05/11/2008

Salvador Dali

Salvador Dali est né le 11 mai 1904 à Figueras, petite ville et place forte de Catalogne où son père était notaire. Dès son plus jeune âge, il se fait remarquer par ses idées et ses attitudes excentriques: il voulait s'af­firmer et prouver aux autres et à lui-même qu'il existait vraiment.

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Salvador Dali
A l'école il prit l'habitude de sauter dans le vide, du haut d'un escalier, malgré son vertige et sa peur, devant ses camarades stupéfaits et admiratifs. Parfois, il échangeait des pièces de dix centimes contre des pièces de cinq centimes. 

En 1918, il voue une admiration toute particulière aux peintres espagnols de scènes de genre du XIXe siècle et aux impressionnistes français. En 1920, il découvre le futurisme et, par de-là, le cubisme. En 192I, il entre à l'Aca­démie des Beaux-Arts de Madrid pour y compléter ses études de peinture. Il fait la connaissance de Garcia Lorca et de Luis Bunuel avec qui il restera longtemps en relation.

 nu dans l'eau 1925 [web520]


Salvador Dali - Nu dans l'eau - 1925
gala nue de dos 1960 [web520]
Salvador Dali - Gala nue de dos - 1960
Mais à l'Ecole des Beaux-Arts, où il a pour maître Carbonero, Dali est toujours insatisfait. Il reprochait à ses maîtres d'être ré­trogrades, ennemis des audaces de la jeune peinture et ignorants des techni­ques classiques. Un jour, lors d'un examen, Dali tira comme sujet de conféren­ce Raphaël. Ses amis crurent qu'il allait manifester sa joie, Raphael étant le peintre qu'il connaissait le mieux. Eh bien non! Dali se leva et dit à ses examinateurs: "Je vous parlerais bien de Raphaël, mais à quoi bon? Je sais tout sur lui et vous, vous ne savez rien. Il est donc préférable que je me retire." Et il se retira. Ses professeurs, indignés par son impertinence, le chassèrent pour un an de l'Ecole des Beaux-Arts. 

En 1925, après avoir fait quelques séjours en prison pour activités politiques, il étudie les peintures du Prado et voue une admiration particulière pour la métaphysique italienne et la peinture de Chirico et de Carra. Cette même année, il expose pour la première fois chez Dalmau à Barcelone et en 1926 à Madrid avec le premier groupe des artistes ibériques tels que Ferrant, Cossio, Barès,... Son importance est, dès lors, reconnue par ses contemporains.

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Salvador Dali - Jeune fille à la fenêtre.
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Salvador Dali - Panier de pain - 1926
En 1926, il est expulsé définitivement de l'Ecole des Beaux-Arts et sa Corbeille à Pain est achetée par le Musée National d'Art Moderne de Pittsburgh. Entre 1925 et 1927, il s'essaye dans différentes directions, tantôt dans le réalisme à la Vermeer, tantôt dans l'abstraction, le cubisme ou le néo-classicisme. Il conçoit également les décors de Mariana Pineda de Lorca. 

En 1927, il découvre le surréalisme en feuilletant des revues. Il a enfin découvert son style: c'est le début de sa manière propre donnant la priorité à l'obsession subconsciente. Il peint Appareil à Main et Le Sang est plus doux que le Miel. Dans son livre Vie Secrète, Dali nous explique comment, pendant cette période, il concevait ses tableaux: 

Au lever du soleil, je me réveillais et sans me laver ni n'habiller, je m'asseyais devant le chevalet placé dans ma chambre face à mon lit. La pre­mière image du matin était celle de ma toile qui serait aussi la dernière image que je verrais avant de me coucher. Je tâchais de m'endormir en la fi­lant des yeux pour en conserver le dessin pendant mon sommeil, et quelquefois, au milieu de la nuit, je me levais pour la regarder un instant au clair de lune. Ou bien entre deux sommes, j'allumais l'électricité pour contempler cette oeuvre qui ne me quittait pas. Toute la journée, assis devant mon chevalet, je fixais ma toile comme un médium pour en voir surgir les éléments de ma pro­pre imagination. Quand les images se situaient très exactement dans le ta­bleau, je les peignais à chaud, immédiatement. Mais parfois, il me fallait atten­dre des heures et rester oisif le pinceau immobile dans ma main, avant de rien surgir. 

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Salvador Dali - Apparition du buste de Voltaire.
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 Salvador Dali - Apparition d'un visage.
Sur le conseil de Miro, il se rend à Paris en 1928 dans le but de connaître "Picasso, Versailles et le Musée Grévin". Il y rencontre Picasso et les surréalistes. 

