27/09/2008

Déclarations dadaïstes

La raison est une lumière qui fait voir les choses comme elles ne sont pas, et puis, du reste, comment sont-elles?

Picabia 

C'est fini la peinture. Qui ferait mieux que cette hélice? Dis, tu peux faire ça? 

Duchamp 

Je suis pour l'action, pour la continuelle contradiction aussi; je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas, car je hais le bon sens.  

Tzara 

Chaque page doit exploser, soit par le sérieux profond et lourd, le tourbillon, le vertige, le nouveau, l'éternel, par la blague écrasante, par l'en­thousiasme des principes ou par la façon d'être imprimée.  

Qu'est-ce que c'est beau? Qu'est-ce que c'est laid? Qu'est-ce que c'est grand, fort, faible? Qu'est-ce que c'est Carpentier, Renan, Foch? Connais pas. Qu'est-ce que c'est moi? Connais pas, connais pas, connais pas. 

Ribemont-Dessaigne 

Dada est l'art sans pantoufles ni parallèles; qui est contre et pour l'uni­té et décidément contre le futur... Nécessité sévère sans discipline ni mo­rale et crachons sur l'humanité.  

Tzara.  

PANTINS-PANTINS-PANTINS - voulez-vous de beaux pantins de bois coloriés? Deux yeux flamme-morte et la rondelle de cristal d'un monocle - avec une pieuvre machine à écrire - j'aime mieux. 

Plus de peintres, plus de littérateurs, plus de musiciens, plus de sculpteurs, plus de religions, plus de républicains, plus de royalistes, plus d'impérialistes, plus d'anarchistes... plus rien, rien, RIEN, RIEN, RIEN. 

Vaché.

23/09/2008

Débuts parisiens

Depuis que des mouvements Dada existaient dans d'autres pays, à Paris, leur influence se faisait déjà sentir et annonçait qu'un tel mouvement allait bientôt s'y manifester. De nombreux écrivains parisiens collaboraient alors aux revues Dada qui paraissaient dans les pays voisins et la litté­rature en subissait ainsi l'influence directe. 

Alfred Jarry, Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire, Lautréamont, Roussel et surtout Apollinaire annonçaient déjà ce nouveau genre littéraire. Jean-Pierre Brisset et Marcel Duchamp publient déjà à l'époque des poèmes basés sur des jeux de mots et des allitérations.


Brisset3


Jean-Pierre Brisset.

La Grande Loi ou La Clef de la Parole. 

Les dents, la bouche
les dents la bouchent
l'aidant la bouche
l'aide en la bouche
laides dans la bouche
lait dans la bouche
les dents - la bouche 

J-P Brisset.

Paroi parée de paresse de paroisse
A charge de revanche et à verge de rechange
Sacre de printemps, crasse de tympan
Daily lady cherche démêlés
avec Daily Mail 

M. Duchamp.  

 DADA2 [web520]


Dada 2 - Recueil littéraire - 1917

Ainsi, à Paris, Dada fut surtout littéraire et les principaux animateurs en furent Ribemont-Dessaigne, Jean Crotti (époux de la soeur de Duchamp), et Serge Charchoune (russe qui publie une revue Dada dans sa langue). Quant à Jacques Vaché, qui se suicida à la drogue à l'âge de 23 ans, il eut une influence considérable sur André Breton. Tristan Tzara et Francis Picabia se trouvent aussi à Paris et leur contribution au mouvement Dada pari­sien sera considérable.
 

Nombreux furent les artistes qui participèrent à la première manifes­tation Dada à Paris: Breton, Aragon, Soupault, Ribemont-Dessaigne, Eluard, Paul Dermée, Birot, Radiguet et Cocteau. On exposa des oeuvres de Juan Gris, Chirico, Ribemont-Dessaigne, Picabia, Léger et Lipchitz. Au cours de la manifestation, Tzara lut un article de journal accompagné de sons de cloches, sonneries et bruits divers. Picabia, quant à lui, dessinait sur une ardoise un dessin qu'il effaçait au fur et à mesure, le tout accompagné de la musique de Satie, Auric, Milhaud, Poulenc et Cliquet. La manifestation se termina, comme il se doit, dans la plus bruyante confusion.

