas son affaire, Chirico sombra alors dans les noblesses d'une peinture bassement académique, et de laquelle il ne semble pas prêt de pouvoir s'échapper. 

l'incertitude du poète 1913 [web520]


Giorgio de Chirico - L'incertitude du poète - 1913
 torino printanière 1914 [web520]
 Giorgio de Chirico - Torino printanière - 1914
En 1938, après avoir rompu avec tous ses anciens amis, Giorgio de Chirico re­tourne en Italie et se fixe à Rome. 

Nous terminerons cet exposé sur Chirico en rappelant sa proposition artis­tique qu'il fit dans Hebdoméros, proposition qu'il ne respecta malheureusement pas jusqu'au bout: 

Ce qu'il faut, c'est débarrasser l'art de tout ce qu'il contient de connu jusqu'à présent: tout sujet, toute idée, tout symbole doit être mis de côté... Ce qu'il faut surtout, c'est une grande certitude de soi-même; il faut que la révélation que nous avons d'une oeuvre d'art, que la conception d'un tableau représentant telle ou telle chose, qui n'a pas de sens par elle-même, qui n'a pas de sujet, qui du point de vue de la logique humaine ne veut rien dire du tout, il faut qu'une telle révélation ou conception soit tellement forte en nous qu'elle nous procure une telle joie ou une telle douleur que nous soyons obligés de peindre, poussés par une force plus grande que celle qui pousse un affamé à mordre comme une bête le morceau de pain qui tombe dans sa main.

trois chevaux 1937 [web520]


Giorgio de Chirico - Trois chevaux - 1937
deux chevaux sur laplage 1964 [web520]
Giorgio de Chirico - Deux chevaux sur la plage

19:00 Écrit par Lucky dans 12 Peintres A-E | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : giorgio de chirico |  Facebook |

03/11/2008

Marc Chagall

portraitCe peintre russe est né à Vitebsk en 1887. Son père travaille tans un dépôt de harengs et la vie de la famille, composée de nombreux frères et soeurs, est centrée sur la synagogue, ce qui marqua profondément la sensibilité tu peintre. Trop faible pour travailler manuellement, et de plus sauvais élève, le jeune Marc rêve d'entrer au conservatoire pour devenir chanteur. L'oncle Nush, violoniste, lui avait depuis longtemps donné le goût de la mu­sique: 

Il transportait les bestiaux, et j'avais l'habitude de l'accompagner dans sa voiture cahotante. C'était un bon violoniste. Il jouait pour moi te longues heures, assis sur une marche de la cour, et m'entretenait te choses divines.

 1887-Chagall_ [web520]


Marc Chagall - Moi et mon village.
A treize ans, mordu par un chien, il est envoyé dans un hôpital de Saint-Pétersbourg où il découvre un autre genre de vie. Revenu auprès de sa famille, il entre au collège impérial. Déjà, il ne pense qu'à dessiner. Bientôt, il se met à dessiner les choses qui l'entourent et manifeste le désir de devenir peintre, idée impie pour la religion juive, la loi de Moïse inter­disant toute représentation d'êtres vivants. 

Sa mère lui dit un Jour: "Tu as du talent, mon fils... Si tu continues, tu pourras devenir un bon photographe", ce qui faillit d'ailleurs arriver. Finalement, devant les talents de Marc, son père cède et l'envoie étudier la peinture chez Pen, le seul peintre du villa­ge. Chagall devait déclarer à son sujet: 

J'aime Pen. Je vois sa silhouette tremblante. Il vit dans ma mémoire comme un père.

 amour [web520]


Marc Chagall - Amour
Malheureusement, Chagall ne remporte aucun succès en peinture et, pour gagner sa vie, est obligé de se faire apprenti retoucheur chez un photographe. En 1907, il part pour Saint-Pétersbourg avec 27 roubles en poche. Accompagné par un ami peintre, il som­bre rapidement tans la misère la plus totale et, comble de malheur, échoue à l'examen d'entrée à l'Académie des Beaux-Arts. Heureusement, il réussir à en­trer à l'Ecole de la société pour la protection des arts et, admis dans les quatre premiers candidats, il obtient une bourse d'étude. Il entre peu à peu en contact avec le monde artistique et découvre l'art occidental qui confir­me en lui le refus tu naturalisme académique et l'importance primordiale de la forme et de la couleur. 

