04/11/2008

Giorgio de Chirico

Giorgio de Chirico est né en 1888, à Volo, capitale de la Thessalie (Grèce), de parents italiens. Son père, ingénieur sicilien, c'était rendu en Grèce pour y construire une ligne de chemin de fer. La aère de Chirico est très autori­taire; sa soeur meurt très jeune et son frère Andréa se fera connaître sous le pseudonyme de Savinie grâce à ses activités littéraires, musicales et artistiques.

 autoportrait 1953 [web520]


Giorgio de Chirico - Autoportrait - 1953
Très jeune, Giorgio s'amuse à dessiner et observe déjà les choses qui l'entourent avec des yeux de peintre. Il devient l'élève du peintre grec Mavrudis et, à Athènes, suit les cours de l'artiste suisse Gilleron. A l'âge de douze ans, son père l'envoie à l'Académie des Beaux-Arts d'Athènes. 

En 1905, le père de Giorgio meurt et, accompagné de sa mère, le futur peintre retourne en Italie et séjourne à Venise et Milan. Peu de temps après, la famille s'installe en Bavière et Chirico suit, pendant deux ans, les cours de l'Académie royale de Munich. Giorgio de Chirice entre alors en contact avec la philosophie alleman­de et en particulier Nietzsche et Otto Wemninger. Il subit également l'influ­ence des peintres Arnold Boëcklin et Albert Kubin qui auront tous deux un pouvoir considérable sur son oeuvre picturale.

 hector et andromaque 1917 [web520]


Giorgio de Chirico - Hector et Andromaque - 1917
 duo 1914 [web520]
 Giorgio de Chirico - Duo - 1914
En 1909, il revient en Italie et séjourne à Turin, Milan et Florence. A cette époque, il n'a aucune relation avec des artistes et les mouvements futuriste et cubiste le laissent totalement indifférent. Une période de mélancolie, probablement due aux maladies successives de Chirico, a une influence considérable sur son oeuvre. C'est alors que débute la période des arcades et des places d'Italie, influencée par Nietzsche et Boëcklin. La fuite à l'infini des arcades, les perspectives divergentes, les statues solitaires projetant démesurément leur ombre sur une pièce déserte, des tours crénelées hérissées de drapeaux, des silhouettes d'usine abandonnées, des temples désaffectés, parfois une locomotive à l'hori­zon, tels sont les principaux thèmes que l'on retrouve dans les peintures de cette période.

De ces paysages de villes désertes émane une atmosphère de mystère, un sentiment d'attente. Poète autant que peintre, Chirico s'est exprimé lui-même sur son œuvre: 

Vie, vie, grand rêve mystérieux (toutes les énigmes que tu montres; joies et éclairs... Portiques au soleil. Statues endormies.
Cheminées rouges; nostalgie d'horizons inconnus...
Et l'énigme de l'école, et la prison, et la caserne;
et la locomotive qui siffle la nuit sous la voûte glacée
et les étoiles.
Toujours l'inconnu; l'éveil du matin et le rêve qu'on a fait, obscur présage, oracle mystérieux... 

enigme de l heure 1911 [web520]


Giorgio de Chirico - L'énigme de l'heure - 1911
 place d italie [web520]
Giorgio de Chirico - Place d'Italie
Bans un autre texte, Chirico nous donne une description verbale de la poésie qui se dégage de ses paysages:

Parfois l'horizon est défini par un mur derrière lequel s'élève le bruit d'un train qui disparaît. Toute la nostalgie de l'infini nous est révélée derrière la précision géométrique de la place. Nous éprouvons les émotions les plus inoubliables lorsque certains aspects du monde dont nous ignorons complètement l'existence, nous confrontent soudainement avec la révélation de mystères qui restaient tout le temps à portée de nous, que nous ne pouvons pas voir parce que nous avons la vue trop courte et que nous ne pouvons pas sen­tir parce que nos sens sont mal développés, leurs voix mortes nous parlent de très près, mais elles nous paraissent comme des voix venues d'une autre planète.  