L'année suivante a lieu sa première exposition à Paris, galerie Goemans (préface de Breton). Dali présente des toiles intitulées: Les Plaisirs illuminés, Le Jeu lugubre et L'Accommodation du Désir. Citons encore quelques toiles de cette période: La Source (1930), La Profanation de l'Hostie (1931), Le Rêve (1931), Angélus (1935), Méditation sur la Harpe et Gala et l'Angélus de Milet, précédent immédiatement la venue des anamorphes coniques.

C'est alors qu'il élabore sa théorie de "l'activité paranoïaque critique", qui consiste à instaurer un système délirant durable, forte­ment influencé par la psychanalyse de Freud pour laquelle il s'enthousiasme. ascension du christ 1958 [web520]


Salvador Dali - Ascension du Christ - 1958
Automne cannibale 1936 [web520]
 Salvador Dali - Automne cannibale - 1938.
Il attire à Cadaquès les surréalistes parisiens, organise une exposition triomphale et épouse la première femme de Paul Eluard, Gala, qui devient sa femme et sa principale inspiratrice. On peut dire que Gala sauva Dali de la folie: elle parvint en effet, par son amour, à empêcher les crises de fou rire fréquentes chez Dali à cette époque.

En compagnie de son ami Luis Bunuel, il tourne dans sa propriété de Cadaquès le court-métrage désormais célèbre intitulé Le Chien Andalou. Enthousiasmé par le film, le groupe surréaliste qui venait d'être véritablement fondé, invite Dali à en faire partie. 

De 1929 à 193I, il commence à peindre des images doubles sous l'influence de Max Ernst et de Yves Tanguy. En 1930, il publie L'Amour et la Mémoire et La femme invisible, où il développe ses idées et ses théories sur l'inspiration para­noïaque et rapproche sa technique de celle de Meissonnier. L'année suivante, toujours en collaboration avec Bunuel, il réalise le long métrage L'Age d'Or. A la deuxième projection de ce film, il y eut une émeute et, quelques jours plus tard, le film était interdit par la préfecture de police. Dans sa série de peintures traitant de Guillaume Tell, Dali aborde le problème de la castration et du patriarcat. Certaine de ses toiles prennent aussi un aspect vorace, culinaire et digestif (Dali aime particulièrement les crustacés). Le thème du mou et du flasque, parfois soutenu par des béquilles, se retrouve fréquemment. persistance de la mémoire 1931 [web520]


Salvador Dali - Persistance de la mémoire - 1931
cygnes réfléchis en éléphants 1937 [web520]
 Salvador Dali - Cygnes réfléchis en éléphants - 1937.
En 1931, il peint Persistance de la mémoire, toile où apparaissent des montres molles, Enigme de Guillaume Tell (1933), Echos Nostalgiques (1935) et Ville des tiroirs(1936). En 1933 a lieu sa première exposition à New York et, l'année suivante, il se rend personnellement aux Etats-Unis. En 1934, il illustre les Chants de Maldoror de Lautréamont. Jusqu'en 1936, il peint la série des os et des figures déformées, puis des scènes de plage à figures "instantanées". Il peint notamment: La Mémoire et la Femme enfant, Crâne atmosphérique sodomisant un piano à queue, Apparition de ma cousine Carolinette sur la plage de Rosas et Femme à tête de Rose

Pendant la guerre d'Espagne, il fait un séjour en Italie où il étudie la Renaissance et le Baroque. Il porte alors une admiration de plus en plus vive pour Vermeer et Vélasquez, et sa période mystique commence par les tableau Jeune Vierge auto-sodomisée par sa propre chasteté et par les illustrations pour l'Apocalypse. 

Dali prépare rapidement son retour au classicisme, ce qui le fait exclure des  surréalistes par Bre­ton. En 1939, Dali écrit l'argument et dessine les costumes du ballet Laby­rinthe. Une grande rétrospective à lieu au Musée d'Art Moderne de New York. Lorsque survient la guerre, Dali et Gala se réfugient en Amérique où Dali commence à rédiger sa Vie Secrèteenfant géopolitique observant la naissance de l homme nouveau 1934 [web520]


Salvador Dali - Enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau - 1934.
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Salvador Dali - Métamorphose de Narcisse
C'est au Etats-Unis où il remporte un énorme succès, que Dali fait la connaissance de l'écrivain Henry Miller. A cette époque, Breton compose, pour se moquer de son ancien ami, le célèbre ana­gramme Avidadollars. D'après Dali, ce surnom eût le pouvoir magique de faire pleuvoir sur lui une cascade de dollars. Ayant des idées différentes des surréalistes, et ses tableaux se vendant mal, il projette même d'abandonner la peinture et de se lancer dans les affaires en introduisant sur le commerce quelques unes de ses inventions telles que ongles-miroirs, sculpture-ventilateur, lunettes kaléidoscopiques, masques photographiques, cinéma tactile et bien d'autres encore. Malheureusement, il se heurta partout à une incompré­hension presque totale. 

