14/10/2008

La folie

Si le rêve nous fait découvrir un monde fantastique, la folie (ou la simulation de la folie) nous fait, elle aussi, pénétrer dans cet univers des aliénés où l'imagination, l'incohérence et la contradiction règnent en maî­tresses.

Selon Freud, les fous "savent plus long que nous sur la réalité intérieure et peuvent nous révéler certaines choses qui, sans eux, seraient restées impénétrables". 

Il existe quantité de folies, mais la paranoïa est certainement celle qui frappa le plus les surréalistes et en particulier Dali. Le paranoïaque réa­lise la synthèse du réel et de l'imaginaire et, atteint par le délire de la grandeur et la folie de la persécution, il cristallise les événements exté­rieurs autour d'une idée délirante ou d'une obsession. Il réagit différem­ment d'une personne normale en interprétant les événements à sa manière et en considérant le monde comme un théâtre dont il serait le principal acteur. 

Salvador Dali affirme que 

tous les médecins sont d'accord pour reconnaître la vitesse de l'inconcevable subtilité fréquente chez le paranoïaque, lequel, se prévalant de motifs et de faits d'une finesse telle qu'ils échappent aux gens normaux, atteint à des conclusions souvent impossibles à contredire... et qui, en tout cas, défient toute analyse. 

Dali ajoute qu'il veut doter 

le surréalisme d'un instrument de tout premier ordre, en l'espèce de la métho­de paranoïaque-critique qui s'est montrée d'emblée capable de s'appliquer indifféremment à la peinture, à la poésie, au cinéma, à la construction d'objets surréalistes typiques, à la mode, à la sculpture, à l'histoire de l'art, même, le cas échéant, à toute espèce d'exégèse.

 dali Persistance de la mémoire


Salvador Dali: Persistance de la Mémoire.
L'attitude du paranoïaque étant très voisine de celle de l'homme normal et même du savant, toute classification devient donc arbitraire. 

Ce serait alors fait des catégories orgueilleuses dans lesquelles on s'amuse à faire entrer les hommes qui ont eu un compte à régler avec la raison humaine, cette même raison qui nous dénie quotidiennement le droit de nous exprimer par les moyens qui nous sont instinctifs. 

Dans L'Immaculée Conception, André Breton et Paul Eluard sont parvenus à reconstituer certains délires tels que débilité mentale, manie aigüe, paraly­sie générale, délire d'interprétation et démence précoce. Ainsi, ils prouvent que l'esprit peut atteindre la folie "sans qu'il y aille pour lui d'un trou ble durable, sans que cela soit susceptible en rien de compromettre sa faculté d'équilibre". 

Dès lors, les surréalistes peuvent donc se risquer sans danger à se livrer à cette gymnastique de l'esprit qui consiste à stimuler la folie et à reconstituer oertains délires, car jamais ils ne perdent contact avec le monde extérieur. 

Les surréalistes se libérèrent de tout préjugé, de toute convention et se laissèrent aller à l'automatisme psychique qui vise à la recréation d'un état qui n'ait plus rien à envier à l'aliénation mentale. 

Quant à André Breton et Paul Eluard, ils déclarent que

l'essai des simu­lations de maladies que l'on enferme remplacerait avantageusement la bal­lade, le sonnet, l'épopée, le poème sans queue ni tête et autres genres caducs.

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