Bientôt, il obtient le soutien te personnages hauts placés et, poussé par ses amis, se présente chez Léon Bakst, animateur tu mou­vement Mir Iskoustva qui connait à l'époque une gloire fulgurante. Bakst l'admet tans son académie, mais reste sur une certaine réserve vis à vis de la peinture de Chagall qui fait alors la connaissance de la contesse Tols­toï et du danseur Nijinsky. 

Pendant trois ans, il faut l'école buissonnière et est continuellement traqué, les juifs ne pouvant pas séjourner dans la ville. Il obtient bientôt le soutien de Winaver, député de la Douma, qui lui offre un atelier dans les bureaux de la revue Aube dont il était le rédac­teur en chef. Winaver lui offre une bourse d'étude pour se rendre à Paris.

 anniversaire 1915 [web520]


Marc Chagall - Anniversaire - 1915

A cette époque, j'avais décidé que j'avais besoin de Paris. La terre qui avait nourri les racines de mon art était Vitebsk, mais mon art avait besoin de Paris comme un arbre à besoin d'eau. 

En 1910, il arrive à Paris, en pleine révolution artistique, et loge à La Ruche où il rencontre Soutine, Modigliani, Léger, Archipenko, Apollinaire, Salmon, Max Jacob et Blaise Cendrars qui devient son meilleur ami. 

A Paris, je ne visitai ni académie, ni professeurs. Je les trouvais dans la ville même, à chaque pas, dans tout. C'étaient les commerçants du quartier, les garçons de café, les concierges, les paysans, les ouvriers. Autour d'eux planait cette étonnante lumière, liberté que je n'ai jamais vue ailleurs. La vie à Montmartre, c'était merveilleux! Je travaillais toute la nuit... Quand, dans un atelier voisin un modèle insulté se mettait à pleurer, quand les Italiens chantaient en s'accompagnant à la mandoline, quand Soutine revenait des Halles avec un lot de poulets faisandés pour les peintres, je restais seul dans ma cellule de planches, debout devant mon chevalet, éclairé par une misérable lampe à kérosène. Depuis une semaine, l'atelier n'avait pas été balayé. Des châssis, des coquilles d'oeufs, des pots vides de bouillon à deux sous étaient éparpillés sur le plancher. La lampe brûlait et moi avec. Je peignais furieusement. C'est là entre ces quatre murs, que j'ai lavé mes yeux, que je suis devenu un peintre.

 bougies de noce 1945 [web520]


Marc Chagall - Bougies de noce.
Influencé par le fauvisme et le cubisme, il multiplie ses toiles de grand format. Son style s'affirme, sa vision se colore et, dans ses tableaux, il peint généralement des scènes de son village natal. Avec des moyens réels, il bâtit une autre réalité où personnages, ani­maux et objets luttent contre les lois de la pesanteur et s'élèvent dans une ronde joyeuse. Chagall déclare:

Un vase debout n'existe pas: il faut qu'il tombe pour prouver qu'il peut être stable; un homme qui marche a besoin d'un vis à vis à l'envers pour souligner son mouvement; une vache est plus solide sur un toit que par terre. 

A cette époque, Apollinaire, voyant une toile de Chagall, s'écria: "C'est surnaturel". Blaise Cendrars baptise les tableaux de son ami par des titres qui entretiennent l'équivoque: A la Russie, aux ânes et aux autres, Le Poète ou Half past three

André Breton déclare à propos de Marc Chagall: 

C'est de cet instant (1911) que la métamorphose, avec lui seul, marque son entrée triomphale dans la peinture moderne. Pour consommer le bou­leversement des plans spatiaux préparé de longue main de Rimbaud et en même temps affranchir l'objet des lois de la pesanteur, de la gravité, abattre la barrière des éléments et des règnes, chez Chagall cette métamorphose se découvre d'emblée un support plastique dans l'image hypnagogique et dans l'ima­ge éidétique (ou esthétique) laquelle ne devait être décrite que plus tard avec tous les caractères que Chagall a su lui attribuer. 
 la promenade 1917 [web520]


Marc Chagall - La Promenade.

En 1914, la guerre éclate. Chagall retourne à Vitebsk où, en 1915, il épouse Bella une amie d'enfance. Il part de Paris en laissant à la Ruche ses meilleures toiles: Saint Voiturier, Moi et le Village, Marchand de bestiaux, Le soldat boit, Rabbin jaune, Femme enceinte, toiles inspirées par son pays d'origine et dont quelques unes furent exposées au Salon des Indépendants et à la Galerie de Walden, directeur de Sturm

Son mariage avec Bella provoque en lui un tel bouleversement que sa femme devient presque le sujet unique de ses peintures: Bella au col blanc, Bella et Ida à la fenêtre, Les Amoureux en vert, Les Amou­reux en Jaune et surtout Anniversaire au sujet de laquelle Chagall déclare: 

Pour mon anniversaire de 1915, Bella est venue avec un bouquet. Cette réalité s'est transformée aussitôt en moi, une chimie s'est opérée; la mémoire, le sou­venir font de même. Monet était fidèle aux arbres qu'il avait devant lui, mais qui sont les arbres dont il avait besoin. De même, je pars d'un choc initial concret et spirituel, d'une chose précise et je vais vers quelque chose de plus abstrait.

