03/11/2008

Marc Chagall

portraitCe peintre russe est né à Vitebsk en 1887. Son père travaille tans un dépôt de harengs et la vie de la famille, composée de nombreux frères et soeurs, est centrée sur la synagogue, ce qui marqua profondément la sensibilité tu peintre. Trop faible pour travailler manuellement, et de plus sauvais élève, le jeune Marc rêve d'entrer au conservatoire pour devenir chanteur. L'oncle Nush, violoniste, lui avait depuis longtemps donné le goût de la mu­sique: 

Il transportait les bestiaux, et j'avais l'habitude de l'accompagner dans sa voiture cahotante. C'était un bon violoniste. Il jouait pour moi te longues heures, assis sur une marche de la cour, et m'entretenait te choses divines.

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Marc Chagall - Moi et mon village.
A treize ans, mordu par un chien, il est envoyé dans un hôpital de Saint-Pétersbourg où il découvre un autre genre de vie. Revenu auprès de sa famille, il entre au collège impérial. Déjà, il ne pense qu'à dessiner. Bientôt, il se met à dessiner les choses qui l'entourent et manifeste le désir de devenir peintre, idée impie pour la religion juive, la loi de Moïse inter­disant toute représentation d'êtres vivants. 

Sa mère lui dit un Jour: "Tu as du talent, mon fils... Si tu continues, tu pourras devenir un bon photographe", ce qui faillit d'ailleurs arriver. Finalement, devant les talents de Marc, son père cède et l'envoie étudier la peinture chez Pen, le seul peintre du villa­ge. Chagall devait déclarer à son sujet: 

J'aime Pen. Je vois sa silhouette tremblante. Il vit dans ma mémoire comme un père.

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Marc Chagall - Amour
Malheureusement, Chagall ne remporte aucun succès en peinture et, pour gagner sa vie, est obligé de se faire apprenti retoucheur chez un photographe. En 1907, il part pour Saint-Pétersbourg avec 27 roubles en poche. Accompagné par un ami peintre, il som­bre rapidement tans la misère la plus totale et, comble de malheur, échoue à l'examen d'entrée à l'Académie des Beaux-Arts. Heureusement, il réussir à en­trer à l'Ecole de la société pour la protection des arts et, admis dans les quatre premiers candidats, il obtient une bourse d'étude. Il entre peu à peu en contact avec le monde artistique et découvre l'art occidental qui confir­me en lui le refus tu naturalisme académique et l'importance primordiale de la forme et de la couleur. 

Bientôt, il obtient le soutien te personnages hauts placés et, poussé par ses amis, se présente chez Léon Bakst, animateur tu mou­vement Mir Iskoustva qui connait à l'époque une gloire fulgurante. Bakst l'admet tans son académie, mais reste sur une certaine réserve vis à vis de la peinture de Chagall qui fait alors la connaissance de la contesse Tols­toï et du danseur Nijinsky. 

Pendant trois ans, il faut l'école buissonnière et est continuellement traqué, les juifs ne pouvant pas séjourner dans la ville. Il obtient bientôt le soutien de Winaver, député de la Douma, qui lui offre un atelier dans les bureaux de la revue Aube dont il était le rédac­teur en chef. Winaver lui offre une bourse d'étude pour se rendre à Paris.

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Marc Chagall - Anniversaire - 1915

A cette époque, j'avais décidé que j'avais besoin de Paris. La terre qui avait nourri les racines de mon art était Vitebsk, mais mon art avait besoin de Paris comme un arbre à besoin d'eau. 

En 1910, il arrive à Paris, en pleine révolution artistique, et loge à La Ruche où il rencontre Soutine, Modigliani, Léger, Archipenko, Apollinaire, Salmon, Max Jacob et Blaise Cendrars qui devient son meilleur ami. 

A Paris, je ne visitai ni académie, ni professeurs. Je les trouvais dans la ville même, à chaque pas, dans tout. C'étaient les commerçants du quartier, les garçons de café, les concierges, les paysans, les ouvriers. Autour d'eux planait cette étonnante lumière, liberté que je n'ai jamais vue ailleurs. La vie à Montmartre, c'était merveilleux! Je travaillais toute la nuit... Quand, dans un atelier voisin un modèle insulté se mettait à pleurer, quand les Italiens chantaient en s'accompagnant à la mandoline, quand Soutine revenait des Halles avec un lot de poulets faisandés pour les peintres, je restais seul dans ma cellule de planches, debout devant mon chevalet, éclairé par une misérable lampe à kérosène. Depuis une semaine, l'atelier n'avait pas été balayé. Des châssis, des coquilles d'oeufs, des pots vides de bouillon à deux sous étaient éparpillés sur le plancher. La lampe brûlait et moi avec. Je peignais furieusement. C'est là entre ces quatre murs, que j'ai lavé mes yeux, que je suis devenu un peintre.

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Marc Chagall - Bougies de noce.
Influencé par le fauvisme et le cubisme, il multiplie ses toiles de grand format. Son style s'affirme, sa vision se colore et, dans ses tableaux, il peint généralement des scènes de son village natal. Avec des moyens réels, il bâtit une autre réalité où personnages, ani­maux et objets luttent contre les lois de la pesanteur et s'élèvent dans une ronde joyeuse. Chagall déclare:

Un vase debout n'existe pas: il faut qu'il tombe pour prouver qu'il peut être stable; un homme qui marche a besoin d'un vis à vis à l'envers pour souligner son mouvement; une vache est plus solide sur un toit que par terre. 