 Bulletin Dada [web520]


Bulletin Dada n°6

Encouragé par ce premier succès, Tzara publie alors son Bulletin Dada où l'on ressent l'influence de la typographie dadaïste et auquel collaborent Picabia, Aragon, Breton, Ribemont-Dessaigne, Eluard, Duchamp et Cravan. 

Le 5 février 1920, au Salon des Indépendants, Ribemont-Dessaigne, Breton, Dermée, Eluard, Aragon et Tzara lisent le manifeste de Picabia à la manière des psaumes. La scène est bombardée par le public. 

Au cours de la troisième manifestation, à l'Université Populaire au Club du Faubourg, les dadaïstes, s'adressant à un public ouvrier, ne poussèrent pas la protestation à son paroxysme.

12/09/2008

Hasard, rire et confusion

Tristan Tzara par Delaunay-1923En même temps que les psychologues, les philosophes et les experts en sciences naturelles, les dadaïstes s'intéressent aux problèmes du hasard qui devient bientôt le signe distinctif et le nouveau stimulant de la création artistique dada. Utilisée d'abord dans la juxtaposition des sons au cours des manifestations dadaïstes, la fécondité du hasard est employée ensuite dans la composition des tableaux et des poèmes. Tristan Tzara nous donne sa recette: 

Pour faire un poème dadaïste 

Prenez un journal
Prenez des ciseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème
Découpez l'article
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment det article et mettez-les dans un sac
Agitez doucement
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac
Copiez consciencieusement
Le poème vous ressemblera
Et vous voici un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire 

Tristan Tzara: Manifeste sur l'Amour faible et l'Amour amer - 1921. 

C'est à ce même Tristan Tzara, un des principaux animateurs du groupe, que l'on doit le premier texte dadaïste "La Première Aventure Céleste de Monsieur Antipyrine" publié en 1916 en même temps que la revue "Cabaret Voltaire" à laquelle collaborèrent Apollinaire, Picasso, Cendrars, Marinetti, Kandinsky et Modigliani.

janco_illustration pour La première aventure céleste de Mr Antipyrine de Tristan Tzara [web520]


Tristan Tzara: La première Aventure céleste de Mr.Antipyrine - Illustrations de Marcel Janco.

Mais les dadaïstes affectionnent aussi une autre technique: celle du rire et de la moquerie. Arp nous raconte la façon dont ils faisaient de la publici­té privée pour dada: 

Allant d'une brasserie à l'autre, nous longions le Limmatquai. En entrouvrant la porte avec précaution, Giacometti (l'oncle du sculpteur) criait d'une voix de stentor: "Vive Dada"..., au grand étonnement de tous ceux qui ignoraient ce qu'était dada. 

Les dadaïstes avaient aussi l'habitude de publier dans les journaux des arti­cles semant la confusion (tel celui annonçant un duel entre Tzara et Arp) ou encore de lire des poèmes faussement attribués à des écrivains réputés. Ils voulaient ainsi agiter, importuner et brusquer à l'extrême le public et marquer leur manque total de respect pour l'âge, la célébrité et la renommée.

Photo: Tristan Tzara par Delaunay (1923)

09/09/2008

Revue et manifestation

Tous ces artistes réunirent alors leurs efforts pour organiser des soi­rées poétiques où on lisait des poètes d'avant-garde tels que Apollinaire, Alfred Jarry, André Salmon et Max Jacob. Bientôt, on se consacra à la produc­tion, la présentation et la publication de poèmes, d'histoires et de chansons.

 

revue dada n°3 décembre 1918Le 15 février 1916, Tzara fonde la revue Dada dont il devient le rédacteur en chef et à laquelle collaborent tous ses amis dadaïstes. Cette revue subit l'in­fluence de la typographie libre employée par les adeptes du mouvement Futuriste: les lettres, de grandeur, de forme et d'épaisseur différentes suggèrent l'écriture musicale.

