27/12/2008

André Breton - Facteur Cheval

Nous les oiseaux que tu charmes toujours du haut de ces belvédères
Et qui chaque nuit ne faisons qu'une branche fleurie et tes épaules aux bras de ta brouette bien-aimée
Qui nous arrachons plus vifs que des étincelles à ton poignet
Nous sommes les soupirs de la statue de verre qui se soulève sur le coude quand l'homme dort
Et que des brèches brillantes s'ouvrent dans son lit
Brèches par lesquelles on peut apercevoir de cerfs aux bois de corail dans une clairière
Et des femmes nues tout au fond d'une mine
Tu t'en souviens tu te levais alors tu descendait du train
Sans un regard pour la locomotive en proie aux immenses racines barométriques
Qui se plaint dans la forêt vierge de toutes ses chaudières meurtries
Ses cheminées fumant de jacinthes et mues par des serpents bleus
Nous te précédions alors sous les plantes sujettes à métamorphoses
Qui chaque nuit nous faisons des signes que l'homme peut surprendre
Tandis que sa maison s'écroule et qu'il s'étonne devant les emboîte­ments singuliers
Que recherche son lit avec les corridors et l'escalier
L'escalier se ramifie indéfiniment
Il mène à une porte de meule il s'élargit tout à coup sur une place publique
Il est fait de dos de cygnes une aile ouverte pour la rampe
Il tourne sur lui-même comme s'il allait se mordre
Mais non il se contente sur nos pas d'ouvrir toutes ses marches comme des tiroirs Tiroirs de pain tiroirs de vin tiroirs de savon tiroirs de glace tiroirs d'escalier
Tiroirs de chair à la poignée de cheveux
A cette heure où des milliers de canards de Vaucanson se lissent les plumes
Sans te retourner tu saisissais la truelle dont on fait les seins
Nous te souriions tu nous tenait par la taille
Et nous prenions les attitudes de ton plaisir
Immobiles sous nos paupières pour toujours comme la femme aime voir l'homme Après avoir fait l'amour

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Arshile Gorky.

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