04/02/2009

Robert Desnos - Les grands jours du poète

Les disciples de la lumière n'ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques.
La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche.
La veuve en habits de noce se trompe de convoi;
nous arrivons tous en retard à notre tombeau.
Un navire de chair s'enlise sur une petite plage. Le timonier invite les passagers à se taire.
Les flots attendent impatiemment plus près de Toi ô mon dieu.
Le timonier invite les flots à parler. Ils parlent.
La nuit cacheté ses bouteilles avec des étoiles et fait fortune dans l'exportation.
De grands comptoirs se construisent pour vendre des rossignols. Mais ils ne peuvent satisfaire aux désirs de la reine de Sibérie qui veut un rossignol blanc.
Un commodore anglais jure qu'on ne le prendra plus à cueillir la sauge la nuit entre les pieds des statues de sel.
A ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses jambes fines. Elle verse dans mon assiette ce qu'il me reste à vivre.
De quoi saler l'océan Pacifique.
Vous mettrez sur ma tombe une bouée de sauvetage.
Parce qu'on ne sait jamais.

C'est les bottes de 7 lieues cette phrase, je ma vois. - 1927

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Giorgio de Chirico

03/02/2009

Robert Desnos - Porte du second infini

A Antonin Artaud. 

L'encrier périscope me guette au tournant
mon porte-plume rentre dans sa coquille.
La feuille de papier déploie ses grandes ailes blanches:
Avant peu ses deux serres m'arracheront les yeux.
Je n'y verrai que du feu mon corps
feu mon corps
Vous eûtes l'occasion de le voir en grand appareil le jour de tous les ridicules.
Les femmes mirent leurs bijoux dans leur bouche comme Démosthène.
Mais je suis inventeur d'un téléphone de verre de Bohême et de tabac anglais
en relation directe avec la peur! 

C'est les bottes de 7 lieues cette phrase, je me vois - 1926

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Giorgio de Chirico

02/02/2009

Robert Desnos - Ideal maîtresse

Je m'étais attardé ce matin-là à brasser les dents d'un joli animal que, patiemment, j'apprivoise. C'est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l'ordinaire, quelques cigarettes puis je partis.

Dans l'escalier je la rencontrai. "Je mauv" me dit-elle et tandis que moi--même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi.

Or il serrure et, maîtresse! Tu pichpin qu'a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux.

L'escalier, toujours l'escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche.

Remontons! mais en vain, les souvenirs se sardine! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez! En voici le verdict: "La danseuse sera fusillée à l'aube en tenue de danse avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats!"

Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout l'heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité. 

Langage cuit - 1932

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Giorgio de Chirico

01/02/2009

Robert Desnos

Desnos RobertNé à Paris en 1900, Desnos participe au mouvement dada et au groupe Aventure

En 1922, après avoir fait la connaissance de Benjamin Péret, il passe au mouvement surréaliste et se distingue d'amblée par les dons remarquables dont il fait preuve au cours des expériences sur le sommeil hypnotique: endormi, Robert Desnos parle, dessine et écrit avec une prodigieuse aisance. Il assure même pouvoir entrer en relation télépathique avec Marcel Duchamp qui se trouve à New York et réalise à cette époque des jeux de mots étrangement similaires à ceux de l'inventeur des ready-made. 

Il participe aux revues Littérature et La Révolution Surréaliste dans lesquelles il publie des récits de rêves. Exclu du groupe surréaliste après la publication du Second Manifeste, il se consacre, dès 1929, au journalisme. Au point de vue poétique, il revient peu à peu à une forme classique rejetée par les surréalistes et emploie à nouveau la rime. 

Arrêté par les Nazis à son domicile parisien, Desnos est déporté à Buchenwald, vers la fin de l'occupation. Transféré à Ténézine (Tchécoslovaquie), il meurt du typhus le 8 juin 1945.

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31/01/2009

René Crevel - Tu as le remord

Tu as le remords d'avoir tué ton père sans avoir même acquis cent années de souvenirs.
Toujours les neurasthénies comme des fleurs en mie de pain.
Si tu essayais du tric-trac.
Sautent les dés.
Homme ou femme?
Chien ou chat?
Mais il y aura le chien qui sera tout de même un chat,
encore la vieille chanson des départs qui restent
et puis ce fauteuil de bois.
Les poitrines n'ont plus qu'un sein tout en haut des corps sans sexes;
Ton enfance fut aux curés en jupes de femmes;
dans la crypte du Sacré-Coeur tu n'as pas su faire l'amour.
Un oiseau dans ton cerveau.
Cet oiseau sans voix,
cet oiseau qui n'a pas volé,
cet oiseau qui n'a pas chanté,
apte au seul frisson de l'inutilité.
Comme des frères il aimait,
les bateaux petits;
bateaux colibris,
leur essaim posé
n'a rien enseigné.
Rouille, sang de carcasses
figé dans la mort,
et puis toujours et puis encor
alentour une eau si lasse
avec le plomb des ménagères
trop souvent mères.
Tu as froid mais ne sait ni mourir ni pleurer.
Triste entre les quais méchants
que tout homme ici-bas méprise,
tu vas, fleuve des villes grises
et sans espoir d'océan

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Giorgio de Chirico

30/01/2009

René Crevel

Crevel RenéRené Crevel est né à Paris en 1900. A 22 ans, il adhère au surréalisme et participe alors à l'époque dite des sommeils en tant qu'initiateur aux expériences sur le sommeil hypnotique. René Crevel c'est toujours montré un brillant sujet pour l'hypnotisme: pendant son sommeil, il pouvait parler, dessiner et même écrire des poèmes. 

René Crevel a participé à toutes les publica­tions et manifestation du mouvement surréaliste et, malgré certains problèmes personnels, il ne s'est jamais détourné des objectifs révolutionnaires du surréalisme. Les principaux recueils qu'il composa sont Mon Corps et Moi et La Mort Difficile

Le 3 juin 1935, la veille du Congrès des Ecrivains pour la Défense de la Culture (auquel les surréalistes s'opposèrent), Crevel s'asphyxie au gaz. Epingle au revers de son veston, une étiquette partant ce seul mots "Dégoûté".

19:00 Écrit par Lucky dans 15 Poètes A-Z | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rene crevel |  Facebook |

29/01/2009

Jean Cocteau - Le septième ange

Le septième ange qui sonnait de la trompette
Lança ses foudres d'or sur le char d'Apollon.
Le Dieu (dont le sourcil ressemble à la houlette)
Excitait son quadrige en frappant du talon.

Mais les chevaux cabrés et ligotés de veines
L'un l'autre s'insultaient et se mordaient le col
Et les rois se jetaient sur les bûchers des reines,
Et le char du soleil se fracassait au sol. 

Il y eut là quelques minutes étonnantes
Ou les îles sombraient, où tonnaient les volcans,
Où l'ange assassinait les bêtes et les plantes,
Les soldats des Césars endormis dans les camps... 

Voilà comment en nous peut se rompre une artère,
Voilà comment en nous un cycle s'interrompt.
La trompette a sonné, l'ange n'a qu'à se taire.
Ce que l'ange a défait, d'autres le referont.

Le Chiffre Sept - 1952.

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René Magritte