 

Mais les manifestations prennent de plus en plus d'ampleur: on y chante en français et en allemand, on y récite des poèmes, le tout accompagné de cris, de sanglots, de sifflements, de sonneries, de bruits les plus divers.

 

C'est le 14 juillet 1916 qu'a lieu la première grande manifestation Dada au Zunfthaus zur Waag à Zurich. Georges Hugnet nous décrit cette manifestation:

 

Sur la scène, on tapait sur des clés, des boîtes, pour faire de la musique, jusqu'à ce que le public protestât... Une voix, sous un immense chapiteau en forme de pain de sucre disait des poèmes de Arp. Huelsenbeck hurlait des poèmes de plus en plus fort pendant que Tzara frappait en suivant le même rythme sur une grosse caisse. Huelsenbeck et Tzara dansaient avec des glousse­ments de jeunes ours, ou, dans un sac avec un tuyau sur la tête, se dandinaient en un exercice appelle "noir cacadou".

 

En agissant ainsi, les dadaïstes ne veulent pas créer une nouvelle esthétique, mais tentent à libérer l'esprit et l'instinct. Ils veulent donner la parole au non-conformisme, à la nouveauté et à la révolte sous toutes ses formes. Ainsi, ils ne préconisent pas seulement un changement dans l'art, mais un chan­gement radical du mode de vie.

 

C'est au cours de cette manifestation qu'on réalisa pour la première fois, et d'une manière systématique, un "poème simultané", lu par plus de vingt personnes sur un rythme différent, le tout accompagné de cris et de bruits multiples.

Photo: Revue Dada n°3, décembre 1916

04/09/2008

L'origine de Dada

Quant à l'origine du nom Dada qui parut pour la première fois dans la revue Cabaret Voltaire (publiée par Hugo Ball) le 15 juin 1916, chaque dada­ïste en donne une version différente. Hugo Ball écrit dans son journal: 

Tzara nous tarabuste au sujet de la publication d'un périodique. Ma proposition de le nommer Dada est acceptée. 

Dans ce même journal, il écrit encore: 

Dada signifie oui oui en roumain, un "cheval-dada" en français. Pour les allemands c'est une association d'idées entre le plaisir de procréation et un landau d'enfant. 

8eme soiree dada zurich 02 programme [web520]
En 1921, Hans Arp affirme que
 

Tzara a inventé le mot Dada le 6 février 1916 à 6 heures du soir. J'étais présent avec mes douze enfants, lorsque Tzara a prononcé le mot pour la première fois... Cela se passait au café de la Terras­se, à Zurich, et je portais une brioche dans la main gauche...  

Huelsenbeck déclare que 

le mot Dada a été découvert par hasard dans un dic­tionnaire allemand-français par Ball et moi-même alors que nous cherchions un nom de théâtre pour Mme Le Roy, une chanteuse de notre cabaret. Dada se trouve aussi dans le mot français "cheval à dada. 

Quant à Tristan Tzara, il proclama le 18 avril 1916: 

Un mot est né... je ne sais comment.

Anthologie Dada [web520]

03/09/2008

Témoignages

Ecoutons quelques témoignages:  

Lorsque je fondis le Cabaret Voltaire, j'étais convaincu qu'il y aurait en Suisse quelques jeunes hommes qui voudraient comme moi, non seulement jouir de leur indépendance, mais aussi -la prouver. 

Je me rendis chez Mr Ephraïm, le propriétaire de la "Meierei" et lui dis: "Je vous prie, Mr Ephraïm, de me donner la salle. Je voudrais fonder un Cabaret artistique." Nous nous entendîmes et Mr Ephraïm me donna la salle. J'allais chez quelques connaissances. "Donnez-moi, je vous prie un tableau, un dessin, une gravure. J'aimerais associer une petite exposition à mon cabaret." A la presse accueillante de Zurich, je dis: "Aidez-moi. Je veux faire un cabaret international: nous ferons de belles choses." On me donna des tableaux, on publia des entrefilets. Alors nous eûmes le 5 février un cabaret. Mme Hennings et Mme Leconte chantèrent en français et en danois. Mr Tristan Tzara lut de ses poésies roumaines. Un orchestre de balalaïka joua des chansons populaires et des danses russes. 

