09/09/2008

Revue et manifestation

Tous ces artistes réunirent alors leurs efforts pour organiser des soi­rées poétiques où on lisait des poètes d'avant-garde tels que Apollinaire, Alfred Jarry, André Salmon et Max Jacob. Bientôt, on se consacra à la produc­tion, la présentation et la publication de poèmes, d'histoires et de chansons.

 

revue dada n°3 décembre 1918Le 15 février 1916, Tzara fonde la revue Dada dont il devient le rédacteur en chef et à laquelle collaborent tous ses amis dadaïstes. Cette revue subit l'in­fluence de la typographie libre employée par les adeptes du mouvement Futuriste: les lettres, de grandeur, de forme et d'épaisseur différentes suggèrent l'écriture musicale.

 

Mais les manifestations prennent de plus en plus d'ampleur: on y chante en français et en allemand, on y récite des poèmes, le tout accompagné de cris, de sanglots, de sifflements, de sonneries, de bruits les plus divers.

 

C'est le 14 juillet 1916 qu'a lieu la première grande manifestation Dada au Zunfthaus zur Waag à Zurich. Georges Hugnet nous décrit cette manifestation:

 

Sur la scène, on tapait sur des clés, des boîtes, pour faire de la musique, jusqu'à ce que le public protestât... Une voix, sous un immense chapiteau en forme de pain de sucre disait des poèmes de Arp. Huelsenbeck hurlait des poèmes de plus en plus fort pendant que Tzara frappait en suivant le même rythme sur une grosse caisse. Huelsenbeck et Tzara dansaient avec des glousse­ments de jeunes ours, ou, dans un sac avec un tuyau sur la tête, se dandinaient en un exercice appelle "noir cacadou".

 

En agissant ainsi, les dadaïstes ne veulent pas créer une nouvelle esthétique, mais tentent à libérer l'esprit et l'instinct. Ils veulent donner la parole au non-conformisme, à la nouveauté et à la révolte sous toutes ses formes. Ainsi, ils ne préconisent pas seulement un changement dans l'art, mais un chan­gement radical du mode de vie.

 

C'est au cours de cette manifestation qu'on réalisa pour la première fois, et d'une manière systématique, un "poème simultané", lu par plus de vingt personnes sur un rythme différent, le tout accompagné de cris et de bruits multiples.

Photo: Revue Dada n°3, décembre 1916

08/09/2008

Otto Van Rees

REESOQuant au style de l'alsacien Hans Arp, il se caractérisait, aussi bien dans ses poèmes que dans ses reliefs abstraits, par un charme enfantin. Il fut char­gé avec Otto van Rees de décorer le porche d'une école de jeunes filles de Zurich. Les formes abstraites qu'ils avaient utilisées causèrent un tel scan­dale qu'ils durent détruire leur oeuvre.

Photo: Otto Van Rees

07/09/2008

Marcel Janco

Marcel_JancoMarcel Janco venait de Bucarest où il avait poursuivit des études d'architecte. Lorsqu'il vint à Zurich, il peignait des reliefs abstraits en plâtre ou en bois. Les masques qu'il confectionnait en carton peint fascinèrent les dadaïstes:





Le pouvoir de ces masques se communiquait à nous avec une irrésistible violence, nous faisant comprendre du coup la signification de tels masques pour les pantomimes et le théâtre. Ces masques exigeaient simplement de celui qui les portait qu'il se mît à danser une danse tragique et absurde à la fois
 

Hugo Ball 

C'est ainsi que naquirent plusieurs danses que les dadaïstes appelèrent entre autres "Attrape-mouche", "Cauchemar" et "Désespoir de fête". 

Marcel Janco dessina également de nombreuses affiches pour Dada, écrivit des scénarios et contribua à toutes les soirées dada en participant aux "poèmes simultanés".


affiche pour le chant negre du 31 mars 1916 de marcel janco [web520]


Marcel Janco - Affiche pour le chant nègre - 31 mars 1916.

masque - Janco 1919 [web520]


Marcel Janco - Masque

don quihote and sancho pansha - Marcel janco 28x20 [web520]


Marcel Janco: Don Quihote et Sancho Pansha.

19:00 Écrit par Lucky dans 01 Dada-Zurich 1915-1920 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marcel janco |  Facebook |

06/09/2008

Richard Huelsenbeck

richard-huelsenbeck_thRichard Huelsenbeck, ami de Ball, le suivit à Zurich où il contribua à créer l'ambiance des manifestations dada au rythme des "Prières Fantastiques", il faisait siffler une cravache dont il fouettait ainsi métaphoriquement les fesses du public. Passionné pour les rythmes de la musique nègre, il avait une prédilection pour le gros Tom Tom dans ses "Prières" provocantes et blasphé­matoires. Hugo Ball dit de lui: 

Il se faisait le défenseur d'une intensifica­tion du rythme (nègre) et aurait volontiers noyé la littérature dans des roulements de tambour.


huelsenbeck


Portrait de Richard Huelsenbeck.
Richard Huelsenbeck par Ludwig Meidner
Richard Huelsenbeck par Ludwig Meidner.
Huelsenbeck Couverture de En anat dada
Couverture de En avant Dada de Richard Huelsenbeck.
almanachB
Almanach Dada édité par Richard Huelsenbeck pour le Comité Central du Mouvement Dada allemand.
dada almanach
Almanach Dada.