Revenu en Espagne, il illustre de nombreuses oeuvres littéraires, crée des décors et des costumes pour des ballets et ne cesse de peindre et d'exposer. En 1942, il publie Vie Secrète de Salvador Dali et exécute les portraits de plusieurs personnalités exposés à la galerie Knoedler à New York. En 1944, il exécute le scénario, les costumes et les décors pour les ballets Colloque sentimental et Tristan le Fou. Il expose à Rome, Venise et Milan et, l'année suivante, à la Bignou Gallery à New York. En 1949, Dali présente au Pape Pie XII la Vierge de Port-Lligattentation de st antoine [web520]


Salvador Dali - La tentation de Saint Antoine.
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 Salvador Dali - Visage paranoïaque.
En 1950, il expose une deuxième version du même tableau à New York et en 1951 peint le Christ de Saint-Jean de la Croix alors qu'une exposition est organisée à la gale­rie Weil à Paris. En 1955, il dessine les costumes et les décors du ballet Les Vendanges de Philippe de Rothschild, il exécute des bijoux et illustre Le Tricorne. En 1954, il expose à Venise et à Rome et illustre La Divine Comédie. En 1955, il expose à Knokke-le-Zoute et réalise un film: Histoire Prodigieuse de la Dentellière et du Rhinocéros avec Robert Descharnes. En 1957, il exécute quinze lithographies en couleurs pour l'illustration de Don Quichotte de Cervantès, avec utilisation de la technique reposant sur le hasard (coups de fusils, oeufs, éclaboussures,...). Il peint Saint-Jacques de Compostelle qu'il présente l'année suivante à l'Exposition Universelle de Bruxelles. En 1958, il reçoit la médaille d'or de la ville de Paris. 

Entre 1959 et 1960, il illustre L'Apocalypse de Saint Jean et crée la couverture de cet ouvrage, en bronze à la cire perdue. En 1966, une grande rétrospective de son oeuvre à lieu à Tokyo et l'année suivante à New York. Régulièrement, les extravagances du peintre défraient le chronique et lui assurent ainsi qu'à son oeuvre une publicité particulièrement profitable.prémonitiion de la guerre civile [web520]


Salvador Dali - Prémonition de la guerre civile.
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Salvador Dali - Visage de Mae West.
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Salvador Dali - Enigme sans fin - 1943
poésie d'amerique 1943 [web520]
Salvador Dali - Poésie d'Amérique - 1938
paysage avec des papillons [web520]
Salvador Dali - Paysage avec des papillons.
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Salvador Dali - Montre molle.

19:00 Écrit par Lucky dans 12 Peintres A-E | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salvador dali |  Facebook |

24/10/2008

Cinéma

Mais c'est surtout vers le cinéma que Man Ray s'orienta vers la fin de sa carrière en exécutant en 1923 Le Retour de la Raison présenté à la soirée dada du Coeur à Barbe. Il réalisa ce film la veille de sa projection en filmant une spirale de papier en mouvement et en parsemant la pellicule vierge de clous et de punaises. Les seuls éléments concrets du film étaient les lumières d'une foire et le corps nu d'une femme. 


Man Ray: Le Retour à la raison - 1923
En 1927, il réalise sont deuxième film: Emak-Bakia. Man Ray y mêle des vues abstraites et des gros plans d'objets rendus ainsi méconnaissables. En plein milieu de la projection apparaissent sur l'écran les mots "la raison de cette extravagance". Voici les images qui suivent en guise d'explication: un homme tenant à la main une petite va­lise descend d'un taxi. Il entre dans un studio, ouvre sa valise qui contient des dizaines de faux cols qu'il se met à déchirer un à un. Il se regarde dans un miroir avant de déchirer son propre col, qu'il jette près des autres cadavres de cols qui se mettent à danser. Pendant la dernière scène du film apparaît une femme avec de faux yeux peints sur ses paupières fermées...


