28/12/2008

André Breton - L'Union libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaines à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur
Aux doigté de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
Se nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'Or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux sein de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset de rubis
Aux seins de spectre de la rosé sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèches
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu

dorothea_tanning_gallery_7 [web520]


Dorothea Tanning

Commentaires

union libre www.caf.fr/web/WebCnaf.nsf/.../RP73-VDubois%20et%20DDulong.pdf
A : théorie
les ruses de la raison juridique

Le traitement de la fraude dans
les caisses d’Allocations familiales

La difficulté d’appréhender
la notion de « vie maritale »
S’agissant de la dissimulation de vie maritale
– qui a des incidences sur l’API mais également
sur toutes les autres prestations soumises à un
plafond de ressources –, la qualification de
fraude et même d’abus se révèle particulièrement
difficile en raison de la difficulté à appréhender
cette notion de « vie maritale », à la
prouver pour la CAF et à la reconnaître pour
l’usager (10). La vie maritale suppose l’existence
d’une adresse commune et d’intérêts communs
financiers ou matériels (partage des charges ou
des tâches ménagères, de l’éducation des
enfants). En outre, la relation doit être stable et
continue. Certaines situations sont claires et
dissimulées sciemment. Dans d’autres, fréquentes,
les relations existent entre deux personnes, mais
de manière plus ou moins stable et continue, le
supposé concubin ne disposant en outre pas de
revenus et étant perçu, par l’allocataire, comme
constituant plutôt une charge que comme
partageant les charges du ménage. Dans ce cas,
il ne s’agit pas d’abus et encore moins de fraude,
les auteurs du rapport Mercier-De Raincourt
s’accordant d’ailleurs à reconnaître la difficulté,
voire l’impossibilité, de contrôler ces situations
compte tenu du flou de la notion de « concubinage
».


B : Pratique

message extrait du site d'A.C.

Contrôles CAF et RMI : conseils pour résister ! 31 mai 13:46, par melimelo

Bonjour, j’ai besoins de renseignement svp J’ai été controlée par un agent de la caf en 2007, je touchais les apl et le rmi, alors que je vivez en couple. Bien sur, à l’epoque je considerez que mon ami pouvez partir du jour au lendemain et que n’etant pas marier ou autre, je ne considerais pas que nous devions partager nos ressources...un femme doit dependre de la personne avec qui elle partage son lit ! pas pour moi ! mais oui pour la caf...bref le gentil controleur, remonte à 1 an en arriere et me voila redevable de la somme de 6500 € pour le rmi et de 600 € pour les apl et de 350€ de prime de noel... J’avoue que je joue un peu à la c**** et je pars m’installer 1 an dans le village de mes parents, en leur ecrivant que je ne suis plus avec la personne et que je travaille mais gagne tres peu, je les renbourse surtout les impots pour les primes de noel reçu et commence à rembourser pour les apl 50€ par mois... au bout d’1 an je rentre chez moi et là 6 mois apres, je reçoit une convocation des gendarmes...je fait "l’erreur" d’y aller, on me dit qu’une plainte à été deposé et qu’on peux me mettre en garde à vue...mais il est gentil le gendarme, il ne le fait pas...je repond au question en toute bonne foi, je sais que je suis en tort, je ne vais pas en rajouter ! il me dit que maintenant je dois attendre une decision du procurreur...ok et par curiosité je lui demande ce qu’il se serait passer si je n’etait pas venu. là je tombe sur le c** : bah vous savez parfois on nous demande d’intervenir pour la caf dans les cités et si on trouve personne, l’affaire ne donne pas de suite !!! donc si je n’y etait pas aller, mon dossier de contentieux aurait ete classé !!! à bon entendeur... Bref ça fait presque 1 an ( 3 ans que ça traine..) et là je reçoit non pas des nouvelles d’un procureur mais du payeur departementale qui me demande de rembourser les 6500€, ça c’etait samedi...aujourd’hui lundi, lettre de rappel !!! euh oui bien sur... !!vous me laissez un peu de temps peut etre pour repondre ?! Je suis sans ressource depuis septembre 2009, je vis toujours avec la personne avec qui j’etait pour le controle, aujourd’hui sans lui je suis à la rue, dois je essayer de contacter le payeur en pleurant que je n’ai rien et lui demander un echeancier qui me prendra 15 ans pour rembourser. Car n’etant pas marier je pense que la personne avec qui je vie n’est pas responsable de mes dettes et je refuse de lui demander une partie de ces revenus pour rembourser ! qu’est ce que je risque si je ne donne pas suite à ce courrier ? je n’ai rien de toute façon et pas d’emploi pour l’instant ! merci de m’eclaircir sur les risques que j’encours si je ne rembourse pas .


