20/02/2009

Max Jacob - Péché, 2 heures 35

Qui pense ici au péché? un homme abruti justement par le péché, débordant de péché et débordé par lui... Quoi? alors que j'aurai l'audace de m'approcher demain des plus saintes espèces - 0 Dieu dont la main passe sur les cimes des bois, sur l'océan - Je suis le nid même du mal et du péché, sans pouvoir jamais m'en dépêtrer. Sans essayer même de sortir de ce filet infernal, de cette empois  sonnante glu. O péché, que tu pèses lourdement sur l'arc de mes épaules velues. 0 péché, que tu courbes violemment jusqu'à le déformer l'arc bientôt brisé de mes épaules fragiles. Sur cet arc où jadis passait la main de Dieu, le poids, le poids tranchant du péché - le péché! - fait d'abord jaillir du sang noir. Prêtre, tu pardonnes trop vite! Tu émousses trop tôt la blessure sanglante du pé­ché - o Dieu, dont la main passe sur la cime des bois, sur l'océan, il pardonne trop vite! il émousse trop tôt la blessure sanglante du péché! Celui qui pense ici au péché est un homme abruti par le péché, débordé par lui.

Méditiations.

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Hans Bellmer

19/02/2009

Max Jacob - Poème

Quand le bateau fut arrivé aux îles de l'Océan Indien, on s'aperçut qu'on n'avait pas de cartes. Il fallut descendre. Ce fut alors qu'on connut qui était à bord: il y avait cet homme sanguinaire qui donne du tabac à sa femme et le lui reprend. Les îles étaient semées partout. En haut de la falaise, on aperçut à de petits nègres avec des chapeaux melon: "Ils auront peut-être des cartes." Nous prîmes le chemin de la falaise: c'était une échelle de corde; le long de l'échelle, il y avait peut-être des cartes! des cartes même japonaises! Nous montions toujours. Enfin, quand il n'y eut plus d'échelons (des cancres en ivoire quelque part), il fallut monter avec les poignets. Mon frère l'Africain s'en acquitta très bien, quant à moi, je découvris des échelons où il n'y en avait pas. Arrivés en haut, nous sommes sur un mur; mon frère saute. Moi, je suis à la fenêtre! Jamais je ne pourrai me décider à sauter: c'est un mur de planches rouges. "Fais le tour", me crie mon frère l'Africain. Il n'y a plus ni étages, ni passagers, ni bateau, ni petit nègre: il y a le tour qu'il faut faire. Quel tour! c'est décourageant. 

Le Cornet à dés - 1917.

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Hans Bellmer

17/02/2009

Paul Eluard - Sonnant les cloches du hasard

Sonnant les cloches du hasard à toute volée
Ils jouèrent à jeter les cartes par la fenêtre
Les désirs du gagnant prirent corps d'horizon
Dans le sillage des délivrances. 

Il brûla les racines les sommets disparurent
Il brisa les barrières du soleil des étangs
Dans les plaines nocturnes le feu chercha l'aurore
Il commença tous les voyages par la fin

Et sur toutes les routes
Et la terre devint a se perdre nouvelles
 

L'Amour la Poésie - 1929.

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Hans Bellmer

16/02/2009

Paul Eluard - Je te l'ai dit pour les nuages

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent. 

L'Amour la Poésie - 1929

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Hans Bellmer

15/02/2009

Paul Eluard - L'aventure est pendue au cou de son rival

L'aventure est pendue au cou de son rival
L'amour dont le regard se retrouve ou s'égare
Sur les places des yeux désertes ou peuplées.

Toutes les aventures de la face humaine,
Cris sans échos, signes de mort, temps hors mémoire,
Tant de beaux visages, si beaux
Que les larmes les cachent
Tant d'yeux aussi sûrs de leur nuit
Que des amants mourant ensemble,
Tant de baisers sous roche et tant d'eau sans nuages,
Apparitions surgies d'absences éternelles,
Tout était digne d'être aimé,

Les trésors sont des murs et leur ombre est aveugle
Et l'amour est au monde pour l'oubli du monde.

Défense de savoir - 1928

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Ans Arp

19:00 Écrit par Lucky dans 16 Textes et poésies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paul eluard, ans arp |  Facebook |

14/02/2009

Paul Eluard - Le miroir d'un moment

Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l'apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire,
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n'existe plus,
L'oiseau s'est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L'homme avec sa réalité.

Capitale de la Douleur - 1926

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Giorgio de Chirico

13/02/2009

Paul Eluard - Le grand jour

À Gala Eluard. 

Viens, monte. Bientôt les plumes les plus légères, scaphandrier de l'air, te tiendront par le cou.
La terre ne porte que le nécessaire et tes oiseaux de telle espèce, sourire. Aux lieux de ta tristesse, comme une ombre derrière l'amour, le paysa­ge couvre tout.
Tiens vite, cours. Si ton corps va plus vite que tes pensées, mais rien, entends-tu? rien, ne peut te dépasser. 

Les Nécessites de la Vie et les conséquences des rêves, précédés d'exemples - 1921.

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Giorgio de Chirico.