05/12/2008

Man Ray

auto portraitMan Ray est né à Philadelphie en I890. A 17 ans, il arrive à New York, déjà passionné de dessin, mais la sagesse paternelle l'oriente vers l'architecture. Il fait également des études de mécaniques et exécute des dessins industriels et publicitaires.

Dès 1907, il se consacre à la peinture. En 1911, il exécute une tapisserie à l'aide d'échantillons de tissus puis, en 1912, il peint une série de nébuleuses comme Rêve. Sa première exposition a lieu dans un groupe anarchiste, le Ferrer Center, en 1915. La même année, il est violemment impressionné par l'Armory Show et s'oriente dès lors vers un style plus abstrait. En 1917, il rencontre Picabia et Duchamp et, en leur collaboration, lance le mouvement Dada de New York.

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Man Ray - Electricité - 1931
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Man Ray - Kiki de Montparnasse allongée
Man Ray The Gift 1919 [web520] [web520]
Man Ray - Le Cadeau - 1919
Influencé par Duchamp, Man Ray compose alors des tableaux-objet où il incorpore des boutons de sonnette, des ampoules électriques et des réflecteurs. Il compose également des ready-made dont Cadeau (un fer à repasser hérissé de clous) est resté le plus connu.

Après avoir fondé la Société Anonyme (groupe réunissant des peintures contemporaines) et inventé la peinture à l'aérographe, il se rend à Paris en 1920 où il rencontre les surréalistes Tzara, Aragon, Soupault, Péret, Eluard et Breton. Pour vivre, il fait alors une série de photographies de personnages célèbres, ce qu'il l'aide à se rendre célèbre. Il participe également aux mouvements De Stijl et Der Sturm et réalise le premier film dadaïste.man_ray_pain_peint [web520]


Man Ray - Pain peint.
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Man Ray - Marquise Cassati - 1922
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Man Ray - Le Cou (portrait le Lee Miller)
En 1922, il invente les rayographes en plaçant sur du papier sensible des objets les plus divers et en exposant le tout à la lumière. Sa première exposition parisienne eut lieu à la galerie Six, grâce à la collaboration de ses amis dadaïstes. Retourné en Amérique en 1940, il y réalise pendant dix ans une série de films surréalistes et, en 1951, revient à Paris. Les oeuvres de Man Ray sont extrêmement différentes, l'artiste cherchant à se renouveler dans chaque tableau: on lui doit en effet de nombreux procédés techniques.

Inspiré d'abord par Cézanne, il évolua rapidement vers un style cubiste d'influence dadaïste (La Danseuse de cordes s'accompagne de ses ombres, 1916). Ses peintures surréalistes juxtaposent des objets insolites. Ainsi, dans L'Observatoire du Temps, deux lèvres gigantesques apparaissent dans un ciel de soir. L'oeuvre très fantaisiste de Man Ray doit surtout sa qualité à l'ingéniosité de ses inventions.

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Man Ray - Rayographe "Le Pistolet"
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Man ray -Rayogramme - 1925
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Man Ray - Rayogramme "Kiki"

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24/10/2008

Cinéma

Mais c'est surtout vers le cinéma que Man Ray s'orienta vers la fin de sa carrière en exécutant en 1923 Le Retour de la Raison présenté à la soirée dada du Coeur à Barbe. Il réalisa ce film la veille de sa projection en filmant une spirale de papier en mouvement et en parsemant la pellicule vierge de clous et de punaises. Les seuls éléments concrets du film étaient les lumières d'une foire et le corps nu d'une femme. 


Man Ray: Le Retour à la raison - 1923
En 1927, il réalise sont deuxième film: Emak-Bakia. Man Ray y mêle des vues abstraites et des gros plans d'objets rendus ainsi méconnaissables. En plein milieu de la projection apparaissent sur l'écran les mots "la raison de cette extravagance". Voici les images qui suivent en guise d'explication: un homme tenant à la main une petite va­lise descend d'un taxi. Il entre dans un studio, ouvre sa valise qui contient des dizaines de faux cols qu'il se met à déchirer un à un. Il se regarde dans un miroir avant de déchirer son propre col, qu'il jette près des autres cadavres de cols qui se mettent à danser. Pendant la dernière scène du film apparaît une femme avec de faux yeux peints sur ses paupières fermées...


