16/09/2008

Marcel Duchamp

C'est au cours de cet Armory Show que les trois frères Duchamp présentèrent leurs oeuvres au public américain, mais c'est surtout Marcel Duchamp qui se fit remarquer en exposant "Nu descendant un escalier", "Portrait de joueurs d'échec" et "Le roi et la reine entourés de nus vite". La première de ces toiles suscita un véritable scandale: Marcel Duchamp, sous l'influence du mouvement futuriste de la même époque, y représentait un nu dans cinq positions différentes se superposant. Il devait déclarer à propos de ce premier succès:

Je ne me rendais pas compte moi-même de l'importance que ce succès pouvait avoir dans ma vie. 

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Portrait de Marcel Duchamp.

Dans un entre­tien avec Pierre Cabanne, il ajoute: 

Ce qui a contribué à l'intérêt provoqué par cette toile, c'est le titre. On ne fait pas une femme nue qui descend un escalier, c'est ridicule. Cela ne vous semble plus ridicule maintenant parce qu'on en a beaucoup parlé, mais quand c'était nouveau, surtout vis à vis du nu, ça paraissait scan­daleux, un nu doit être respecté... Sur le plan religieux, puritain, il y a eu aussi une offensive. Tout cela a contribué au retentissement du tableau. Et puis il y a eu les peintres de l'autre bord qui s'y sont opposés carrément. Cela a déclenché une bataille. J'en ai profité, voilà tout. 

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Marcel Duchamp - Nu descendant un escalier.

Poussé par ce succès, Marcel Duchamp quitte Paris en 1915 et se rend à New-York. Dans ses bagages, il transporte un ballon de verre qui, provenant de Paris, contient évidemment de l'air de Paris, comme cadeau pour san ami Arensberg qui deviendra par la suite son collectionneur exclusif. 
 

A New York, Duchamp se fait de nombreux amis parmi lesquels le musicien Egard Varèse, Henri-Pierre Roché (auteur de Jules et Jim), Man Ray, Picabia, Arthur Cravan, Stieglitz et le peintre américain Arthur Dove. 

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Marcel Duchamp: Porte-bouteille.

En 1915, il présente au public américain ses "ready-made": roue de bicyclette montée sur un tabouret, un porte-bouteilles, et, finalement, un urinoir qu'il s'est contenté de signer. Duchamp nous explique lui-même comment il découvrit ses "ready-made":
 

Déjà en 1913, j'avais eu l'heureuse idée de monter la roue d'une bicyclette sur un tabouret de cuisine et d'observer sa manière de tourner. Quelques mois plus tard, j'ai acheté une reproduction bon marché d'un paysage d'hiver que j'ai appelle "Pharmacy", après y avoir ajouté deux petites touches à l'horizon une rouge et une jaune. A New York en 1915, j'ai acheté dans une quincaillerie une pelle à neige, sur laquelle j'ai inscrit "In advance of a broken arm" (En prévision d'un bras cassé). C'est à peu près à cette époque que le mot "ready-made" m'est venu à l'esprit pour désigner ce genre de manifestation. Un certain état de chose que je tiens à élucider est que le choix de ces "ready-made" n'était jamais dicté par une délectation esthétique. Ce choix était toujours basé sur une réaction d'indifférence visuelle, en même temps q'une absence totale de bon ou mauvais goût... en fin de compte une anesthésie complète. 

Une des caractéristiques importantes réside dans la brièveté des phrases dont je ne servais occasionnellement pour titrer mes "ready-made". De telles phrases sont destinées à conduire les pensées des spectateurs vers d'autres domaines verbaux (littéraires). Quelquefois, j'ajoutais un détail graphique destiné à satisfaire mon goût de l'allitération - alors je l'appelais "ready-made aided" (ready-made aidé ou fabriqué). Une autre fois, afin de mettre en évidence l'in­compatibilité fondamentale et la contradiction de l'art et du "ready-made", j'ai inventé un "reciprocal ready-made": un Rembrandt utilisé comme planche à repasser. 