Man Ray: Emak-Bakia - 1927
En 1929, le Vicomte de Noailles invite Man Ray à venir tourner Le Mystère du Château des Dés dans sa propriété. Pour que les invités du vicomte ne soient point reconnus, Man Ray couvre leur visage d'un bas noir. Ces personnages évoluant dans un décor cubiste de la propriété d'Hyères provoquent un effet insolite purement surréaliste. 

Le dernier film de Man Ray, intitulé L'Etoile de Mer, fut réalisé en 1929. Cette illustration d'un poème de Desnos emploie le procédé du flou et de la déformation pour créer un effet plus poétique. Avec ce film, Man Ray abandonne la blague de style dada au profit de l'humour surréaliste: un homme et une femme entrent dans une chambre. La femme se déshabille, s'allonge sur le lit et dit adieu à l'homme qui s'en va après lui avoir chastement baisé les mains.


Man Ray: L'Etoile de Mer - 1929
Marcel Duchamp, créateur des ready-made, fut, lui aussi un brillant cinéaste. En 1926, dans Anemic-Cinéma, il fit intervenir ses roto-reliefs dont les mouvements rotatoires ensorcelaient les spectateurs. Entre deux séquences où apparaissaient ces roto-reliefs, le spectateur pouvait voir successivement des visages de femmes, un char d'assaut en action, un militaire décoré, un buste de Napoléon éclatant, et un militaire pleurant sur un divan... 


Marcel Duchamp: Anemic-Cinema - 1926
En 1920, dans Moustiques domestiques demi-stock (aujourd'hui détruit), Duchamp fut le premier à employer le procédé de relief avec des lunettes rouges et vertes (procédé anaglyphe).

Jacques Prévert, poète plein de légèreté, de fantaisie, d'amour et de révolte totale, écrivit surtout des scénarios. Citons notamment avec Marcel Carné, Drôle de Drame (1957), Les Portes de la Nuit (1946), Le Jour se Lève (1959) avec Laroche, Les Visiteurs du Soir (1942); avec Renoir, Le Crime de M.Lange (1955) avec Gremillon, Lumière d'été (1942); avec Grimaud, Le Petit Soldat (1947), avec André Cayatte, Les Amants de Vérone (1949) et avec son frère Pierre Prévert, L'Affaire est dans le sac (1932), Adieu Léonard (1943) et Voyage Surprise (1946). 

Antonin Artaud joua dans de nombreux film: La Passion de Jeanne d'Arc, Lucrè­ce Borgia, Napoléon, L'Opéra de Quat'Sous et Faits Divers. Il écrivit également le scénario de La Coquille et le Clergyman, mis en scène par Germaine Dulac qui, malheureusement, en trahit l'esprit. Artaud en profita pour créer un scandale accompagné de son ami Desnos, il tint à haute voix, au cours d'un pro­jection du film, le dialogue suivant: "Qui a fait ce film? - C'est Mme Ger­maine Dulac. - Qu'est-ce que Mme Dulac? - C'est une vache!" Le directeur vou­lut intervenir, mais les surréalistes présents ripostèrent violemment et déclenchèrent une bagarre. Nous devons encore à Artaud les scénarios de La Révolte du Boucher, 18 secondes et de Les 32

Hans Richter se consacra lui aussi au cinéma et réalisa Dreams that money can buy, composé de sept séquences réalisées sur un thème préposé par des peintres (Calder, Ernst, Duchamp, Man Ray...). Richter réalisa aussi Narcissus et 8x8 en collaboration avec Duchamp (sur le thème des jeux d'échec).


Hans Richter: Dreams that money can buy
Bon nombre de surréalistes écrivirent des scénarios ou collaborèrent à des films. citons entre autres Soupault (Indifférence, Coeur volé), Péret (Midi), Desnos, Dali (Babacuo, Le Chien Andalou, L'Age d'Or), Breton, Eluard (projet avorté), J.P. Brunius (Elle est Bicimidine, Records 37, Violon d'Ingre) et Magritte (Fleurs Meurtries en collaboration avec Roger Livet). 

Mais à juste titre, c'est Luis Bunuel qui est resté le plus connu des cinéastes de tendances surréalistes. Né en 1900 en Espagne, à Calanda, il fit la connaissance de Dali et se lia d'amitié avec lui. Assistant de Jean Epstein à Paris, il eut de nombreuses occupations cinématographiques en Espagne, aux Etats Unis et au Mexique. 

