31/12/2008

André Breton - Coqs de bruyère

Coqs de bruyère... et seront-ce coquetterie
de péril
ou de casques couleur de quetsche?
Oh! surtout
qu'elle fripe un gant de suède chaud
soutenant quel»
feux de Bengale gâteries!

Au Tyrol, quand les bois se foncent, de tout
l'être abdiquant un
destin
digne, au plus, de chromos savoureux,
mon
remords: sa rudesse, des maux,
je dégage les capucines de sa lettre.

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Félix Labisse

30/12/2008

André Breton - Le buvard de cendre

A Robert Desnos 

Les oiseaux s'ennuieront
Si j'avais oublié quelque chose
Sonnez la cloche de ces sorties d'école dans la mer
Ce que nous appellerons la bourrache pensive
On commence par donner là solution du concours
A savoir combien de larmes peuvent tenir dans une main de femme

1° aussi petite que possible
2° dans une main moyenne 

Tandis que je froisse ce journal étoilé
Et que les chairs éternelles entrées une fois pour toutes en possession du sommet des montagnes
J'habite sauvagement une petite maison du Vaucluse
 

Coeur lettre de cachet

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Dorothea Tanning

29/12/2008

André Breton - Cartes sur des dunes

A Giuseppe Ungaretti. 

L'horaire de fleurs creuses et des pommettes saillantes nous invite à quitter les salières volcaniques pour les baignoires d'oiseaux. Sur une serviette damée rouge sont disposés les jours de l'année. L'air n'est plus si pur, la route n'est plus si large que le célèbre clairon. Dans une valise peinte de gros vers on emporte les soirs périssables qui sont la place des genoux sur un prie-Dieu. De petites bicyclettes côtelées tournent sur le comptoir. L'oreille des poissons, plus fourchue que le chèvrefeuille écoute descendre les huiles bleues. Parmi les burnous éclatants dont la charge se perd dans les rideaux, je reconnais un homme issu de mon sang.

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Dorothea Tanning

28/12/2008

André Breton - L'Union libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaines à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur
Aux doigté de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
Se nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'Or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux sein de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset de rubis
Aux seins de spectre de la rosé sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèches
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu

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Dorothea Tanning

27/12/2008

André Breton - Facteur Cheval

Nous les oiseaux que tu charmes toujours du haut de ces belvédères
Et qui chaque nuit ne faisons qu'une branche fleurie et tes épaules aux bras de ta brouette bien-aimée
Qui nous arrachons plus vifs que des étincelles à ton poignet
Nous sommes les soupirs de la statue de verre qui se soulève sur le coude quand l'homme dort
Et que des brèches brillantes s'ouvrent dans son lit
Brèches par lesquelles on peut apercevoir de cerfs aux bois de corail dans une clairière
Et des femmes nues tout au fond d'une mine
Tu t'en souviens tu te levais alors tu descendait du train
Sans un regard pour la locomotive en proie aux immenses racines barométriques
Qui se plaint dans la forêt vierge de toutes ses chaudières meurtries
Ses cheminées fumant de jacinthes et mues par des serpents bleus
Nous te précédions alors sous les plantes sujettes à métamorphoses
Qui chaque nuit nous faisons des signes que l'homme peut surprendre
Tandis que sa maison s'écroule et qu'il s'étonne devant les emboîte­ments singuliers
Que recherche son lit avec les corridors et l'escalier
L'escalier se ramifie indéfiniment
Il mène à une porte de meule il s'élargit tout à coup sur une place publique
Il est fait de dos de cygnes une aile ouverte pour la rampe
Il tourne sur lui-même comme s'il allait se mordre
Mais non il se contente sur nos pas d'ouvrir toutes ses marches comme des tiroirs Tiroirs de pain tiroirs de vin tiroirs de savon tiroirs de glace tiroirs d'escalier
Tiroirs de chair à la poignée de cheveux
A cette heure où des milliers de canards de Vaucanson se lissent les plumes
Sans te retourner tu saisissais la truelle dont on fait les seins
Nous te souriions tu nous tenait par la taille
Et nous prenions les attitudes de ton plaisir
Immobiles sous nos paupières pour toujours comme la femme aime voir l'homme Après avoir fait l'amour

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Arshile Gorky.