Écrit par : atzo | 16/06/2010

union libre Contrôles CAF : le harcèlement doit cesser Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Contrôles CAF : le harcèlement doit cesser

La chose était devenue rare : faire annuler les conséquences d’un contrôle CAF sur une femme isolée en une occupation. Est-ce l’acharnement du collectif ces derniers mois, toutes ces femmes qui se sont battues, qui ont tenu bon face au mur, au mépris, aux menaces, aux intimidations ? Est-ce l’audace de ces allocataires poussées dans l’abîme et qui osent remonter, une à une les marches de l’escalier jusqu’aux Présidences de Conseil Général, responsables en dernier lieu des décisions de suppression du RSA, suite aux contrôles ?

Bref, les CAF commenceraient-elles à comprendre que certains précaires ne se laissent pas faire ? En tout cas, l’histoire de Mlle D. est emblématique : mère d’un enfant, son époux est à l’étranger... depuis plusieurs années et n’a jamais contribué financièrement à l’entretien de son enfant. Son mariage était connu de la CAF depuis des années également. Mais c’est en août 2009, au moment où elle a engagé une procédure de divorce qu’un contrôle est brusquement déclenché !

C’est aussi un moment difficile matériellement, Mlle D. a vu son hébergement interrompu, elle vit dans une chambre d’hôtel, prépare un diplôme en même temps qu’elle cherche du boulot. Très banalement, le contrôleur lui déclare rapidement savoir mieux qu’elle ce qu’elle fait de sa vie : pour lui, elle est en « vie maritale » avec son époux, même si celui-ci n’est pas venu en France depuis bien longtemps, même s’il n’est pas solidaire financièrement.

Pas de domicile commun, pas d’intérêts communs, mais le contrôleur est roi.

Elle fournit pourtant les attestations de l’avocat concernant la demande de pension alimentaire qui a été faite, ainsi que tous les documents demandés par le contrôleur. Des relevés de compte notamment. Mais celui-ci les voudrait TOUS sur deux ans en arrière. Mlle D. lui explique qu’elle a eu de très gros problèmes de logement, qu’elle en a toujours, que ses papiers sont donc pour certains perdus ou éparpillés. Chaque relevé demandé à la banque coûtant dix euros, elle ne peut tout simplement pas accéder à sa demande.

Elle reçoit ensuite une demande de déclaration des revenus de son époux. Elle ne peut évidemment rien en dire, ni fournir quelque pièce que ce soit. Résultat : à partir de décembre 2009, coupure des prestations, RSA majoré (ex-API) et allocation logement. Sur son dossier Internet, elle apprend qu’elle est considérée en « vie maritale » avec son époux, et que celui-ci aurait 99 999 euros de revenus par an !

La bataille individuelle ne donne rien, hormis le versement de deux mois de RSA non majoré en rappel, au mois de mars. Sans aucune explication. Après avoir contacté la permanence du Réseau Solidaire d’Allocataires, elle demande le rapport de contrôle. En vain.

Occupation de la CAF de la Croix Berny, donc

Nous nous massons dans le hall d’accueil, distribuons nos tracts, sans rien demander. Nous avons pris un ticket, comme tout le monde, nous avons tout notre temps, et ne souhaitons pas passer devant les autres allocataires. Malaise derrière les guichets. Au bout de dix minutes, une salariée demande « Chaque personne dans la salle a un ticket pour elle même ? ». Nous répondons que nous en avons un pour quinze en ce qui nous concerne.

Embarras. On nous demande ce qui se passe, nous répondons que nous sommes venus débloquer un blocage tout simplement. Presque timidement, on nous demande alors le numéro du dossier. Assez rapidement, deux cadres se présentent, la directrice et son adjoint. Nous amènent dans le seul guichet qui dispose de chaises. Enfin, nous sommes quinze, alors cela ne sert pas à grand-chose. Nous posons nos exigences : fourniture immédiate du rapport de contrôles, explications sur la suppression des allocations sans respect aucun de la procédure déjà inique, et rétablissement des prestations, puisque le dossier est sans aucune ambiguïté.

On ne nous dit même pas non. Fébrilement, on commence à examiner le dossier informatique. L’adjoint de la directrice a l’air plutôt embêté qu’autre chose, et ce d’autant plus que l’ordinateur ne marche pas bien, l’imprimante est en rade, bref la vie rêvée des salariés de la CAF. Aucune insonorisation, à côté, nous entendons un allocataire suivre nos conseils et exiger fermement un refus écrit et motivé concernant sa demande d’allocation logement.

