07/02/2009

Paul Eluard

Eluard PaulDe son vrai nom Eugène Grindel, Paul Eluard est né à Saint-Denis en 1895. La maladie rend son enfance difficile. De 1912 à 19I4, il soigne une grave af­fection pulmonaire au sanatorium de Davos où il rencontre Gala, sa première femme qui, plus tard, deviendra celle de Salvador Dali. 

En 1920, il fonde la re­vue Proverbe et, vers la même époque, fait la connaissance d'André Breton, Max Ernst et Benjamin Péret auxquels l'unira une profonde amitié. Il collabore à la revue Littérature et se sépare du groupe dadaïste en même temps que Louis Aragon, Breton, Desnos et Péret avec qui il fonde le mouvement surréaliste. 

Il collabore aux revues de tendances surréalistes La Révolution Surréaliste, Le Surréalisme ASDLR et à Minotaure. En 1935, il se rend à Prague en compagnie de Breton et, l'année suivante, prononce une conférence dans le cadre de l'Exposi­tion Internationale du Surréalisme à Londres. 

En collaboration du "pape du surréalisme", Eluard rédige le Dictionnaire Abrégé du Surréalisme (1938) et se rapproche vers la môme époque du Parti Communiste après l'avoir quitté quelques dix ans auparavant. 

A partir de 1939, l'activité d'Eluard cesse peu à peu de concerner le surréalisme. Il rompt avec Breton dès que ce dernier revient de son voyage au Mexique. Paul Eluard meurt à Paris d'une crise d'angine de poitrine en 1952. 

Paul Eluard a trouvé dans le surréalisme les techniques de rénovation verba­le qu'il recherchait depuis sa jeunesse. C'est en 1926 que parut son premier recueil important, Capitale de la Douleur, suivi en 1929 de L'Amour La Poésie

En 1930, il écrit en collaboration avec André Breton un ouvrage capital dans l'histoire du surréalisme: L'Immaculée Conception. Avec La Rose publique, paru en 1934, se termine sa période surréaliste. 

Avec Les Yeux fertiles (1936), Eluard opère un retour à la simplicité concrète du langage. Ses principales oeuvres qui suivront alors sont: Cours Naturel (1938), Le Livre 0uvert (1942), Poésie et Vérité (1942-43), Au rendez-vous allemand (1944), Poésie ininterrompue (1946) et Poèmes politiques (1948).

Eluard paul par Dali


Salvador Dali - Portrait de Paul Eluard

19:00 Écrit par Lucky dans 15 Poètes A-Z | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : paul eluard, salvador dali |  Facebook |

06/02/2009

Robert Desnos - Compte rendu de rêves

En 1916 - Je suis transformé en chiffre. Je tombe dans un puit qui est en même temps une feuille de papier, en passant d'une équation à une autre avec le dé­sespoir de m'éloigner de plus en plus de la lumière du jour et d'un paysage qui est le château de Ferrières (Seine-et-Marne) vu de la voie du chemin de fer de l'Est.

Durant l'hiver 1918-1919 - Je suis couché et me vois tel que je suis en réalité L'électricité est allumée. La porte de mon armoire à glace s'ouvre d'elle-même. Je vois les livres qu'elle renferme. Sur un rayon se trouve un coupe-papier de cuivre (il y est aussi dans la réalité) ayant la forme d'un yatagan. Il se dressa sur l'extrémité de la lame, reste en équilibre instable durant un instant puis se recouche lentement sur le rayon. La porte se referme. L'électricité s'éteint.

En août 1922 - Je suis couché et me vois tel que je suis en réalité. André Bre­ton entre dans ma chambre, le Journal Officiel à la main. "Cher ami, me dit-il, j'ai le plaisir de vous annoncer votre promotion au grade de sergent-major" puis il fait demi-tour et s'en va.

(Littérature n°5 - 1922).

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Giorgio de Chirico

05/02/2009

Robert Desnos - Vie d'énène

Un calme effrayant marquera ce jour
Et l'ombre des réverbères et des avertisseurs d'incendie fatiguera la lumière
Tout se taira les plus silencieux et les plus bavards
Enfin mourront les nourrissons braillards
Les remorqueurs les locomotives le vent
Glissera en silence
On entendra la grande voix qui venant de loin passera sur la ville
On l'attendra longtemps
Puis vers le soleil de milord
Quand la poussière les pierres et l'absence de larmes composent sur les grandes places désertes la robe du soleil
Enfin on entendra venir la voix
Elle grondera longtemps aux portes
Elle passera sur la ville arrachant les drapeaux et brisant les vitres
On l'entendra
Quel silence avant elle mais plus grand encore le silence qu'elle ne trou­blera pas mais qu'elle accusera du délit de mort prochaine qu'elle flétrira qu'elle dénoncera
0 jours de malheurs et de joies
Le jour le jour prochain où la voix passera sur la ville
Une mouette fantomatique m'a dit qu'elle m'aimait autant que je l'aime
Que ce grand silence terrible était mon amour
Que le vent qui portait la voix était la grande révolte du monde
Et que la voix me serait favorable 

