16/12/2008

Louis Aragon - Mimosas

A la démoralisation. 

Le gouvernement venait de s'abattre
Dans un buisson d'aubépines
Une grève générale se découvrait à perte de vue
Sous l'influence combinée de la lune et de la céphalalgie
Des assassins s'enfuyaient dans la perspective des courants d'air
La victime pendait à la grille comme un bifteck
Une chaleur à claquer
Aussi faut voir si les casernes en entendaient de drôles
L'alcool coulait à flots par les tabatières des toits
Le métropolitain sortit de terre afin de respirer
Quand tout à coup il apparut
Au détour de la rue
Un petit âne qui traînait une voiture
Décorée pour la bataille des fleurs
Premier prix pour toute la ville
Et les villes voisines.

La Labyrinthe 1938 [web520]


Arthur Masson - Le Labyrinthe

15/12/2008

Louis Aragon - Imité de Camoens

Que cherchez-vous de moi perpétuels orages
De quels combats encore allez-vous me berner
Lorsque le temps s'enfuit pour ne plus retourner
Et s'il s'en retournait n'en reviendrait plus l'âge

Les ans accumulés vous disent bon voyage
Eux qui légèrement nous passent sous le nez
A des désirs égaux inégalement nés
Quand le vouloir changeant n'en connaît plus l'usage

Ce que je chérissais jadis a tant changé
Qu'on dirait autre aimer et comme autre douloir
Mon goût d'alors perdu maudit le goût que j'ai
Ah quel espoir trompé d'une inutile gloire
Me laisserait le sort ni ce temps mensonger
Qui guette mon regret comme un château de Loire


Les Plaintes
(paru dans Profil littéraire de la France n° 9 - avril 1942)

AM_Gradiva 1939 [web520]


Arthur Masson - Gravida.

14/12/2008

Louis Aragon - Fêtes galantes.

On voit des marquis sur des bicyclettes
On voit des marlous en cheval-jupon
On voit des morveux avec des voilettes
On voit des pompiers frôler les pompons

On voit des mots jetés à la voierie
On voit des mots élevés au pavois
On voit les pieds des enfants de Marie
On voit le dos des diseuses à voix 

On voit des voitures à gazomètre
On voit aussi des voitures à bras
On voit des lascars que les longs nez gênent
On voit des coïons de dix-huit carats

On voit ici ce que l'on voit ailleurs
On voit des demoiselles dévoyées
On voit des voyous On voit des voyeurs
On voit sous les ponts passer des noyés

On voit chômer les marchands de chaussures
On voit mourir d'ennui les mireurs d'œufs
On voit péricliter les valeurs sûres
Et fuir la vie à la six-quatre-deux
 

Les Nuits (paru dans Poésie 41 N°4, 1941)

buste de Diego [web520]


Alberto Giacometti - Buste de Diego

08/12/2008

Kurt Schwitters - Jeux de chagrin

JEUX DE CHAGRIN
UNE EBAUCHE DRAMATIQUE

a. Monsieur
b. Je vous en prie.
a. Vous êtes sous mandat d'arrêt.
b. Non.
a. Monsieur, vous êtes sous mandat d'arrêt.
b. Non.
a. Monsieur, je vais tirer.
b. Non.
a. Monsieur, je vais tirer.
b. Non.
a. Monsieur, je vais tirer.
b. Non.
a. Je vous hais.
b. Non,
a. Je vais vous crucifier.
b. Non pas.
a. Je vais vous empoisonner.
b. Non pas.
a. Je vais vous assassiner sadiquement.
b. Non pas.
a. Pensez à l'hiver.
b. Jamais.
a. Je vous tue.
b. Je le répète, jamais de la vie.
a. Je vais tirer.
b. Vous l'avez déjà dit une fois.
a. Alors venez je vous prie.
b. Vous ne pouvez pas m'arrêter.
a. Pourquoi pas?
b. Vous pouvez tout au plus m'appréhender.
a. Alors je vais vous appréhender.
b. Alors je vous en prie.
b. se laisse appréhender par a et emmener. La scène s'obscurcit. Le public qui
ense, à tort, qu'on se moque de lui, crie à tue-tête et siffle.
Le choeur hurle:
Idiot... le poète à la porte... quelle imbécillité!

229 [web520]


Kurt Schwitters

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07/12/2008

Kurt Schwitters: Le critique d'art.

C'est une bête curieuse, le critique. De devant, c'est un chameau, de derrière c'est une fenêtre.

sans titre [web520]


Kurt Schwitters - Sans titre

19:00 Écrit par Lucky dans 16 Textes et poésies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kurt schwitters |  Facebook |

04/12/2008

Pablo Picasso - Le Désir attrapé par la queue

VERSIONS DES 28 NOVEMBRE 1935, 3, 6, 24 DECEMBRE 1935 

28 novembre 1935. 

langue de feu évente sa face dans la flûte la coupe qu'en lui chantant ronge le coup de poignard du bleu si enjoué qui assis dans l'oeil du taureau inscrit dans sa tête ornée de jasmins attend que la voile enfle le morceau de cristal que le vent enveloppé dans la cape du mandoble dégoulinant de caresses distribue le pain à l'aveugle et à la colombe couleur lilas et serre de toute sa méchanceté contre les lèvres du citron flambant la corne torse qui effraye de ses gestes d'adieu la cathédrale qui défaille entre ses bras sans un bravo tandis qu'éclate dans son regard la radio éveillée par l'aube qui photographiant dans le baiser une punaise de soleil mange l'arôme de l'heure qui tombe et traverse la page qui vole défait le bouquet qu'emporte fourré entre l'aile qui soupire et la peur qui sourit le couteau qui bondit de plaisir en laissant même aujourd'hui flattant à sa guise et n'importe comment au moment précis et nécessaire en haut du puits le cri du rosé que la main lui jette comme une petite aumône 

(fragment)
Publié dans Les Cahiers d'Art.

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Pablo Picasso - Femme enceinte - 1949

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02/12/2008

Francis Picabia - Nager

Je suis le mirage au-dessus de la littérature
des absinthes bourgeoises.
Supposition tendre d'alcoolique buvard
auteur fantôme d'un travail nouveau!
La route est discrètement sauvage,
coupée d'illuminations.
La mort, occasion unique des splendeurs invisibles
est couchée sur un lit de repos.
Comme un poète impair,
je suis l'auteur de la mauvaise tenue.

balance [web520]


Francis Picabia - Balance

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