Man Ray: Emak-Bakia - 1927
En 1929, le Vicomte de Noailles invite Man Ray à venir tourner Le Mystère du Château des Dés dans sa propriété. Pour que les invités du vicomte ne soient point reconnus, Man Ray couvre leur visage d'un bas noir. Ces personnages évoluant dans un décor cubiste de la propriété d'Hyères provoquent un effet insolite purement surréaliste. 

Le dernier film de Man Ray, intitulé L'Etoile de Mer, fut réalisé en 1929. Cette illustration d'un poème de Desnos emploie le procédé du flou et de la déformation pour créer un effet plus poétique. Avec ce film, Man Ray abandonne la blague de style dada au profit de l'humour surréaliste: un homme et une femme entrent dans une chambre. La femme se déshabille, s'allonge sur le lit et dit adieu à l'homme qui s'en va après lui avoir chastement baisé les mains.


Man Ray: L'Etoile de Mer - 1929
Marcel Duchamp, créateur des ready-made, fut, lui aussi un brillant cinéaste. En 1926, dans Anemic-Cinéma, il fit intervenir ses roto-reliefs dont les mouvements rotatoires ensorcelaient les spectateurs. Entre deux séquences où apparaissaient ces roto-reliefs, le spectateur pouvait voir successivement des visages de femmes, un char d'assaut en action, un militaire décoré, un buste de Napoléon éclatant, et un militaire pleurant sur un divan... 


Marcel Duchamp: Anemic-Cinema - 1926
En 1920, dans Moustiques domestiques demi-stock (aujourd'hui détruit), Duchamp fut le premier à employer le procédé de relief avec des lunettes rouges et vertes (procédé anaglyphe).

Jacques Prévert, poète plein de légèreté, de fantaisie, d'amour et de révolte totale, écrivit surtout des scénarios. Citons notamment avec Marcel Carné, Drôle de Drame (1957), Les Portes de la Nuit (1946), Le Jour se Lève (1959) avec Laroche, Les Visiteurs du Soir (1942); avec Renoir, Le Crime de M.Lange (1955) avec Gremillon, Lumière d'été (1942); avec Grimaud, Le Petit Soldat (1947), avec André Cayatte, Les Amants de Vérone (1949) et avec son frère Pierre Prévert, L'Affaire est dans le sac (1932), Adieu Léonard (1943) et Voyage Surprise (1946). 

Antonin Artaud joua dans de nombreux film: La Passion de Jeanne d'Arc, Lucrè­ce Borgia, Napoléon, L'Opéra de Quat'Sous et Faits Divers. Il écrivit également le scénario de La Coquille et le Clergyman, mis en scène par Germaine Dulac qui, malheureusement, en trahit l'esprit. Artaud en profita pour créer un scandale accompagné de son ami Desnos, il tint à haute voix, au cours d'un pro­jection du film, le dialogue suivant: "Qui a fait ce film? - C'est Mme Ger­maine Dulac. - Qu'est-ce que Mme Dulac? - C'est une vache!" Le directeur vou­lut intervenir, mais les surréalistes présents ripostèrent violemment et déclenchèrent une bagarre. Nous devons encore à Artaud les scénarios de La Révolte du Boucher, 18 secondes et de Les 32

Hans Richter se consacra lui aussi au cinéma et réalisa Dreams that money can buy, composé de sept séquences réalisées sur un thème préposé par des peintres (Calder, Ernst, Duchamp, Man Ray...). Richter réalisa aussi Narcissus et 8x8 en collaboration avec Duchamp (sur le thème des jeux d'échec).


Hans Richter: Dreams that money can buy
Bon nombre de surréalistes écrivirent des scénarios ou collaborèrent à des films. citons entre autres Soupault (Indifférence, Coeur volé), Péret (Midi), Desnos, Dali (Babacuo, Le Chien Andalou, L'Age d'Or), Breton, Eluard (projet avorté), J.P. Brunius (Elle est Bicimidine, Records 37, Violon d'Ingre) et Magritte (Fleurs Meurtries en collaboration avec Roger Livet). 

Mais à juste titre, c'est Luis Bunuel qui est resté le plus connu des cinéastes de tendances surréalistes. Né en 1900 en Espagne, à Calanda, il fit la connaissance de Dali et se lia d'amitié avec lui. Assistant de Jean Epstein à Paris, il eut de nombreuses occupations cinématographiques en Espagne, aux Etats Unis et au Mexique. 

