31/01/2009

René Crevel - Tu as le remord

Tu as le remords d'avoir tué ton père sans avoir même acquis cent années de souvenirs.
Toujours les neurasthénies comme des fleurs en mie de pain.
Si tu essayais du tric-trac.
Sautent les dés.
Homme ou femme?
Chien ou chat?
Mais il y aura le chien qui sera tout de même un chat,
encore la vieille chanson des départs qui restent
et puis ce fauteuil de bois.
Les poitrines n'ont plus qu'un sein tout en haut des corps sans sexes;
Ton enfance fut aux curés en jupes de femmes;
dans la crypte du Sacré-Coeur tu n'as pas su faire l'amour.
Un oiseau dans ton cerveau.
Cet oiseau sans voix,
cet oiseau qui n'a pas volé,
cet oiseau qui n'a pas chanté,
apte au seul frisson de l'inutilité.
Comme des frères il aimait,
les bateaux petits;
bateaux colibris,
leur essaim posé
n'a rien enseigné.
Rouille, sang de carcasses
figé dans la mort,
et puis toujours et puis encor
alentour une eau si lasse
avec le plomb des ménagères
trop souvent mères.
Tu as froid mais ne sait ni mourir ni pleurer.
Triste entre les quais méchants
que tout homme ici-bas méprise,
tu vas, fleuve des villes grises
et sans espoir d'océan

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Giorgio de Chirico

30/01/2009

René Crevel

Crevel RenéRené Crevel est né à Paris en 1900. A 22 ans, il adhère au surréalisme et participe alors à l'époque dite des sommeils en tant qu'initiateur aux expériences sur le sommeil hypnotique. René Crevel c'est toujours montré un brillant sujet pour l'hypnotisme: pendant son sommeil, il pouvait parler, dessiner et même écrire des poèmes. 

René Crevel a participé à toutes les publica­tions et manifestation du mouvement surréaliste et, malgré certains problèmes personnels, il ne s'est jamais détourné des objectifs révolutionnaires du surréalisme. Les principaux recueils qu'il composa sont Mon Corps et Moi et La Mort Difficile

Le 3 juin 1935, la veille du Congrès des Ecrivains pour la Défense de la Culture (auquel les surréalistes s'opposèrent), Crevel s'asphyxie au gaz. Epingle au revers de son veston, une étiquette partant ce seul mots "Dégoûté".

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29/01/2009

Jean Cocteau - Le septième ange

Le septième ange qui sonnait de la trompette
Lança ses foudres d'or sur le char d'Apollon.
Le Dieu (dont le sourcil ressemble à la houlette)
Excitait son quadrige en frappant du talon.

Mais les chevaux cabrés et ligotés de veines
L'un l'autre s'insultaient et se mordaient le col
Et les rois se jetaient sur les bûchers des reines,
Et le char du soleil se fracassait au sol. 

Il y eut là quelques minutes étonnantes
Ou les îles sombraient, où tonnaient les volcans,
Où l'ange assassinait les bêtes et les plantes,
Les soldats des Césars endormis dans les camps... 

Voilà comment en nous peut se rompre une artère,
Voilà comment en nous un cycle s'interrompt.
La trompette a sonné, l'ange n'a qu'à se taire.
Ce que l'ange a défait, d'autres le referont.

Le Chiffre Sept - 1952.

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René Magritte

28/01/2009

Jean Cocteau - Par lui-même

Accidents du mystère et fautes de calculs
Célestes, j'ai profité d'eux, je l'avoue.
Toute ma poésie est là: Je décalque
L'invisible (invisible à vous).
J'ai dit: "Inutile de crier, haut les mains!"
Au crime déguisé en costume inhumain;
J'ai donné le contour à des charmes informes;
Des ruses de la mort la trahison m'informe
J'ai fait voir en versant mon encre bleue en eux,
Des fantômes soudain devenus arbres bleus.
Dire que l'entreprise est simple ou sans danger
Serait fou. Déranger les anges!
Découvrir le hasard apprenant à tricher
Et des statues en train d'essayer de marcher.
Sur le belvédère des villes que l'on voit
Vides, et d'où l'on ne distingue plus que les voix
Des coqs, les écoles, les trompes d'automobile,
(Ces bruits étant les seuls qui montent d'une ville)
J'ai entendu descendre des faubourgs du ciel,
Etonnantes rumeurs, cris d'une autre Marseille.

Opéra - 1925-1927

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René Magritte

27/01/2009

Jean Cocteau

Cocteau JeanJean Cocteau est né en 1889. Il subit l'influence de Diaghilev et du Sacre du Printemps de Stravinsky. En 1914, il se lie avec Picasso et Roland Garros. En 1919, il publie Le Potomak et Cap de Bonne-Espérance

Cocteau décou­vre alors les mythes de la Grèce et se passionne pour Orphée dont il fera une pièce (1927) et deux films (1951 et 1959). Jean Cocteau fut un véritable touche à tout: il ne se contenta pas d'écrire de nombreux poèmes (Plain-chant, L'Ange Heurtebise, Opéra, Vocabulaire, Le Chiffre Sept,... ), mais il composa également des tragédies (Oedipe-Roi, La Machine Infernale, Renaud et Armide), des romans (Thomas l'Imposteur, Les Enfants terribles), des ballets (Phèdre, La Dame à la Licorne) ainsi que des films (La Belle et la Bête, Orphée, Le Testa­ment d'Orphée). Jean Cocteau réalisa également de très nombreux dessins. 

Quoiqu'il fréquenta quelque peu les surréaliste, Cocteau n'a jamais participé effectivement au mouvement. Son style très personnel est cependant voisin de la poésie surréaliste.

Cocteau par Modigliani


Modigliani - Portrait de Jean Cocteau

19:00 Écrit par Lucky dans 15 Poètes A-Z | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : jean cocteau |  Facebook |

26/01/2009

Achille Chavée - Décoction (extraits)

La roue ignore qu'elle fait le paon, celui-ci ignorant qu'il fait la roue. 

On part pour Jérusalem, on arrive à Honolulu. 

II est presque indécent de mourir dans un autobus. 

Silence Chavée tu m'ennuies.

II faut bien penser un peu à soi.                                                                         

Dieu ne va jamais au secours que des gens qui savent nager.

La neige est moins blanche que ne veut le croire notre imagination.

La solitude est un plat qui se mange seul.

Si les huîtres savaient à quoi servent les perles.

Ce n'est pas parce que l'on a mangé une fois du caviar que l'on a traversé la Volga à la nage.

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René Magritte

25/01/2009

Achille Chavée - Le grand carême

Dans l'aujourd'hui je suis une araignée
désabusée
découragée
qui est lasse,
très lasse
qui se refuse de tisser sa toile
définitivement
qui se laisse mourir
princièrement
dans l'aube
en elle-même retirée
en elle-même concentrée
de tout insecte dédaigneuse

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René Magritte