Je trouvai beaucoup d'appui et de sympathie chez Mr Slodki qui grava l'affiche du Cabaret et chez Mr Arp qui mit à ma disposition des œuvres originales, quelques eaux-fortes de Picasso, des tableaux de ses amis O. van Rees et Artur Segall. Beaucoup d'appui encore chez Mrs Tristan Tzara, Marcel Janko et Max Oppenheimer qui parurent maintes fois sur la scène. Nous organisâmes une soirée russe, puis une française (on y lut des œuvres d'Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Jarry, Laforgue et Rimbaud. Le 26 février arriva Richard Huelsenbeck de Berlin et le 30 mars nous jouâmes deux admirables chants nègres (toujours avec la grosse caisse: bonn bonn bonn bonn drabatja mo gere, drabatja mo bonnooooooooooooooo). 

Mon­sieur Laban y assistait et fût émerveillé. Et sur l'initiative de Mr Tristan Tzara: Mrs Huelsenbeck, Janko et Tzara interprétèrent (pour la première fois à Zurich et dans le monde entier) les vers simultanés de Mrs Henri Barzun et Fernand Divoire, et un poème simultané composé par eux-mêmes qui est, imprimé sur les pages 6-7 du présent cahier. Aujourd'hui et avec l'aide de nos amis de France, d'Italie et de Russie nous publions ce petit cahier. Il doit préciser l'activité de ce Cabaret dont le but est de rappeler qu'il y a, au delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d'autres idéals.

L'intention des artistes assemblés ici  est de publier une revue internationale. La revue paraîtra à Zurich et portera le nom "DADA" Dada

Dada Dada Dada. 
ZURICH, 15 Mai 1916.  

Hugo Ball : Cabaret Voltaire - Première publication du Dadaïsme.  

416px-Hans_ArpDégoûtés par la boucherie qu'était la grande Guerre de 1914, nous nous sommes consacrés, à Zurich, aux Beaux-Arts. Tandis qu'au loin le canon tonnait, nous nous dépensions à chanter, peindre, coller et faire des vers. Nous étions à la recherche d'un art élémentaire qui guérirait les hommes de la folie de l'époque, et d'un ordre nouveau qui rétablirait l'équilibre entre le ciel et l'enfer. Nous pressentions qu'un jour pourraient surgir des bandits qui, obsédés par les démons de la puissance, asserviraient même l'art pour abêtir les hommes. 

Hans Arp.  

Pour comprendre comment est né Dada, il faut s'imaginer ce que, d'une part, était l'état d'esprit d'un groupe de jeunes gens dans cette espèce de prison que représentait la Suisse fendant la première guerre mondiale et, d'autre part, le niveau intellectuel de l'art et de la littérature à cette époque. Certes, la guerre devait se terminer et depuis, nous en avons vu d'autres. Tout cela est tombé dans ce demi oubli que l'habitude appelle l'histoire. Mais, vers 1916-17, la guerre semblait s'installer à demeure, on n'en voyait pas la fin. D'autant plus que, de loin, elle prenait pour moi et mes amis des proportions faussées par une perspective qui se voulait très large. De là le dégoût et la révolte. Nous étions résolument contre la guerre; sans pour cela tomber dans les faciles pièges du pacifisme utopique. Nous savions qu'on ne pouvait supprimer la guerre qu'est en extirpant les raci­nes. L'impatience de vivre était grande, le dégoût s'appliquait à toutes les formes de la civilisation dite moderne, à son fondement même, à la logique, au langage, et la révolte prenait les formes où le grotesque et l'absurde l'emportaient de loin sur les valeurs esthétiques. il ne faut pas oublier qu'en littérature une sentimentalité envahissante masquait ce qui était humain et que le mauvais goût à prétention élevée s'étalait dans tous les domaines de l'art, caractérisant la force de la bourgeoisie en ce qu'elle avait de plus odieux...  