Le Chien Andalou, premier film surréaliste tourné par Bunuel, fut réalisé en collaboration avec Salvador Dali. Présenté en 1928 au Vieux Colombier, il en­thousiasma les surréalistes qui proposèrent à Dali d'entrer dans leur groupe. Dali et Bunuel avaient réalisé ce film de façon à ce que le spectateur moyen ne puisse supporter sa vision: on y voyait en effet un oeil de jeune fille coupé par une lame de rasoir, quatre chiens morts en état de putréfaction placés dans des pianos à queue, une vraie main coupée, un oeil de vache et trois nids de fourmis...

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Affiche pour Le Chien Andalou de Luis Bunuel et Salvador Dali
Dans L'Age d'Or, la contribution de Dali ne sera que minime. Dans Vie Secrète de Salvador Dali, Dali écrit:

Dans mon idée, ce film devait traduire la vio­lence de l'amour imprégné par la splendeur des créations des mythes catholi­ques... Bunuel tournait seul l'Age d'Or, j'en étais donc pratiquement écarté... Bunuel venait de finir l'Age d'Or, je fus terriblement déçu. Le film n'était plus qu'une caricature de mes idées. Le catholique était attaqué de façon primaire et sans aucune poésie... 

Une première séquence montrait un combat de scorpions, puis des squelettes sur un rocher, recouverts d'ornements épiscopaux. On voyait ensuite une femme embrassant les doigts de pied d'une statue, un homme donnant un coup de pied dans le ventre d'un aveugle et le Christ montant en croix, dépouillé de sa barbe... 

Dans ce long métrage, intervenait pour la première fois les leitmotivs chers à Bunuel qui, établissent le rapport entre les différentes séquences. Des sons de certaines séquences se prolongent dans les séquences suivantes pour insis­ter sur le rapport entre les différents personnages et, pour la première fois, Bunuel emploie le procédé du dialogue intérieur.

Dans son admirable livre sur Le Surréalisme au Cinéma, Ado Kyrou dit, à pro­pos de ce film: 

Bunuel ayant à décrire l'amour a lancé à la police, la famille, l'armée, les plus vigoureuses gifles qu'elles aient jamais reçues de l'écran, et ainsi l'amour apparaît seul, grand, espoir unique, révolte majeure de l'homme.

Du 28 octobre au 5 décembre 1930, le film est présenté sans incidents au Studio 28. Le 3 au soir se trouvent présents dans la salle de projection des représentants de la Ligue des Patriotes et de la Ligue Anti-Juive. Lorsque sur l'écran apparaît un personnage plongeant un ostensoir dans un ruisseau, quelqu'un crie dans la salle: "0n va voir s'il y a encore des chrétiens en France!". Un autre ajoute: "Mort aux Juifs!" Il n'en faut pas plus pour déclancher la bagarre. Des bombes fumigènes explosent ;les spectateurs sont matraqués; l'écran est maculé d'encre; le mobilier est détruit ainsi que les tableaux de Dali, Ernst, Man Ray, Miro et Tanguy exposé dans le hall d'entrée... Malgré tout, les séances de projection continuent. Le 5 décembre, la préfecture demande la suppression des "passages d'évêques", ce qui est effectué aussitôt. Le 7, une campagne de presse s'organise contre L'Age d'Or et le 11, le film est offi­ciellement interdit.

Les surréalistes réagissent violemment et publient un Questionnaire où ils tirent les conclusions et se demandent:

Faut-il comprendre cette intervention comme une autorisation donné égale­ment à ceux qui estiment outrageante la propagande religieuse d'en interrom­pre par tous les moyens les manifestation (film de propagande romaine, pèleri­nages de Lourdes et de Lisieux, officines d'obscurantisme, telles que Bonne Presse, Congrégation de l'Index, églises, etc., perversions de la jeunesse dans les patronages et les préparations militaires, prêches à la radio, magasins de crucifix, couronnes d'épines)? 

Heureusement, malgré cette violente campagne, Bunuel est devenu l'un des plus célèbres cinéastes surréalistes et nous lui devons de nombreux autres films qui sont et resteront des chefs-d'oeuvre du cinéma: Las Hurdes, Los Olvidados, Subida al Cielo, El Bruto, Robinson Crusoe, Ensayo de un Crimen, Cela s'appelle l'Aurore, La Mort en ce Jardin, Nazarin, La Fièvre monte à El Pao, The Young One, Viridiana, El Angel Exterminator et Le Journal d'une Femme de Chambre.