Waldemar Georges: Giorgio de Chirico, Paris, 1926 

Les principaux tableaux de cette époque sont: Enigme d'un soir d'automne (1910), L'Enigme de l'Heure (1912), Souvenir d'Italie (19I3), Voyage anxieux (1915) et Inquiétude du poète (1915)

 le chant d'amour [web520]


Giorgio de Chirico - Le chant d'amour
 portrait prémonitoire de guillaume appolinaire 1914 [web520]
 Giorgio de Chirico - Portrait prémonitoire de Guillaume Appolinaire
Chirico se rend alors à Paris avec sa mère et son frère et il entre en contact avec les futurs surréalistes. Lorsque la guerre éclate, il retourne en Italie et se consacre à l'étude des maîtres d'autre­fois et des techniques classiques. Il expose à Rome ses premières toiles de la période inspirées par les mannequins: Hector et Andromaque, Troubadours, Muses Inquiétantes, Portrait de Jeune Homme

Dans ces toiles, le décors se ré­trécit jusqu'à ne plus cadrer qu'un coin de l'atelier où traînent les acces­soires parfois assemblés de manière à figurer des personnages composés d'équerres et de lattes, des figures blêmes sans visage, des bustes romains, le tout voisinant parfois avec des artichauts, des régimes de bananes, des gants de caoutchouc ou des rangées de biscuits en ordre de bataille. 

Pendant cette période, Chirico travaille souvent en compagnie de Carlo Carra. En 1919, il participe au groupe Valori Plastici et approfondit ses recherches sur la détrempe. la recompense du devin 1913 [web520]


Giorgio de Chirico - La récompense du devin - 1913
The_Red_Tower [web520]
 Giorgio de Chirico - Tour rouge.
En 1924, il expose à la Galerie Pierre à Paris. Il exécute des décors pour les Ballets Russes et Suédois et publie en 1929 un "roman-rêve" intitulé Hebdoméros où il développe sa vision fantastique. 

Dès 1926, son style évolue très rapidement et retourne au classicisme: c'est la période des chevaux et des gladiateurs. Il expose à Paris chez Louise Rosenberg Chevaux antiques, Meubles dans la vallée, Mannequins assis et Gladiateurs. En même temps que cette exposition, les surréalistes qui s'opposent au chan­gement de style de Chirico, organisent une rétrospective intitulée Ci-gît Giorgio de Chirico

The_Disquieting_Muses [web520]


Giorgio de Chirico - Les muses d'inquiétude
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 Giorgio de Chirico - Le Voyant.
Depuis cette période, Chirico brise violemment avec son passé: il renie l'art moderne ainsi que son oeuvre antérieure et se tourne définitivement vers la peinture traditionnelle, dominée par le soucis de la technique. Pierre Courthion devait déclarer à propos de ce changement brusque de style: 

Trahison? Arrêt plutôt des facultés de l'inconscient, perte de toute fabulation chez un poète qui composait avec des lignes et des plans. Je crois que tout est là. Reprenant en pleine pâte le problème du rendu, du beau crous­tillant, de l'imitation savoureuse, si chère et si naturelle au génie de Cour­bet, mais qui n'était pas son affaire, Chirico sombra alors dans les noblesses d'une peinture bassement académique, et de laquelle il ne semble pas prêt de pouvoir s'échapper. 

l'incertitude du poète 1913 [web520]


Giorgio de Chirico - L'incertitude du poète - 1913
 torino printanière 1914 [web520]
 Giorgio de Chirico - Torino printanière - 1914
En 1938, après avoir rompu avec tous ses anciens amis, Giorgio de Chirico re­tourne en Italie et se fixe à Rome. 

Nous terminerons cet exposé sur Chirico en rappelant sa proposition artis­tique qu'il fit dans Hebdoméros, proposition qu'il ne respecta malheureusement pas jusqu'au bout: 

Ce qu'il faut, c'est débarrasser l'art de tout ce qu'il contient de connu jusqu'à présent: tout sujet, toute idée, tout symbole doit être mis de côté... Ce qu'il faut surtout, c'est une grande certitude de soi-même; il faut que la révélation que nous avons d'une oeuvre d'art, que la conception d'un tableau représentant telle ou telle chose, qui n'a pas de sens par elle-même, qui n'a pas de sujet, qui du point de vue de la logique humaine ne veut rien dire du tout, il faut qu'une telle révélation ou conception soit tellement forte en nous qu'elle nous procure une telle joie ou une telle douleur que nous soyons obligés de peindre, poussés par une force plus grande que celle qui pousse un affamé à mordre comme une bête le morceau de pain qui tombe dans sa main.

trois chevaux 1937 [web520]


Giorgio de Chirico - Trois chevaux - 1937
deux chevaux sur laplage 1964 [web520]
Giorgio de Chirico - Deux chevaux sur la plage

19:00 Écrit par Lucky dans 12 Peintres A-E | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : giorgio de chirico |  Facebook |

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