Le Chien Andalou, premier film surréaliste tourné par Bunuel, fut réalisé en collaboration avec Salvador Dali. Présenté en 1928 au Vieux Colombier, il en­thousiasma les surréalistes qui proposèrent à Dali d'entrer dans leur groupe. Dali et Bunuel avaient réalisé ce film de façon à ce que le spectateur moyen ne puisse supporter sa vision: on y voyait en effet un oeil de jeune fille coupé par une lame de rasoir, quatre chiens morts en état de putréfaction placés dans des pianos à queue, une vraie main coupée, un oeil de vache et trois nids de fourmis...

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Affiche pour Le Chien Andalou de Luis Bunuel et Salvador Dali
Dans L'Age d'Or, la contribution de Dali ne sera que minime. Dans Vie Secrète de Salvador Dali, Dali écrit:

Dans mon idée, ce film devait traduire la vio­lence de l'amour imprégné par la splendeur des créations des mythes catholi­ques... Bunuel tournait seul l'Age d'Or, j'en étais donc pratiquement écarté... Bunuel venait de finir l'Age d'Or, je fus terriblement déçu. Le film n'était plus qu'une caricature de mes idées. Le catholique était attaqué de façon primaire et sans aucune poésie... 

Une première séquence montrait un combat de scorpions, puis des squelettes sur un rocher, recouverts d'ornements épiscopaux. On voyait ensuite une femme embrassant les doigts de pied d'une statue, un homme donnant un coup de pied dans le ventre d'un aveugle et le Christ montant en croix, dépouillé de sa barbe... 

Dans ce long métrage, intervenait pour la première fois les leitmotivs chers à Bunuel qui, établissent le rapport entre les différentes séquences. Des sons de certaines séquences se prolongent dans les séquences suivantes pour insis­ter sur le rapport entre les différents personnages et, pour la première fois, Bunuel emploie le procédé du dialogue intérieur.

Dans son admirable livre sur Le Surréalisme au Cinéma, Ado Kyrou dit, à pro­pos de ce film: 

Bunuel ayant à décrire l'amour a lancé à la police, la famille, l'armée, les plus vigoureuses gifles qu'elles aient jamais reçues de l'écran, et ainsi l'amour apparaît seul, grand, espoir unique, révolte majeure de l'homme.

Du 28 octobre au 5 décembre 1930, le film est présenté sans incidents au Studio 28. Le 3 au soir se trouvent présents dans la salle de projection des représentants de la Ligue des Patriotes et de la Ligue Anti-Juive. Lorsque sur l'écran apparaît un personnage plongeant un ostensoir dans un ruisseau, quelqu'un crie dans la salle: "0n va voir s'il y a encore des chrétiens en France!". Un autre ajoute: "Mort aux Juifs!" Il n'en faut pas plus pour déclancher la bagarre. Des bombes fumigènes explosent ;les spectateurs sont matraqués; l'écran est maculé d'encre; le mobilier est détruit ainsi que les tableaux de Dali, Ernst, Man Ray, Miro et Tanguy exposé dans le hall d'entrée... Malgré tout, les séances de projection continuent. Le 5 décembre, la préfecture demande la suppression des "passages d'évêques", ce qui est effectué aussitôt. Le 7, une campagne de presse s'organise contre L'Age d'Or et le 11, le film est offi­ciellement interdit.

Les surréalistes réagissent violemment et publient un Questionnaire où ils tirent les conclusions et se demandent:

Faut-il comprendre cette intervention comme une autorisation donné égale­ment à ceux qui estiment outrageante la propagande religieuse d'en interrom­pre par tous les moyens les manifestation (film de propagande romaine, pèleri­nages de Lourdes et de Lisieux, officines d'obscurantisme, telles que Bonne Presse, Congrégation de l'Index, églises, etc., perversions de la jeunesse dans les patronages et les préparations militaires, prêches à la radio, magasins de crucifix, couronnes d'épines)? 