26/12/2008

André Breton - Toutes les écolières ensemble

Souvent tu dis marquant la terre du talon comme éclôt dans un buisson d'églantine
Sauvage qui n'a l'air faite que de rosée
Tu dis Toute la mer et tout le ciel pour une seule
Victoire d'enfance dans le pays de la danse ou mieux pour une seule
Etreinte dans le couloir d'un train
Qui va au diable avec les coups de fusil sur un pont ou mieux
Encore pour une seule farouche parole
Telle qu'en doit dire en vous regardant
Un nomme sanglant dont le nom va très loin d'arbre en arbre
Qui ne fait qu'entrer et sortir parmi cent oiseaux de neige
Où donc est-ce bien
Et quand tu dis cela toute la mer et tout le ciel
S'éparpillent comme une nuée de petites filles dans la cour d'un pensionnat sévère
Après une dictée où Le coeur m'en dit
S'écrivait peut-être Le coeur mendie

the plough and the song 1947 [web520]


Arshile Gorky - The plough and the song - 1947

25/12/2008

André Breton

breton 02Breton, le "pape au surréalisme", est né à Tinchebray, dans l'Orne, en 1896. En 1913, il noue des relations avec Paul Valéry et commence à Paris des étu­des de médecine avant d'être mobilisé en 1915. Affecté à divers centres neuropsychiatriques, il s'initie alors aux travaux de Sigmund Freud et s'intéresse à la psychanalyse. 

En 1916, il rencontre Jacques Vaché à Nantes: son influence sera décisive. En 1917 et 1918, il fait partie du cercle de Guillaume Apolli­naire et, l'année suivante, publie son premier recueil de poèmes: Mont de Piété. Avec Louis Aragon et Philippe Soupault, il fonde alors la revue Littérature où paraissent les premiers textes poétiques et les premiers comptes-rendus de rêves. 

Avec Soupault, Breton écrit Les Champs Magnétiques, premier recueil de textes automatiques qui, publié pendant l'époque dadaïste, annonce déjà le surréalisme. Jusqu'en 1921, il participe au mouvement Dada et, l'année suivante, rencontre Freud à Vienne. Avec ses amis Crevel, Desnos, Eluard, Ernst, Morise, Péret et Picabia, il fonde le mouvement surréaliste dont il devient le principal théoricien. En compagnie d'autres artistes, il explore alors le domaine de l'automatisme psychique et se livre en particulier à des expériences sur le sommeil hypnotique. 

En 1924, il publie le Manifeste du Surréalisme et, en 1925, prend la direction de la revue La Révolution Surréaliste qui prône le non-conformisme sous toutes ses formes et l'automatisme psychique pur. 

L'ouvrage de Trotski sur Lénine l'impressionne violemment et, dès lors, il fait valoir les revendications surréalistes sur le plan social. En 1926, André Breton adhère au Parti Communiste pour une très courte période car il s'oppose à "tout contrôle extérieur, même marxiste, sur les expériences de la vie intérieures" (Légitime Défense). 

En 1929, il publie les Second Manifeste du Surréalisme qui exclut tous les partisans d'une action politique. Dans ce manifeste, Breton réaffirme la portée philosophique du mouvement surréaliste, ainsi que sa vocation révolutionnaire, et constitue un rappel à l'ordre devant toute dévia­tion littéraire.

En 1930, il fonde et dirige la revue Le Surréalisme au Service de la Révolution et, deux ans plus tard, publie Les Vases Communicants, oeuvre importante parue après Nadja (1928). 

Breton, que ses amis appellent "le pape du surréalisme", devient l'un des principaux animateurs de la revue Minotaure et, en 1935, rompt définitivement avec le Parti Communiste. Il se rend alors à Prague et aux Iles Canaries et séjourne au Mexique en 1938 où il fonde, avec Diego Rivera et Léon Trotski, la Fédération Internationale de l'Art Révolutionnaire Indépendant dont il écrit le manifeste en collaboration avec Trotski. 

Mobilisé en 1939, il se réfugie à Marseille en 1940 et, l'année sui­vante, s'embarque pour les Etats-Unis, via la Martinique, en compagnie d'autres surréalistes. A New York, il rencontre Marcel Duchamp, Ernst et David Hare et, avec leur collaboration, fonde la revue VVV

Durant ce séjour en Amérique, il compose l'Ode à Fournier et publie Arcane 17. En 1945, il fait une série de conférences à Haïti. Celles-ci contribueront à créer l'agitation intellectuelle qui donnera le signal à l'insurrection contre le régime du président Lescot. 

En 1946, il rentre en France et, un an plus tard, organise une grande exposi­tion internationale du surréalisme. De 1943 à 1950, il soutient activement le mouvement des Citoyens du Monde. Il anime les revues Néon, Médium, La Brèche, Le Surréalisme même et de 1952 à 1954 dirige la galerie A l'Etoile Scellée

André Breton meurt en 1966, mais le surréalisme lui survit. Pendant toute sa vie, Breton se sera efforcé "d'atteindre deux réalités dis­tantes, et de leur rapprochement de tirer une étincelle."

scent of apricots on the fields [web520]


Arshile Gorky - Scent of apricots in the fields

19:00 Écrit par Lucky dans 15 Poètes A-Z | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andre breton |  Facebook |