05/09/2008

Hugo Ball

Mais quelle était la personnalité de tous ces artistes dadaïstes? 

Hugo Ball
, mort en 1927 à San Abbondio dans le Tessin, fut
 

le catalyseur qui a engendré autour de lui la jonction humaine de tous les éléments qui ont engendré dada. 

Hans Richter


imagesHomme très doué, il s'est consacré à de nom­breuses activités parmi lesquelles la philosophie, la littérature, la poésie le journalisme et la mise en scène. Lorsqu'il vint à Zurich en 1915, il était accompagné de son amie Emmy Hennings qui devait jouer un rôle important dans les manifestations dada où elle chantait et récitait des poèmes. 

EMMY_HENNINGS_tif_bigEn 1927, elle publia le journal d'Hugo Ball, devenu son mari, sous le titre "Flucht aus der Zeit".

Photos: Hugo Ball (en haut); Emmy Hennings (en bas)


hugo ball


Portrait d'Hugo Ball

hugo-ball-13 [web520]


Hugo Ball récitant un poème au Cabaret Voltaire.

Hugo Ball 1917 karawane


Hugo Ball - Karawane - 1917

04/09/2008

L'origine de Dada

Quant à l'origine du nom Dada qui parut pour la première fois dans la revue Cabaret Voltaire (publiée par Hugo Ball) le 15 juin 1916, chaque dada­ïste en donne une version différente. Hugo Ball écrit dans son journal: 

Tzara nous tarabuste au sujet de la publication d'un périodique. Ma proposition de le nommer Dada est acceptée. 

Dans ce même journal, il écrit encore: 

Dada signifie oui oui en roumain, un "cheval-dada" en français. Pour les allemands c'est une association d'idées entre le plaisir de procréation et un landau d'enfant. 

8eme soiree dada zurich 02 programme [web520]
En 1921, Hans Arp affirme que
 

Tzara a inventé le mot Dada le 6 février 1916 à 6 heures du soir. J'étais présent avec mes douze enfants, lorsque Tzara a prononcé le mot pour la première fois... Cela se passait au café de la Terras­se, à Zurich, et je portais une brioche dans la main gauche...  

Huelsenbeck déclare que 

le mot Dada a été découvert par hasard dans un dic­tionnaire allemand-français par Ball et moi-même alors que nous cherchions un nom de théâtre pour Mme Le Roy, une chanteuse de notre cabaret. Dada se trouve aussi dans le mot français "cheval à dada. 

Quant à Tristan Tzara, il proclama le 18 avril 1916: 

Un mot est né... je ne sais comment.

Anthologie Dada [web520]

03/09/2008

Témoignages

Ecoutons quelques témoignages:  

Lorsque je fondis le Cabaret Voltaire, j'étais convaincu qu'il y aurait en Suisse quelques jeunes hommes qui voudraient comme moi, non seulement jouir de leur indépendance, mais aussi -la prouver. 

Je me rendis chez Mr Ephraïm, le propriétaire de la "Meierei" et lui dis: "Je vous prie, Mr Ephraïm, de me donner la salle. Je voudrais fonder un Cabaret artistique." Nous nous entendîmes et Mr Ephraïm me donna la salle. J'allais chez quelques connaissances. "Donnez-moi, je vous prie un tableau, un dessin, une gravure. J'aimerais associer une petite exposition à mon cabaret." A la presse accueillante de Zurich, je dis: "Aidez-moi. Je veux faire un cabaret international: nous ferons de belles choses." On me donna des tableaux, on publia des entrefilets. Alors nous eûmes le 5 février un cabaret. Mme Hennings et Mme Leconte chantèrent en français et en danois. Mr Tristan Tzara lut de ses poésies roumaines. Un orchestre de balalaïka joua des chansons populaires et des danses russes. 

Je trouvai beaucoup d'appui et de sympathie chez Mr Slodki qui grava l'affiche du Cabaret et chez Mr Arp qui mit à ma disposition des œuvres originales, quelques eaux-fortes de Picasso, des tableaux de ses amis O. van Rees et Artur Segall. Beaucoup d'appui encore chez Mrs Tristan Tzara, Marcel Janko et Max Oppenheimer qui parurent maintes fois sur la scène. Nous organisâmes une soirée russe, puis une française (on y lut des œuvres d'Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Jarry, Laforgue et Rimbaud. Le 26 février arriva Richard Huelsenbeck de Berlin et le 30 mars nous jouâmes deux admirables chants nègres (toujours avec la grosse caisse: bonn bonn bonn bonn drabatja mo gere, drabatja mo bonnooooooooooooooo). 