Heureusement, malgré cette violente campagne, Bunuel est devenu l'un des plus célèbres cinéastes surréalistes et nous lui devons de nombreux autres films qui sont et resteront des chefs-d'oeuvre du cinéma: Las Hurdes, Los Olvidados, Subida al Cielo, El Bruto, Robinson Crusoe, Ensayo de un Crimen, Cela s'appelle l'Aurore, La Mort en ce Jardin, Nazarin, La Fièvre monte à El Pao, The Young One, Viridiana, El Angel Exterminator et Le Journal d'une Femme de Chambre.

23/10/2008

Photographie

La photographie offrit pour les surréalistes un champ de découvertes inépuisable. Les procédés photographiques qu'ils inventèrent furent aussi très nombreux. En voici une liste établie par René Passeront (il n'est évidemment pas question d'évoquer ici les procédés et trucages du cinéma, qui ont été si nombreux dès l'époque de Méliès).

Schadographie (du nom de Christian Schad): on pose des objets sur la plaque sensible en sorte que celle-ci soit impressionnée. 

Solarisation (Effet Sabattter): un négatif est réexposé, plus ou moins longuement en cours de développement. Les blancs deviennent gris avec un cerne noir. Effet inverse avec un positif. (Man Ray)

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Man Ray: Femme - 1931

Photo-Relief: au moment du tirage, om superpose la positif et le négatif de la même vue légèrement décalés, d'où un effet de relief et de "fossilisation" (Ubac).

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Raoul Ubac: Objets impossibles - 1938
Chauffage: après développement, chauffer et même faire fondre, par place, la gélatine d'un négatif, puis tirer (Ubac, David Hare). 

Agrandissement sans retouche d'un détail de photo visant à rendre l'image surprenante (Man Ray, 1935) 

Photomontage: un collage d'éléments photographiques est rephotographié. On peut y joindre les effets précédents (Hausmann, 1919).

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Haussmann: Tatlin at home - 1920

Man Ray fut le premier à contribuer à la promotion de la photographie comme art plastique. On lui doit de nombreuses photos dans lesquelles il emploie des procédés très personnels. Lors de son séjour à Paris, il photographia de nombreuses personnalités, ce qui contribua à la rendre célèbre.

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19/10/2008

Procédés graphiques

Mais les surréalistes ne se bornèrent pas uniquement à ce procédé: leur esprit imaginatif créa de nombreuses autres techniques graphiques et plastiques. Voici, établie par René Passeron, la liste de tous ces procédés. 

A. Procédés graphiques. 

Stoppage-étalon: relevé des déformations d'un fil de 1m. de long tombant trois fois de suite d'une hauteur de 1m. (Duchamp, 1915) 

Taches d'encre et coulures écrasées par pliure du papier (images doubles) ou conduites par inclinations de la feuille, ou libre (Victor Hugo, 1880; Picabia, 1920; les tachistes, 1945) 

Traces de doigts, empreintes de tout objets (éponges, étoffes, etc.) sali d'encre ou de gouache. 

Collages: juxtaposition de fragments découpés dans des gravures, catalogues, magazines, etc. et collés sur une surface en sorte que l'agencement obtenu surprenne l'imagination (Ernst, 1920; Bucaille, 1946; Bona, 1959)

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Max Ernst: Collage

Papiers déchirés: des bouts de papier déchirés sont répartis (au hasard ou non) sur une feuille (Arp, 1932) 

Frottage: on frotte avec un crayon la feuille de papier (ou la toile) posée sur une surface rugueuse ou veinée (bois, tissus, vannerie, pièce de monnaie, etc.); les aspérités de cette surface apparaissent sur la feuille (Ernst, 1924) 

Lavis automatique: sur le papier préalablement mouillé, agir à l'encre de Chine en obtenant, suivant le degré d'humidité et le grain de la feuille des efflorescences plus ou moins fines (Klee, 1923; Michaux, 1937)

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Man Ray: Rayogramme

Rayogrammes (du nom de Man Ray): sur une feuille de papier sensible à la lumière on des objets qui se dessinent en ombres blanches sur fond viré (noir) (Man Ray, Champs délicieux, 1922)

Décalcomanie: étendre de la couleur (gouache ou encre) sur une feuille de papier lisse, appliquer sur cette couche fraîche une autre feuille, puis sépa­rer les deux surfaces (Dominguez, 1935; Marcel Jean, Ernst, Masson sur toile, Bucaille sur plaques de verre pour projections lumineuses, 1947) 