Assez rapidement cependant, l’adjoint de la direction convient qu’il y a un problème, un gros problème sur le dossier de Mlle D. : ils n’ont aucun élément concret permettant de conclure à une vie maritale, ils ont bien par contre des éléments prouvant le contraire, la demande de pension alimentaire faite par son avocat, le document attestant de l’attribution de l’aide juridictionnelle (six mois d’attente), donc un ensemble d’éléments attestant de la procédure de divorce en cours.

Très vite aussi, il nous indique que les prestations vont être immédiatement rétablies. Un peu étonné de notre réaction : ça va un peu trop vite pour être clair tout ça, nous maintenons nos exigences, le rapport de contrôle maintenant et un écrit concernant le rétablissement des allocations, ou l’évacuation policière. Embarras.

L’allocataire remet très clairement les choses en place : ce qui est en jeu, ici, ce n’est pas une « erreur », mais une volonté délibérée de détruire sa vie. Il ne s’agit pas de papiers, mais de décisions qui ont presque abouti à transformer une existence déjà précaire en cauchemar, avec la rue comme seul avenir à très brève échéance. Nous soulignons pour notre part que la situation est classique, acharnement contre les mères isolées.

La réponse de l’adjoint à la direction est éloquent dans ce qu’il croit avoir entendu, ce qui sous tend aussi cet acharnement : « Nous ne prenons pas en compte la nationalité, elle n’a rien à faire là dedans ». Nous n’avons pas prononcé ce mot, nous n’avons à aucun moment évoqué le racisme d’État. Mais devant lui, ce cadre a une jeune femme de nationalité française, mais noire. Sans commentaires, ils sont inutiles. La directrice revient. Elle est troublée, hésitante, mi-agressive, mi-désolée. Assez représentative des salariés de la CAF, finalement. Elle tend le rapport de contrôle, confirme le rétablissement des prestations, puis se lance dans un « Je voulais quand même vous dire, mademoiselle... ». Et tente de trouver des failles dans le comportement de l’allocataire.

Documents non remis ? Le dossier atteste le contraire. Alors une attaque sexiste : la vie de Mlle D n’est pas claire, elle a déjà demandé le divorce auparavant puis a abandonné la procédure, alors ? Alors nous sommes des femmes, toutes, l’allocataire, cette directrice, et une bonne partie d’entre nous, dans le collectif, et les hommes sont parfaitement conscients du contenu réactionnaire des contrôles CAF.

Par conséquent, notre réponse est simple : la directrice de la CAF a comme nous une vie amoureuse non ? Les complications, la complexité, les sentiments et les enfants faits ensemble, l’espoir de renouer une relation puis la fin définitive, elle ne connaît pas ? Elle trouverait ça normal, elle, de devoir répondre là-dessus à un inconnu, ou à son patron ? Dévoiler son intimité ou risquer de perdre son salaire ? Elle ne lit pas Voici, elle connaît pas les histoires de Carla Bruni ? Celle-ci est-elle la seule à avoir le droit de vivre sa vie, avec Ségolène Royal et Rachida Dati, dans ce pays ? C’est quoi la différence entre elles et nous ?

Et une barrière tombe quand même. Oui, la directrice est une femme, et une salariée, pas la voix désincarnée de la CAF et de Martin Hirsch. « Que nous soyons d’accord ou pas, nous sommes là pour appliquer une réglementation, qu’elle soit juste ou non ». C’est pas grand chose, cette phrase, mais nous, on la prend comme un effort, une mise à nu. Et elle permet de finir cette occupation sur quelques mots échangés pour de vrai, sur l’enfer des deux côtés du guichet. Et le rétablissement des prestations.

Le rapport de contrôle ? Un exemple de la littérature anti-précaires, et les mots sont une arme de destruction massive. C’est un contrôleur « stagiaire » qui a effectué l’« enquête ». Même les flics sont précaires de nos jours. Et c’en est un qui se rêvait héros de série policière du vendredi soir, celui-là. Avant de rendre visite à Mlle D ; il est allé « enquêter » chez la femme qui l’a hébergé avant qu’elle trouve un hôtel à la crèche où son enfant est inscrit pour savoir si elle venait avec un homme à son hôtel, en son absence. Quatre pages de mauvais polar, sans crime et sans meurtrier, juste une coupable sur la base de son "intime conviction".

Quatre pages ou l’indigence du style, l’absence totale d’arrière plan n’empêche pas cependant de savoir quelle réalité se cache derrière ce scénario absurde qui a abouti à la plongée en enfer de Mlle D. La réalité brute de la domination et de la volonté d’écraser les pauvres, et les femmes pauvres, de les domestiquer, la réalité du pouvoir absolu, celui d’une société capitaliste et patriarcale.

Et la solidarité entre pauvres qui peut commencer à la faire voler en éclats, maintenant.

collectif-rto.org

Écrit par : atzo | 17/06/2010

Les commentaires sont fermés.