22/10/2008

Expositions

En 1936, chez Charles Ratton à Paris, avait lieu la première exposition d'objets naturels, naturels interprétés, naturels incorporés, objets perturbés, objets trouvés, objets trouvés interprétés, objets américains et océaniens, ready-made, objets mathématiques et objets surréalistes. 

exposition surréaliste d'objets 1936 galerie Ladrière-Ratton - Paris


Exposition d'objets surréalistes - Galerie Charles Ratton - Paris

Citons parmi les objets exposés par les artistes surréalistes: Trousse de Naufragé de Arp, Veston Aphrodisiaque de Dali, Arrivée de la Belle Epoque de Dominguez, Homma­ge à Paganini de Maurice Henry (un violon entièrement pansé de bandes Velpeau), Le Spectre du Gardénia de Marcel Jean, Cadeau de Man Ray, des objets-poèmes ou tableaux-objets de Breton, Tasse, soucoupe et cuillère (revêtues de fourrure), Miss Bardenia de Oppenheim.

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Salvador Dali: Taxi pluvieux - 1938 - Photo de Denise Bellon

En 1938, une exposition du même type était organisée à la Galerie des Beaux-Arts. Le clou de l'exposition était le Taxi pluvieux de Salvador Dali: un mannequin y figurait une cliente assise au milieux des légumes , le taxi, arro­sé d'eau, était envahit par une multitude de véritables escargots. 

Une "rue surréaliste" était peuplée d'une vingtaine de mannequins composés par Dali (Petite Cuillère), Dominguez (Un siphon), Duchamp (Un veston), Ernst (Veuve court vêtue), Henry (Coton hydrophile), Masson (Tête dans une cage et bâillon avec une pensée sur la bouche), Man Ray (Une pleureuse aux larmes de cristal), Malet (un mannequins avec un poisson rouge dans le ventre), Arp, Epinoza, Matta, Miro, Paalen, Sonia Mossé et Seligmann.

 1938


Marcel Duchamp: La grande Salle - 1938

Suivait alors la "Grande Salle" de Duchamp: par terre, des feuilles mortes autour d'une mare broussailleuse; au plafond, 1.200 sacs de charbon; au centre, un brasero rougeoyant et dans les quatre coins, des lits profonds… Dans cette salle se trouvaient également de nombreux objets tels que Rotative demi-sphère de Duchamp, L'Ultra-meuble de Seligmann, le Couvert de fourrure de Qppenheim et le Gramophone de Dominguez (le pavillon engouffre des jambes de femme et le bras de lecture est remplacé par une main caressant un sein mis en place du disque). 

A New York en 1942, Duchamp organise une autre exposition d'objets dans des locaux dont il a tapissé les murs d'immenses enchevêtrements de ficelles. L'américain Joseph Cornell participe à cette exposition en présentant ses boîtes vitrées enfermant des objets divers.  

En 1947, à Paris (Galerie Maeght), une exposition est organisée sur le modèle d'un chemin initiaque. Après avoir traversé la Salle des Superstitions et être passé sous une pluie purificatrice, le spectateur entrait dans un laby­rinthe où douze autels étaient dédiés à des objets: Tigre mondain de Jean Ferry, Soigneur de Gravité de Duchamp, Chevelure de Falmer de Wilfredo Lam, Loup-Table de Brauner et de nombreuses autres sculptures-objets.

L'exposition était réalisée par l'architecte Wiesler: 27 pays et 87 artistes y participaient et le catalogue de luxe (Le Surréalisme en 1947) était orné d'un sein de en femme en caoutchouc de Duchamp avec la mention: "prière de toucher"…

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Meret Oppenheim: Das Frühlingsfest - Exposition E.R.O.S. (Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme) - 1959
 

En 1959, Galerie Daniel Cordier, s'ouvrait l'Exposition inteRnatiOnale du Sur­réalisme consacrée à Eros comme son nom l'indique. Duchamp en avait composé le plafond en satin rosé de l'entrée et le spectateur traversait une "porte vaginale" pour pénétrer dans le "labyrinthe peuplé de soupirs et de pâmoi­sons, vers une Chambre des Fétiches et une salle rouge où se déroulait un provocant festin de cannibales". 

Il est évident que ces sortes de manifestations contribuèrent à donner naissance à cet art-jeu dont se réclama par la suite la jeune génération d'artistes tels que Niki de Saint-Phalle, Jean Benoit, Pol Bury, Phillipe Hiquily, Tinguely et César.

14/10/2008

La folie

Si le rêve nous fait découvrir un monde fantastique, la folie (ou la simulation de la folie) nous fait, elle aussi, pénétrer dans cet univers des aliénés où l'imagination, l'incohérence et la contradiction règnent en maî­tresses.

Selon Freud, les fous "savent plus long que nous sur la réalité intérieure et peuvent nous révéler certaines choses qui, sans eux, seraient restées impénétrables". 

