18/10/2008

La peinture

Selon Max Ernst, 

de même que le rôle du poète est d'écrire sous la dictée de ce qui se pense (s'articule) en lui, le rôle du peintre est de cerner et de projeter ce qui se voit en lui. 

Dali avoue lui-même qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que le publie ne com­prenne pas sa peinture puisque lui ne la comprend pas non plus. Ainsi, chaque spectateur est libre d'interpréter le tableau à sa guise. Dali lui-même a peint  

six images simultanées sans qu'aucune subisse la moindre déformation figurative, torse d'athlète, tête de lion, tête de général, cheval, buste de bergère, tête de mort. Des spectateurs différents voient dans ce tableau des images différentes. 

André Breton considère 

qu'il n'existe… aucune différence d'ambition fondamentale entre un poème de Paul Eluard, de Benjamin Péret et une toile de Max Ernst, de Miro, de Tanguy.  

De plus, il arrive parfois que le peintre ajoute à sa toile un poème correspondant au même thème. De nombreux peintres furent aussi de brillants poètes (Arp, Chirico, Dali, Picabia…) 

L'influence du cubisme sur les surréalistes fut considérable et André Breton admirait plus particulièrement Cézanne et Picasso pour son côté hors la loi. C'est à propos de ce dernier qu'il dit notamment: 

il s'est trouvé ainsi constamment en état de défense à l'égard des choses extérieures, y compris de celles qu'il avait tirées de lui-même. Le périssable et l'éphémère à rebours de tout ce qui fait généralement l'objet de la délectation et de la vanité artistiques ont été recherchés pour eux-mêmes. 

Deux tendances principales se manifestent dans la peinture surréaliste: certains artistes tentent d'exprimer leurs rêves, d'autres se contentent de modifier la réalité. 

A la tendance subjective de la peinture appartiennent Francis Picabia, Marcel Duchamp, André Masson, Joan Miro, Yves Tanguy et Matta. De plus, les surréalistes appliquèrent un conseil de Léonard de Vinci: 

Si vous prenez garde aux salissures de quelques vieux murs ou aux bigarrures de certaines pierres jaspées, il s'y pourra rencontrer des inventions et des représentations de divers paysages, des confusions de batailles, des attitudes spirituelles, des airs de têtes ou de figures étranges, des habillements capricieux et une infinité d'autres choses parce que l'esprit s'excite parmi cette confusion et qu'il y découvre plusieurs inventions. 

Selon Breton, 

la portée de cette résolution dépasse de beaucoup en intérêt humain celle d'une technique, quand cette technique serait celle de l'inspiration. C'est tout particulièrement dans cette mesure qu'elle a retenu le surréalisme.

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Max Ernst: Oedipus Rex - 1922

Max Ernst nous relate comment, dans son oeuvre picturale, il partit d'éléments réels pour créer et faire naître le surréel: 

Tombant par hasard eu comme par hasard sur par exemple les pages d'un catalogue où figuraient des objets pour la démonstration anatomique ou physique, nous y trouvâmes réunis des éléments de figuration tellement dis­tants que l'absurdité de cet assemblage provoqua en nous la succession hal­lucinante d'images contradictoires, se superposant les unes aux autres avec la persistance, la rapidité qui sont le propre des souvenirs amoureux. 

Ces images appelaient elles-mêmes un plan nouveau pour leurs rencontres dans un inconnu nouveau (le plan de non-convenance). Il suffisait d'aller ajouter en peignant ou en dessinant, et pour cela en ne faisant que reproduire do­cilement ce qui se voit en nous, une couleur, un griffonnage, un paysage étran­ger aux objets représentés, le désert, le ciel, une coupe géologique, un plan­cher, une seule ligne droite signifiant l'horizon, pour obtenir une image fidèle et fixe de notre hallucination et transformer en un drame révélant nos plus secrets désirs, ce qui auparavant n'était qu'une banale page de publicité. 

C'est ainsi qu'en 1924, Max Ernst en vint à employer le procédé de frottage qui consiste à frotter au crayon une feuille de papier posée sur une sur­face rugueuse pour faire apparaître sur la feuille les aspérités de la surface. 

Les dessins ainsi obtenus perdent de plus en plus, à travers une série de suggestions et de transmutations qui s'offrent spontanément, à la manière de visions hypnagogiques, le caractère de la matière interrogée (le bois) pour prendre l'aspect d'images d'une précision inespérée, de nature probablement à déceler la cause première de l'obsession ou à produire un simulacre de cette cause.

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Max Ernst: Histoire naturelle

C'est par ce procédé qu'il créa son Histoire Naturelle en interrogeant des matières telles que "des feuilles et leurs nervures, les bords effilochés d'une toile de sac…"  

19:00 Écrit par Lucky dans 11 Arts surréalistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : max ernst |  Facebook |

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