17/12/2008

Louis Aragon - Pour demain

Vous que le printemps opéra
Miracles ponctuez ma stance
Mon esprit épris du départ
Dans un rayon soudain se perd
Perpétué par la cadence

La Seine au soleil d'Avril danse
Comme Cécile au premier bal
Ou plutôt roule des pépites
Vers les ponts de pierre ou les cribles
Charme sûr La ville est le val

Les quais gais comme un carnaval
Vont au devant de la lumière
Elle visite les palais
Surgis selon ses jeux ou lois
Moi je l'honore à ma manière

La seule école buissonnière
Et mon Silène m'enseigna
Cette ivresse couleur de lèvres
Et les roses du jour aux vitres
Comme des filles d'Opéra.

la résistance [web520]


Arthur Masson - La Résistance

16/12/2008

Louis Aragon - Mimosas

A la démoralisation. 

Le gouvernement venait de s'abattre
Dans un buisson d'aubépines
Une grève générale se découvrait à perte de vue
Sous l'influence combinée de la lune et de la céphalalgie
Des assassins s'enfuyaient dans la perspective des courants d'air
La victime pendait à la grille comme un bifteck
Une chaleur à claquer
Aussi faut voir si les casernes en entendaient de drôles
L'alcool coulait à flots par les tabatières des toits
Le métropolitain sortit de terre afin de respirer
Quand tout à coup il apparut
Au détour de la rue
Un petit âne qui traînait une voiture
Décorée pour la bataille des fleurs
Premier prix pour toute la ville
Et les villes voisines.

La Labyrinthe 1938 [web520]


Arthur Masson - Le Labyrinthe

15/12/2008

Louis Aragon - Imité de Camoens

Que cherchez-vous de moi perpétuels orages
De quels combats encore allez-vous me berner
Lorsque le temps s'enfuit pour ne plus retourner
Et s'il s'en retournait n'en reviendrait plus l'âge

Les ans accumulés vous disent bon voyage
Eux qui légèrement nous passent sous le nez
A des désirs égaux inégalement nés
Quand le vouloir changeant n'en connaît plus l'usage

Ce que je chérissais jadis a tant changé
Qu'on dirait autre aimer et comme autre douloir
Mon goût d'alors perdu maudit le goût que j'ai
Ah quel espoir trompé d'une inutile gloire
Me laisserait le sort ni ce temps mensonger
Qui guette mon regret comme un château de Loire


Les Plaintes
(paru dans Profil littéraire de la France n° 9 - avril 1942)

AM_Gradiva 1939 [web520]


Arthur Masson - Gravida.