Corps et Biens - 1930

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Giorgio de Chirico

04/02/2009

Robert Desnos - Les grands jours du poète

Les disciples de la lumière n'ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques.
La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche.
La veuve en habits de noce se trompe de convoi;
nous arrivons tous en retard à notre tombeau.
Un navire de chair s'enlise sur une petite plage. Le timonier invite les passagers à se taire.
Les flots attendent impatiemment plus près de Toi ô mon dieu.
Le timonier invite les flots à parler. Ils parlent.
La nuit cacheté ses bouteilles avec des étoiles et fait fortune dans l'exportation.
De grands comptoirs se construisent pour vendre des rossignols. Mais ils ne peuvent satisfaire aux désirs de la reine de Sibérie qui veut un rossignol blanc.
Un commodore anglais jure qu'on ne le prendra plus à cueillir la sauge la nuit entre les pieds des statues de sel.
A ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses jambes fines. Elle verse dans mon assiette ce qu'il me reste à vivre.
De quoi saler l'océan Pacifique.
Vous mettrez sur ma tombe une bouée de sauvetage.
Parce qu'on ne sait jamais.

C'est les bottes de 7 lieues cette phrase, je ma vois. - 1927

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Giorgio de Chirico

03/02/2009

Robert Desnos - Porte du second infini

A Antonin Artaud. 

L'encrier périscope me guette au tournant
mon porte-plume rentre dans sa coquille.
La feuille de papier déploie ses grandes ailes blanches:
Avant peu ses deux serres m'arracheront les yeux.
Je n'y verrai que du feu mon corps
feu mon corps
Vous eûtes l'occasion de le voir en grand appareil le jour de tous les ridicules.
Les femmes mirent leurs bijoux dans leur bouche comme Démosthène.
Mais je suis inventeur d'un téléphone de verre de Bohême et de tabac anglais
en relation directe avec la peur! 

C'est les bottes de 7 lieues cette phrase, je me vois - 1926

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Giorgio de Chirico

02/02/2009

Robert Desnos - Ideal maîtresse

Je m'étais attardé ce matin-là à brasser les dents d'un joli animal que, patiemment, j'apprivoise. C'est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l'ordinaire, quelques cigarettes puis je partis.

Dans l'escalier je la rencontrai. "Je mauv" me dit-elle et tandis que moi--même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi.

Or il serrure et, maîtresse! Tu pichpin qu'a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux.

L'escalier, toujours l'escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche.

Remontons! mais en vain, les souvenirs se sardine! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez! En voici le verdict: "La danseuse sera fusillée à l'aube en tenue de danse avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats!"

Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout l'heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité. 

Langage cuit - 1932

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Giorgio de Chirico

01/02/2009

Robert Desnos

Desnos RobertNé à Paris en 1900, Desnos participe au mouvement dada et au groupe Aventure

En 1922, après avoir fait la connaissance de Benjamin Péret, il passe au mouvement surréaliste et se distingue d'amblée par les dons remarquables dont il fait preuve au cours des expériences sur le sommeil hypnotique: endormi, Robert Desnos parle, dessine et écrit avec une prodigieuse aisance. Il assure même pouvoir entrer en relation télépathique avec Marcel Duchamp qui se trouve à New York et réalise à cette époque des jeux de mots étrangement similaires à ceux de l'inventeur des ready-made. 

Il participe aux revues Littérature et La Révolution Surréaliste dans lesquelles il publie des récits de rêves. Exclu du groupe surréaliste après la publication du Second Manifeste, il se consacre, dès 1929, au journalisme. Au point de vue poétique, il revient peu à peu à une forme classique rejetée par les surréalistes et emploie à nouveau la rime. 

Arrêté par les Nazis à son domicile parisien, Desnos est déporté à Buchenwald, vers la fin de l'occupation. Transféré à Ténézine (Tchécoslovaquie), il meurt du typhus le 8 juin 1945.

19:00 Écrit par Lucky dans 15 Poètes A-Z | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : robert desnos |  Facebook |