Mon­sieur Laban y assistait et fût émerveillé. Et sur l'initiative de Mr Tristan Tzara: Mrs Huelsenbeck, Janko et Tzara interprétèrent (pour la première fois à Zurich et dans le monde entier) les vers simultanés de Mrs Henri Barzun et Fernand Divoire, et un poème simultané composé par eux-mêmes qui est, imprimé sur les pages 6-7 du présent cahier. Aujourd'hui et avec l'aide de nos amis de France, d'Italie et de Russie nous publions ce petit cahier. Il doit préciser l'activité de ce Cabaret dont le but est de rappeler qu'il y a, au delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d'autres idéals.

L'intention des artistes assemblés ici  est de publier une revue internationale. La revue paraîtra à Zurich et portera le nom "DADA" Dada

Dada Dada Dada. 
ZURICH, 15 Mai 1916.  

Hugo Ball : Cabaret Voltaire - Première publication du Dadaïsme.  

416px-Hans_ArpDégoûtés par la boucherie qu'était la grande Guerre de 1914, nous nous sommes consacrés, à Zurich, aux Beaux-Arts. Tandis qu'au loin le canon tonnait, nous nous dépensions à chanter, peindre, coller et faire des vers. Nous étions à la recherche d'un art élémentaire qui guérirait les hommes de la folie de l'époque, et d'un ordre nouveau qui rétablirait l'équilibre entre le ciel et l'enfer. Nous pressentions qu'un jour pourraient surgir des bandits qui, obsédés par les démons de la puissance, asserviraient même l'art pour abêtir les hommes. 

Hans Arp.  

Pour comprendre comment est né Dada, il faut s'imaginer ce que, d'une part, était l'état d'esprit d'un groupe de jeunes gens dans cette espèce de prison que représentait la Suisse fendant la première guerre mondiale et, d'autre part, le niveau intellectuel de l'art et de la littérature à cette époque. Certes, la guerre devait se terminer et depuis, nous en avons vu d'autres. Tout cela est tombé dans ce demi oubli que l'habitude appelle l'histoire. Mais, vers 1916-17, la guerre semblait s'installer à demeure, on n'en voyait pas la fin. D'autant plus que, de loin, elle prenait pour moi et mes amis des proportions faussées par une perspective qui se voulait très large. De là le dégoût et la révolte. Nous étions résolument contre la guerre; sans pour cela tomber dans les faciles pièges du pacifisme utopique. Nous savions qu'on ne pouvait supprimer la guerre qu'est en extirpant les raci­nes. L'impatience de vivre était grande, le dégoût s'appliquait à toutes les formes de la civilisation dite moderne, à son fondement même, à la logique, au langage, et la révolte prenait les formes où le grotesque et l'absurde l'emportaient de loin sur les valeurs esthétiques. il ne faut pas oublier qu'en littérature une sentimentalité envahissante masquait ce qui était humain et que le mauvais goût à prétention élevée s'étalait dans tous les domaines de l'art, caractérisant la force de la bourgeoisie en ce qu'elle avait de plus odieux...  

Déclaration de Tzara dans une interview de Ribemont-Dessaignes en 1950.  

Tristan Tzara NB 01Dada naquit d'une exigence morale, d'une volonté implacable d'atteindre un absolu moral, du sentiment profond que l'homme, au centre de toutes les créations de l'esprit, affirmait sa prééminence sur les notions appauvries de la substance humaine, sur les choses mortes et les biens mal acquis. Dada naquit d'une révolte qui était commune à toutes les adolescences, qui exi­geait une adhésion complète de l'individu aux nécessités profondes de sa nature, sans égards pour l'histoire, la logique ou la morale ambiante. Honneur, Patrie, Morale, Famille, Art, Religion, Liberté, Fraternité, que sais-je, autant de notions répondant à des nécessités humaines, dont il ne subsistait que de ;  squelettiques conventions, car elles étaient vidées de leur contenu initial. La phrase de Descartes: "Je ne veux même pas savoir qu'il y a eu des hommes avant moi", nous l'avions mise en exergue à l'une de nos publications. Elle signifiait que nous voulions regarder avec des yeux nouveaux, que nous vou­lions reconsidérer à même leur base, et en éprouver la justesse, les notions imposées par nos aînés. 

Tzara: Surréalisme et après-guerre.

Photos: Hans Arp (en haut) et Tristan Tzara (en bas)