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Marc Chagall - Crucifixion blanche
Mais, malheureusement, ce bonheur ne peut pas durer: la révolution russe éclate et le pessimisme que Chagall en ressent se retrouve dans ses toiles et en particulier La Maison Grise (1917).

Bientôt nommé Commissaire des Beaux-Arts pour la région de Vitebsk, il fonde des musées locaux et une académie où il invite des peintres d'avant-garde tels que Malevitch, Pougny, Lissitzky et son ancien maître Penn. 

J'avais admis dans mon école des gens de métier, des peintres en bâtiments, par exemple, qui connaissaient mieux le métier de peintre que moi. On travaillait sur commande et par concours en des ateliers communaux. On essayait de transporter l'art dans la vie, de la parer, on décorait les maisons, les tramways, les wagons de chemin de fer... 

Malheu­reusement, les idées de Chagall ne sont pas appréciées ni par le public, ni par les professeurs et, dégoûté, Chagall donne sa démission. Il se rend à Moscou où il est accueilli par Effoss et Granovski, le directeur du Théâtre d'Art Juif de l'Etat et devient metteur en scène. Il exécute des costumes, des décors et des peintures murales pour le théâtre.

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Marc Chagall - La Mariée
En 1922, les réformes de la politique culturelle l'obligent à quitter la Russie et à retourner à Paris, grâce à l'intervention de Baltrusaitis, ministre de Lituanie. 

A Paris, les surréalistes essayent de l'enrôler, mais en vain. Vollard le charge d'illustrer Les Ames Mortes de Gogol, les Fables de La Fontaine ainsi que la Bible. Découvrant le Midi de la France, Chagall, inspiré par la beauté de la végétation, compose une série de natures mortes et de paysages très lyriques. 

En 1931, il se rend en Palestine pour inaugurer le Musée de Tel-Aviv. Inspiré par l'Orient qu'il vient de découvrir, son art se renouvelle. Après 1935, son style évolue vers l'inspiration sociale et religieuse; il peint notamment une série de Crucifixions. En l939, il reçoit le prix Carnegie et se rend aux Etats-Unis où il reçoit un accueil triomphal. Il brosse alors de nombreux décors de ballets et, après la guerre, rentre à Paris et se fait naturaliser citoyen français. Sa gloire devient internationale et de nombreuses expositions sont organisées dans le monde entier.

En 1953, il peint des paysages de Paris en y mêlant le fantastique. Il s'intéresse également à lé céramique et exécute des vitraux pour les églises de Metz et d'Assy. la vie rurale [web520]


Marc Chagall - Vie rurale
En 1962, on inaugure à la synagogue de l'hôpital Hadasah de Jérusalem douze vitraux symbolisant les douze tribus. En septembre 1964, André Malraux inaugure le plafond de l'Opéra de Paris. Le style très personnel de Chagall devait avoir une influence considérable sur les surréalistes qui l'accusèrent cependant d'avoir une attitude trop littéraire vis à vis de la peinture, ce dont Chagall les accusait également: 

Tout peut changer dans notre monde démoralisé, à l'exception du coeur, de l'amour de l'homme et de son aspiration à connaître le divin. La peinture comme toute poésie, participe au divin; les gens le sentent aujourd'hui tout autant qu'ils le sentaient autrefois. Quelle pauvreté a entouré ma jeunesse, quelles épreuves a connues mon père avec nous qui étions neuf enfants, et pourtant il était toujours plein d'amour, et, à sa façon, un poète! C'est par lui que j'ai senti pour la première fois l'existence de la poésie sur cette terre. Après je l'ai sentie aussi pendant les nuits où je regardais le ciel sombre. Ensuite, j'ai appris qu'il y avait aussi un autre monde. Ceci me faisait mon­ter les larmes aux yeux tellement j'en étais ému.

chagall [web520]

11:00 Écrit par Lucky dans 12 Peintres A-E | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marc chagall |  Facebook |