Je réalisais très vite le danger d'une répétition arbitraire de cette forme d'expression et décidais, en conséquence, de limiter la production de "ready-made" à un petit nombre par an. Je me rendais compte à l'époque que l'art est pour les spectateurs plus que pour l'artiste lui-même un moyen de provoquer une obsession comparable à l'opium, et je voulais protéger mes "ready-made" de telles impuretés. 

Un autre aspect des "ready-made" est leur marque d'unicité... La reproduction d'un "ready-made" transmet le même message... en fait, presque aucun des "ready-made" qui existent aujourd'hui n'est un original dans le sens conventionnel du mot. Encore, pour terminer, une remarque concernant ce cercle vicieux puisque tous les tubes de couleurs que l'artiste utilise sont des produits indus­triels et "ready-made", nous devons conclure que tous les tableaux dans le monde sont des "ready-made". 

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La Joconde L.H.O.O.Q.

En 1919, Marcel Duchamp pare une reproduction de la Joconde d'une paire de moustaches et l'intitule "La Joconde L.H.O.O.Q." Il dessine aussi un chèque entièrement à la main et intitule une fenêtre fermée "La Bataille d'Austerlitz". Quant à "Why not sneeze Rose Sélavy?" (Pourquoi ne pas éternuer Rose Sélavy?), c'est une cage remplie de morceaux de marbre découpés en forme de carrés de sucre. "Rose Sélavy" a été souvent employée par Duchamp pour ses démonstrations poétiques telles que "Rose Sélavy et moi esquivons les ecchymoses des Esqui­maux aux mots exquis".
 

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Marcel Duchamp: Grand Verre.

Avec la collaboration de son ami Man Ray, Duchamp crée deux revues: The Blind Man et Rongwrong. Cette dernière, particulièrement destinée aux aveugles, avait une couverture qui représentait deux chiens se saluant à la manière des chiens. En 1918, il termine dans son atelier à l'Upper Broadway à New York, son oeuvre maîtresse: c'est une peinture sur verre de grand format intitulée "Grand Verre" ou encore "La Mariée mise à nu par ses célibataires même". Chaque détail de cette oeuvre a été calculé minutieusement dans de nombreux dessins préparatoires. Pendant un an et demi, Marcel Duchamp y laissa la poussière s'y dépo­ser pour obtenir une certaine qualité picturale. Puis, après que Man Ray l'ait photographié, il nettoyé son "Grand Verre" à l'exception de certains endroits où il fixe la poussière donnant ainsi une légère coloration jaunâtre. Le verre terminé fut transporté à une exposition à Brooklyn. Pendant le transport, le verre se cassa de sorte que de fines fissures se sont formées, telles une toile d'araignée dont les lignes traversaient les figurations. Marcel Duchamp a re­connu ce hasard de la cassure et c'est avec ces nouvelles lignes dans le verre comme dernier raffinement que l'oeuvre a été déclarée terminée en 1925.
 

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Marcel Duchamp: Urinoir.

Depuis lors, Duchamp abandonne peu à peu le domaine artistique pour se consacrer uni­quement aux échecs. Cependant, on lui doit encore quelques oeuvres telles que "Moulin à Café", "Broyeuse de Chocolat". "La Fiancée" est composée de segments de cercles isolés qui tournent et appellent ainsi des effets optiques de cercles et de spirales à 5 dimensions.
 

Il créa aussi un certain nombre de vitres qui, mises en mouvement, posaient des problèmes d'effets optiques apparents et "psysiologicovisuels". Ces dernières expériences eurent une considé­rable influence sur le groupe N de Padoue, le groupe T de Milan et le Groupe de Recherche Visuelle de France ainsi qu'en Espagne et en Allemagne. 

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Marcel Duchamp: Why not snooze Rose Selavy - 1919.
 

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Marcel Duchamp.