13/01/2009

André Breton - Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots

Rares sont ceux qui ont éprouvé le besoin d'une aide semblable en plein jour, - ce plein jour où le commun des mortels a l'aimable prétention de voir clair. Ils s'appellent Gérard, Xavier, Arthur... ceux qui ont su qu'au regard de ce qui serait à atteindre les chemins tracés, si fiers de leurs poteaux indicateurs et ne laissant rien à désirer sous le rapport du bien tangible appui du pied, ne mènent strictement nulle part. Je dis que les autres, qui se flattent d'avoir les yeux grands ouverts, sont à leur insu perdus dans un bois. A l'éveil, le tout serait de refuser à la fallacieuse clarté le sacri­fice de cette lueur de labradorite qui nous dérobe trop vite et si vaine­ment les prémonitions et les incitations du rêve de la nuit quand elle est tout ce que nous avons en propre pour nous diriger sans coup férir dans le dédale de la rue.

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Francis Picabia - Rastadada

12/01/2009

André Breton - Usine

La grande légende des voies ferrées et des réservoirs, la fatigue des bêtes de trait trouvent bien le coeur de certains hommes. En voici qui ont fait connaissance avec les courroies de transmission: c'est fini pour eux de la régularité de respirer. Les accidents du travail, nul ne me contredira, sont plus beaux que les mariages de raison. Cependant il arrive que la fille du patron traverse la cour. Il est plus facile de se débarrasser d'une tache de graisse que d'une feuille morte: au moins la main ne tremble pas. A égale distance des ateliers de fa­brication et de décor le prisme de surveillance joue malignement avec l'étoile d'embauche.

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Francis Picabia

11/01/2009

André Breton - Un château à la place de la tête

c'est aussi le Bazar de la Charité
Jeux très amusants pour tous âges;
Jeux poétiques, etc.
Je tiens Paris comme - pour vous dévoiler l'avenir - votre main ouverte
la taille bien prise.

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Francis Picabia

10/01/2009

André Breton - Le Corset Mystère

Mes belles lectrices,
à force d'en voir de toutes les couleurs
Cartes splendides, à effets de lumière, Venise

Autrefois les meubles de ma chambre étaient fixés solidement aux murs et je me faisais attacher pour écrire: 

J'ai le pied marin

nous adhérons à une sorte de Touring Club sentimental

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Francis Picabia - Oeil cacodylate

09/01/2009

André Breton - Forêt Noire

Out
Tendre capsule      etc     melon
Madame de Saint-Gobain prouve le temps long seule
Une côtelette se fane
Relief du sort
Où      sans volets                               ce pignon blanc
Cascades
Les schlitteurs sont favorisés

çà souffle
Que salubre est le vent       le vent des crémeries
 
L'auteur de l'Auberge de l'Ange Gardien
L'an dernier est tout de même mort
A propos 

De Tubinge à ma rencontre
Se portent les jeunes Kepler Hegel
Et le bon camarade

Rimbaud parle.

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Francis Picabia - Jeune fille américaine.

08/01/2009

André Breton - Privé

Coiffé d'une cape beige, il caracole sur l'affiche de satin où deux plumes de paradis lui tiennent lieu d'éperons. Elle, de ses jointures spéciales en haut des airs part la chanson des espèces rayonnantes. Ce qui reste du moteur sanglant est envahi par l'aubépine: à cette heure les premiers scaphandriers tombent du ciel. La température s'est brusquement adoucie et chaque matin la légèreté se­coue sur nos toits ses cheveux d'ange. Contre les maléfices à quoi bon ce petit chien bleuâtre au corps pris dans un solénoïde de verre noir? Et pour une fois ne se peut-il que l'expression "pour la vie" déclenche une des aurores boréales dont sera fait le tapis de table du Jugement Dernier?

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Francis Picabia - Ici, c'est ici Stieglitz

07/01/2009

André Breton - Premiers transparents

Comment veux-tu voici que les plombs sautent encore une fois
Voici la seiche qui s'accoude d'un air de défit à la fenêtre
Et voici ne sachant où déplier son étincelante grille d'égout
Le clown de l'éclipse tout en blanc
Les yeux dans les poches
Les femmes sentent la noix muscade
Et les principaux pastillés fêtent leur frère le vent
Qui a revêtu sa robe à tourniquet des grands jours
Mandarin à boutons de boussoles folles
Messieurs les morceaux de papiers se saluent de haut en bas des maisons.

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Francis Picabia