Il existe quantité de folies, mais la paranoïa est certainement celle qui frappa le plus les surréalistes et en particulier Dali. Le paranoïaque réa­lise la synthèse du réel et de l'imaginaire et, atteint par le délire de la grandeur et la folie de la persécution, il cristallise les événements exté­rieurs autour d'une idée délirante ou d'une obsession. Il réagit différem­ment d'une personne normale en interprétant les événements à sa manière et en considérant le monde comme un théâtre dont il serait le principal acteur. 

Salvador Dali affirme que 

tous les médecins sont d'accord pour reconnaître la vitesse de l'inconcevable subtilité fréquente chez le paranoïaque, lequel, se prévalant de motifs et de faits d'une finesse telle qu'ils échappent aux gens normaux, atteint à des conclusions souvent impossibles à contredire... et qui, en tout cas, défient toute analyse. 

Dali ajoute qu'il veut doter 

le surréalisme d'un instrument de tout premier ordre, en l'espèce de la métho­de paranoïaque-critique qui s'est montrée d'emblée capable de s'appliquer indifféremment à la peinture, à la poésie, au cinéma, à la construction d'objets surréalistes typiques, à la mode, à la sculpture, à l'histoire de l'art, même, le cas échéant, à toute espèce d'exégèse.

 dali Persistance de la mémoire


Salvador Dali: Persistance de la Mémoire.
L'attitude du paranoïaque étant très voisine de celle de l'homme normal et même du savant, toute classification devient donc arbitraire. 

Ce serait alors fait des catégories orgueilleuses dans lesquelles on s'amuse à faire entrer les hommes qui ont eu un compte à régler avec la raison humaine, cette même raison qui nous dénie quotidiennement le droit de nous exprimer par les moyens qui nous sont instinctifs. 

Dans L'Immaculée Conception, André Breton et Paul Eluard sont parvenus à reconstituer certains délires tels que débilité mentale, manie aigüe, paraly­sie générale, délire d'interprétation et démence précoce. Ainsi, ils prouvent que l'esprit peut atteindre la folie "sans qu'il y aille pour lui d'un trou ble durable, sans que cela soit susceptible en rien de compromettre sa faculté d'équilibre". 

Dès lors, les surréalistes peuvent donc se risquer sans danger à se livrer à cette gymnastique de l'esprit qui consiste à stimuler la folie et à reconstituer oertains délires, car jamais ils ne perdent contact avec le monde extérieur. 

Les surréalistes se libérèrent de tout préjugé, de toute convention et se laissèrent aller à l'automatisme psychique qui vise à la recréation d'un état qui n'ait plus rien à envier à l'aliénation mentale. 

Quant à André Breton et Paul Eluard, ils déclarent que

l'essai des simu­lations de maladies que l'on enferme remplacerait avantageusement la bal­lade, le sonnet, l'épopée, le poème sans queue ni tête et autres genres caducs.

13/10/2008

Le rêve

Le surréalisme, qui "tend à la récupération totale de notre force psy­chique par un moyen qui est la descente vertigineuse en nous, l'illumination systématique des lieux cachés et l'obscurcissement progressif des autres lieux", trouve dans le rêve un moyen de se pénétrer soi-même et d'accéder ainsi à la connaissance suprême. 

Le rêve peut tout rendre possible, même les situations les plus invraisemblables dans la réalité quotidienne. En nous apportant des révélations, il aide notre esprit à se mouvoir dans un monde fantasmagorique où êtres et choses prennent un aspect imprévu et insolite et se parent d'une couleur de rêve. 

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Sigmund Freud.


Le rêve a, pour les surréalistes, une vie propre aussi importante que celle de l'état de veille. André Breton, se basant sur la théorie de Freud (selon laquelle le rêve serait le symbole des désirs inconscients et des tendances inavouées), affirme que nos rêves pourraient nous aider à résoudre les "questions fondamentales de la vie". 

Le rêve nous permet de "sonder la nature individuelle" et partage notre exis­tence avec l'état de veille... Salvador Dali déclare à ce sujet dans La Femme Invisible: 

Le jour, nous cherchons inconsciemment les images perdues des rêves, et c'est pourquoi, quand nous trouvons une image de rêve, nous croyons déjà la connaître et nous disons que seulement la voir nous fait rêver.

 dali reve cause par le vol d'une abeille autour d'une pomme-grenade une seconde avant l'éveil


Salvador Dali: Rêve causé par le vol d'une abeille autour d'une pomme-grenade une seconde avant l'éveil.
 