Déclaration de Tzara dans une interview de Ribemont-Dessaignes en 1950.  

Tristan Tzara NB 01Dada naquit d'une exigence morale, d'une volonté implacable d'atteindre un absolu moral, du sentiment profond que l'homme, au centre de toutes les créations de l'esprit, affirmait sa prééminence sur les notions appauvries de la substance humaine, sur les choses mortes et les biens mal acquis. Dada naquit d'une révolte qui était commune à toutes les adolescences, qui exi­geait une adhésion complète de l'individu aux nécessités profondes de sa nature, sans égards pour l'histoire, la logique ou la morale ambiante. Honneur, Patrie, Morale, Famille, Art, Religion, Liberté, Fraternité, que sais-je, autant de notions répondant à des nécessités humaines, dont il ne subsistait que de ;  squelettiques conventions, car elles étaient vidées de leur contenu initial. La phrase de Descartes: "Je ne veux même pas savoir qu'il y a eu des hommes avant moi", nous l'avions mise en exergue à l'une de nos publications. Elle signifiait que nous voulions regarder avec des yeux nouveaux, que nous vou­lions reconsidérer à même leur base, et en éprouver la justesse, les notions imposées par nos aînés. 

Tzara: Surréalisme et après-guerre.

Photos: Hans Arp (en haut) et Tristan Tzara (en bas)

02/09/2008

Le Cabaret Voltaire

La première guerre mondiale brisa physiquement tous les groupes artis­tiques qui s'étaient formés dans la plupart des grandes villes européennes. De nombreux artistes, fuyant les horreurs de la guerre, se réfugièrent en Suis­se, territoire neutre, et plus particulièrement à Zurich où ils avaient l'ha­bitude de se réunir dans les cabarets.  

C'est dans cette ville que, le 1er février 1916, Hugo Ball, réfugié alle­mand, créa le Cabaret Voltaire, situé très exactement rue du Miroir dans le Spiegelgasse, pas très loin d'un autre café où des réfugiés jouaient aux échecs avec un certain Lénine qui habitait à côté.  

hugo ball

Le lendemain, les journaux publient un communiqué
 

Cabaret Voltaire: sous ce nom s'est établie une jeune compagnie d'artistes et d'écrivains qui a pour but de créer un centre de divertissements artis­tiques. Le principe du cabaret prévoit des réunions quotidiennes avec des programmes musicaux et poétiques exécutés par les artistes présents parmi le public. Tous les jeunes artistes de Zurich, de toutes les tendances, sont invités par la présente à venir apporter leur concours et leurs suggestions. 

Les artistes qui répondirent à cette invitation ne se doutaient certaine­ment pas que leur geste allait venir bouleverser les conceptions artistiques de leur époque. C'étaient l'allemand Richard Huelsenbeck, l'alsacien Hans Arp, et les roumains Tristan Tzara et Marcel Janco, accompagné de son frère Georges Janco. Le 5 février, ils se réunissent pour la première fois et tentent de définir leur position et leurs principes. 

cabaret
Ils veulent en premier lieu protester contre la guerre destructrice et réa­gir contre la non-belligérance confortable et lucrative. Ils proclament la vanité et la faillite de la raison, de la logique et de la science qui n'ont pu empêcher une guerre née d'une civilisation où la culture n'est que faux-semblant. Ils s'attaquent à toutes les conceptions artistiques et veulent vaincre la bêtise générale et rebâtir un monde en partant de zéro. Dans cette lutte pour leur idéal, la protestation, la révolte et l'accusation seront leurs armes: grâce à elles et à leur esprit de mystification et de violence anarchique, ils pourront renverser un ordre social et moral qui semblait avoir fait faillite.
 

Au point de vue esthétique, leur dessein est de détruire toutes les formes d'art par un appel systématique à l'arbitraire, à la fécondité du hasard, à l'absurdité et à l'irrationnel.

Photos: Hugo Ball (en haut) - Le Cabaret Voltaire (en bas)