A cette époque, Apollinaire, voyant une toile de Chagall, s'écria: "C'est surnaturel". Blaise Cendrars baptise les tableaux de son ami par des titres qui entretiennent l'équivoque: A la Russie, aux ânes et aux autres, Le Poète ou Half past three

André Breton déclare à propos de Marc Chagall: 

C'est de cet instant (1911) que la métamorphose, avec lui seul, marque son entrée triomphale dans la peinture moderne. Pour consommer le bou­leversement des plans spatiaux préparé de longue main de Rimbaud et en même temps affranchir l'objet des lois de la pesanteur, de la gravité, abattre la barrière des éléments et des règnes, chez Chagall cette métamorphose se découvre d'emblée un support plastique dans l'image hypnagogique et dans l'ima­ge éidétique (ou esthétique) laquelle ne devait être décrite que plus tard avec tous les caractères que Chagall a su lui attribuer. 
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Marc Chagall - La Promenade.

En 1914, la guerre éclate. Chagall retourne à Vitebsk où, en 1915, il épouse Bella une amie d'enfance. Il part de Paris en laissant à la Ruche ses meilleures toiles: Saint Voiturier, Moi et le Village, Marchand de bestiaux, Le soldat boit, Rabbin jaune, Femme enceinte, toiles inspirées par son pays d'origine et dont quelques unes furent exposées au Salon des Indépendants et à la Galerie de Walden, directeur de Sturm

Son mariage avec Bella provoque en lui un tel bouleversement que sa femme devient presque le sujet unique de ses peintures: Bella au col blanc, Bella et Ida à la fenêtre, Les Amoureux en vert, Les Amou­reux en Jaune et surtout Anniversaire au sujet de laquelle Chagall déclare: 

Pour mon anniversaire de 1915, Bella est venue avec un bouquet. Cette réalité s'est transformée aussitôt en moi, une chimie s'est opérée; la mémoire, le sou­venir font de même. Monet était fidèle aux arbres qu'il avait devant lui, mais qui sont les arbres dont il avait besoin. De même, je pars d'un choc initial concret et spirituel, d'une chose précise et je vais vers quelque chose de plus abstrait.

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Marc Chagall - Crucifixion blanche
Mais, malheureusement, ce bonheur ne peut pas durer: la révolution russe éclate et le pessimisme que Chagall en ressent se retrouve dans ses toiles et en particulier La Maison Grise (1917).

Bientôt nommé Commissaire des Beaux-Arts pour la région de Vitebsk, il fonde des musées locaux et une académie où il invite des peintres d'avant-garde tels que Malevitch, Pougny, Lissitzky et son ancien maître Penn. 

J'avais admis dans mon école des gens de métier, des peintres en bâtiments, par exemple, qui connaissaient mieux le métier de peintre que moi. On travaillait sur commande et par concours en des ateliers communaux. On essayait de transporter l'art dans la vie, de la parer, on décorait les maisons, les tramways, les wagons de chemin de fer... 

Malheu­reusement, les idées de Chagall ne sont pas appréciées ni par le public, ni par les professeurs et, dégoûté, Chagall donne sa démission. Il se rend à Moscou où il est accueilli par Effoss et Granovski, le directeur du Théâtre d'Art Juif de l'Etat et devient metteur en scène. Il exécute des costumes, des décors et des peintures murales pour le théâtre.

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Marc Chagall - La Mariée
En 1922, les réformes de la politique culturelle l'obligent à quitter la Russie et à retourner à Paris, grâce à l'intervention de Baltrusaitis, ministre de Lituanie. 

A Paris, les surréalistes essayent de l'enrôler, mais en vain. Vollard le charge d'illustrer Les Ames Mortes de Gogol, les Fables de La Fontaine ainsi que la Bible. Découvrant le Midi de la France, Chagall, inspiré par la beauté de la végétation, compose une série de natures mortes et de paysages très lyriques. 

En 1931, il se rend en Palestine pour inaugurer le Musée de Tel-Aviv. Inspiré par l'Orient qu'il vient de découvrir, son art se renouvelle. Après 1935, son style évolue vers l'inspiration sociale et religieuse; il peint notamment une série de Crucifixions. En l939, il reçoit le prix Carnegie et se rend aux Etats-Unis où il reçoit un accueil triomphal. Il brosse alors de nombreux décors de ballets et, après la guerre, rentre à Paris et se fait naturaliser citoyen français. Sa gloire devient internationale et de nombreuses expositions sont organisées dans le monde entier.

En 1953, il peint des paysages de Paris en y mêlant le fantastique. Il s'intéresse également à lé céramique et exécute des vitraux pour les églises de Metz et d'Assy. la vie rurale [web520]


Marc Chagall - Vie rurale
En 1962, on inaugure à la synagogue de l'hôpital Hadasah de Jérusalem douze vitraux symbolisant les douze tribus. En septembre 1964, André Malraux inaugure le plafond de l'Opéra de Paris. Le style très personnel de Chagall devait avoir une influence considérable sur les surréalistes qui l'accusèrent cependant d'avoir une attitude trop littéraire vis à vis de la peinture, ce dont Chagall les accusait également: 

Tout peut changer dans notre monde démoralisé, à l'exception du coeur, de l'amour de l'homme et de son aspiration à connaître le divin. La peinture comme toute poésie, participe au divin; les gens le sentent aujourd'hui tout autant qu'ils le sentaient autrefois. Quelle pauvreté a entouré ma jeunesse, quelles épreuves a connues mon père avec nous qui étions neuf enfants, et pourtant il était toujours plein d'amour, et, à sa façon, un poète! C'est par lui que j'ai senti pour la première fois l'existence de la poésie sur cette terre. Après je l'ai sentie aussi pendant les nuits où je regardais le ciel sombre. Ensuite, j'ai appris qu'il y avait aussi un autre monde. Ceci me faisait mon­ter les larmes aux yeux tellement j'en étais ému.

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11:00 Écrit par Lucky dans 12 Peintres A-E | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marc chagall |  Facebook |

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