De plus, les rêves peuvent parfois nous donner une image de l'avenir, et les surréalistes ne manquèrent pas de constater ce fait étrange. En 1923, Breton faisait, dans Tournesol, le récit d'une rencontre qu'il devait faire l'année suivante en compagnie du sculpteur Giacometti. Breton acheta un jour un "demi-masque" qui, par la suite, se trouva compléter une sculpture inachevée.

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Victor Brauner: Portrait à l'oeil énucléé - 1930

Mais, fait plus surprenant encore, le peintre Brauner peignit des personnages bor­gnes bien avant qu'un accident ne lui fasse perdre l'oeil droit... Tous ces faits, révélés par une activité secondaire de l'esprit, ne manquèrent pas d'intéresser, et même de passionner, les surréalistes qui attribuaient au rêve une importance aussi grande, sinon plus, qu'à l'état de veille, au dou­ble point de vue psychologique et métaphysique.

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Victor Brauner: Peinture - 1946

04/10/2008

Surréalisme 1930-1940

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André Breton et Paul Eluard: L'Immaculée Conception.

En 1930, Breton, dans L'Immaculée Conception, écrit en collaboration avec Eluard, exprime son désir de recherche sur l'activité intérieure de l'esprit. 

 

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Pamphlet: Un Cadavre.
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Le Surréalisme au service de la Révolution, n°1

 

Les ex-surréalistes, éliminés du groupe, répliquent par le pamphlet: Un Cadavre. René Char, Georges Hugnet et Luis Bunuel soutiennent Breton qui publie la revue Le Surréalisme au Service de la Révolution qui pa­raîtra jusqu'en 1935.

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Affiche pour L'Age d'Or de Louis Bunuel sur un scénario de Salvador Dali.

En 1931, alors que Giacometti commence sa série d'objets, Dali crée sa "méthode paranoïa critique" et tourne L'Age d'Or avec Bunuel. Breton publie Vase Communicant et se brouille avec Freud qui l'avait énormé­ment influencé. Aragon qui, en 1930, participait au congrès de Karkhov, abandonne peu à peu le surréalisme et se tourne définitivement vers le communisme.  

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André Breton: Les Vases communicants.

En 1932, alors que Brauner arrive à Paris, une importante exposition de peinture surréaliste a lieu à New York.  

En 1933, Breton, Crevel et Eluard sont exclus du parti communiste. Le premier numéro de la revue Minotaure paraît et une importante exposi­tion à lieu Galerie Pierre Colle.  

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André Breton: Position politique du Surréalisme.

Dès 1934, le mouvement prend une ampleur de plus en plus grande dans le monde et une Petite Anthologie de la Poésie Surréaliste est publiée. Dali remporte un énorme succès à New York, un groupe surréaliste se forme en Tchécoslovaquie et une exposition surréaliste à lieu à Bruxelles. André Breton, dans Position politique du surréalisme prend la défense de l'artiste dans la société et collabore à la revue Minotaure qui publie des textes automatiques et des reproductions de peintures de Dali, Ernst, Tanguy, Arp, Giacometti, Magritte, Man Ray et Miro. 

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La révolution surréaliste.

En 1935, de nombreux groupes se forment à l'étranger et organisent des expositions. J. Hérold, H. Bellmer, W. Paalen et O. Dominguez rejoignent le groupe. Le n°1 du Bulletin International du Surréalisme paraît à Prague et le n°2 à Bruxelles.  

En 1936, le mouvement prend encore plus d'importance. Des expositions internationales du surréalisme ont lieu à New York et à Londres. Breton fait de nombreuses conférences en Europe et aux Canaries. Tandis qu'à Lon­dres paraît le n°3 du Bulletin International du Surréalisme, à Tokyo, un nouveau groupe se forme rapidement.

 

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André Breton: L'Amour fou.

Les surréalistes prennent la direction de la revue Minotaure en 1937. Breton ouvre la Galerie Gradiva à Paris et publie L'Amour Fou.  

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Exposition internationale du surréalisme - Paris - 1934.

L'exposition internationale du surréalisme à Paris l'année suivante remporte un énorme succès. Eluard est exclu du groupe et Ernst, Man Ray et Tanguy se tiennent à distance. Breton qui s'est rendu au Mexique y rencon­tre Trotsky. Dali est exclu définitivement. 

En 1939, Dali, Tanguy et Matta se rendent au Etats-Unis tandis que Paalen s'installe au Mexique. Breton et Rivera publient le bulletin Clé de la fédération internationale des artistes indépendants.