25/02/2009

Benjamin Péret - 6 février

Vive le 6 février
grogne le jus de chique
vêtu en étron fleurdelysé 

Que c'était beau
Les autobus flambaient comme les hérétiques d'autrefois
et les yeux des chevaux
arrachés par nos cannes-gillettes
frappaient les flics si répugnants et si graisseux
qu'on aurait dit des croix de feu

Vive le 6 février
J'ai failli incendier le ministère de la marine
comme un kiosque à journaux
Dommage que les pissotières ne brûlent pas 

Vive le 6 février
Des conseillers municipaux abrutis par leur écharpe tricolore
pour rallier les poux et les punaises
faisaient couler leur sang sous les matraques
qui leur conviennent moins bien que le poteau d'exécution 

Vive le 6 février
Des curés jaunes verts pourris.
caressaient les fesses des adolescents
en chantant la Marseillaise et des cantiques
en tirant sur leurs frères flics 

Vive le 6 février
et vive le 7
J'ai hurlé pendant deux jours
A mort Cachin à mort Blum
et j'ai volé tout ce que j'ai pu dans les magasins
dont je brisais les vitrines 

J'ai même volé une poupée que j'enverrai à Maurras
pour qu'il essaie de la violer
en criant A bas les voleurs 

Je ne mange pas de ce pain-là - 1936

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Joan Miro

24/02/2009

Benjamin Péret - Chasse à courre

Je m'étonne de l'orthographe de fois
qui ressemble tant à un champignon
roulé dans la farine
Il n'a pas les mains blanches parce qu'il est nègre
Son nez est une boussole
qui se retourne vers le centre
où il fait chaud
C'est le creux de ma main
II crache sur le soleil qui a froid
et veut me voler mon pardessus
qui n'a rien à se mettre sous la dent 

De Derrière les Fagots

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Joan Miro

23/02/2009

Benjamin Péret - Sur la colline

Sur la colline qui n'était inspirée que par les lèvres peintes
les yeux blancs s'ouvrent à la lumière de la fête
et la respiration va mourir de sa belle mort
On dirait qu'une main
se pose sur l'autre versant de la colline
et que les hommes crient
C'était du ciel de Dieu que tombaient les paroles absurdes

Maintenant partons pour la maison des algues
où nous verrons les éléments couverts de leur ombre
s'avancer comme des criminels
pour détruire le passager de demain
8 mon amie ma chère peur 

Immortelle Maladie - 1924

le port 1945 [web520]


Joan Miro - Le port - 1945

22/02/2009

Benjamin Péret

Peret BenjaminBenjamin Péret est né à Rézé (Loire-Atlantique) en 1899. A l'âge de 16 ans, il fait la guerre dans un régiment de cuirassiers, puis est versé dans une section de repérage par le son. 

Démobilisé en 1920, il s'installe à Paris où il fait la connaissance d'André Breton. Il collabore au mouvement Dada et, pour vi­vre, travaille comme correcteur dans une imprimerie. Avec Breton, Aragon et Eluard, il fonde le mouvement surréaliste auquel il ne cessera de se consacrer. 

En 1924 et 1925, il dirige avec Pierre Naville la revue La Révolution Surréaliste. En 1926, il rallie le parti communiste. En 1931, il séjourne au Brésil mais en est expulsé pour activités révolutionnaires. 

En 1936, dès les premiers jours de l'insurrection espagnole, il se rend à Barcelone et combat sur le front d'Aragon. Mobilisé en 1939, il est arrêté en 1940 pour menées subversives et est incarcéré à la prison de Rennes. 

En 1941, il part pour le Mexique. Après la guerre, il revient à Paris et continue de participer au mouvement surréaliste en y jouant un rôle de premier plan. Benjamin Péret meurt à Paris en 1959. 

De tous les poètes surréalistes, Péret fut certainement l'un des plus libres et des plus spontanés. Chez lui, la poésie, l'humour et la révolte coulent de source.

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Joan Miro

19:00 Écrit par Lucky dans 15 Poètes A-Z | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : benjamin peret, joan miro |  Facebook |

21/02/2009

Max Jacob - Passé et présent

Poète et ténor
L'oriflamme au nord
Je chante la mort.

Poète et tambour
Natif de Calliour
Je chante l'amour. 

Poète et marin
Versez-moi du vin
Versez! Versez! Je divulgue
Le secret des algues. 

Poète et chrétien
Le Christ est mon bien
Je ne dis plus rien.

Le Laboratoire central - 1921.

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Hans Bellmer

20/02/2009

Max Jacob - Péché, 2 heures 35

Qui pense ici au péché? un homme abruti justement par le péché, débordant de péché et débordé par lui... Quoi? alors que j'aurai l'audace de m'approcher demain des plus saintes espèces - 0 Dieu dont la main passe sur les cimes des bois, sur l'océan - Je suis le nid même du mal et du péché, sans pouvoir jamais m'en dépêtrer. Sans essayer même de sortir de ce filet infernal, de cette empois  sonnante glu. O péché, que tu pèses lourdement sur l'arc de mes épaules velues. 0 péché, que tu courbes violemment jusqu'à le déformer l'arc bientôt brisé de mes épaules fragiles. Sur cet arc où jadis passait la main de Dieu, le poids, le poids tranchant du péché - le péché! - fait d'abord jaillir du sang noir. Prêtre, tu pardonnes trop vite! Tu émousses trop tôt la blessure sanglante du pé­ché - o Dieu, dont la main passe sur la cime des bois, sur l'océan, il pardonne trop vite! il émousse trop tôt la blessure sanglante du péché! Celui qui pense ici au péché est un homme abruti par le péché, débordé par lui.

Méditiations.

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Hans Bellmer

19/02/2009

Max Jacob - Poème

Quand le bateau fut arrivé aux îles de l'Océan Indien, on s'aperçut qu'on n'avait pas de cartes. Il fallut descendre. Ce fut alors qu'on connut qui était à bord: il y avait cet homme sanguinaire qui donne du tabac à sa femme et le lui reprend. Les îles étaient semées partout. En haut de la falaise, on aperçut à de petits nègres avec des chapeaux melon: "Ils auront peut-être des cartes." Nous prîmes le chemin de la falaise: c'était une échelle de corde; le long de l'échelle, il y avait peut-être des cartes! des cartes même japonaises! Nous montions toujours. Enfin, quand il n'y eut plus d'échelons (des cancres en ivoire quelque part), il fallut monter avec les poignets. Mon frère l'Africain s'en acquitta très bien, quant à moi, je découvris des échelons où il n'y en avait pas. Arrivés en haut, nous sommes sur un mur; mon frère saute. Moi, je suis à la fenêtre! Jamais je ne pourrai me décider à sauter: c'est un mur de planches rouges. "Fais le tour", me crie mon frère l'Africain. Il n'y a plus ni étages, ni passagers, ni bateau, ni petit nègre: il y a le tour qu'il faut faire. Quel tour! c'est décourageant. 

Le Cornet à dés - 1917.

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Hans Bellmer