Fumage: approcher de la flamme d'une bougie une surface ininflammable, en sorte que le noir de fumée y laisse des traces (Bryen, 1935; Paalen, 1935) 

Dessin au suif: laisser tomber de la bougie fondue sur une feuille de papier et dessiner, si l'on veut, par-dessus (Bryen, 1935; Brauner, 1942) 

19:00 Écrit par Lucky dans 11 Arts surréalistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : max ernst, man ray |  Facebook |

15/10/2008

Le jeu

Si les profondeurs de notre esprit recèle d'étranges forces capables d'augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout intérêt à les capter pour les soumettre ensuite au contrôle de la raison. Un des moyens pour parvenir à cela est d'organiser des jeux où le hasard sera continuellement présent. C'est ce que les surréalistes firent pour se libérer de la morne réalité, pénétrer dans le monde de l'incohérence et de l'étrange et se dégager de leur personnalité.

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André Breton, Jacqueline Lamba, Yves Tanguy: Cadavre exquis.

Ainsi naquirent plusieurs jeux dont le plus connu est certainement celui du Cadavre exquis: plusieurs personnes se passent successivement un papier sur lequel chacun écrit une partie de phrase ou de dessin qu'il dissimule avant de le passer à la personne suivante. La première phrase obtenue par ce procédé donna son nom au jeu: "Le cadavre exquis boira le vin nouveau". 

Ce procédé apte à produire des phrases purement surréalistes donne naissance à des juxtapositions de mots telles que "La vapeur ailée séduit l'oiseau fermé à clef... L'huître du Sénégal mangera le pain tricolore..." 

Paul Eluard nous parle de

soirs passés à créer avec amour tout un peuple de "cadavres exquis". C'était à qui trouverait plus de charme, plus d'unité, plus d'audace à cette poésie déterminée collectivement. Plus aucun souci, plus aucun souvenir de la misère, de l'ennui, de l'habitude. Nous jouions avec les images, et il n'y avait pas de perdants... Si l'un de nous posait une question, l'angoisse ou l'assurance ne lui venait que de la réponse obtenue. Il avait écrit sa question sans la montrer, il ne se l'était posée qu'à lui-même, et voici qu'un autre répondait avec sûreté, pour connaître la question.

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Man Ray, Joan Miro, Max Morise, Yves Tanguy: Cadavre exquis.

Par cette dernière méthode, on pouvait parfois obtenir un dialogue aussi bizarre que le suivant: 

  • - Qu'est-ce que la lune?
  • - C'est un vitrier merveilleux.
  • - Qu'est-ce que le printemps?
  • - Une lampe alimentée par des vers luisants.
  • - Le surréalisme a-t-il toujours la même importance dans l'organisation ou la désorganisation de notre vie?
  • - C'est de la boue dans la composition de laquelle n'entrent guère que des fleurs.

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Le jeu de L'un dans l'autre, créé en 1954, révéla certains phénomènes de télépathie. André Breton nous en explique lui-même la règle: 

L'un de nous sortait et devait décider à part lui de s'identifier à tel objet déterminé (disons par exemple escalier). L'ensemble des autres devait convenir en son absence qu'il se présenterait comme un autre objet (par exemple une bouteille de Champagne). Il devait se décrire en tant que bouteille de Champagne offrant des particularités telles qu'à l'image de cette bouteille vienne se superposer peu à peu et jusqu'à s'y substituer celle de l'es­calier. 

Ainsi, les surréalistes ne cherchèrent pas uniquement, par ces jeux, à se dis­traire, mais aussi à révéler tes forces surnaturelles et à les maîtriser par la volonté et la raison.

man ray yves tanguy joan miro max morise 1928 [web520]

20/09/2008

Dada-Berlin 1918-1923

Le mouvement dada de Berlin présente une différence fondamentale avec le mouvement de Zurich: à Zurich, Dada commence une révolution; à Berlin, il ne fait que participer à une révolution qui a déjà commencé. Ainsi le mouvement de Berlin sera-t-il beaucoup plus politique et beaucoup plus anarchiste. 

dadaeuejugendEn 1916, Wieland et son frère Johann Herzfelde publient Neue Jugend: c'est une feuille politico-littéraire de gauche à laquelle participent de nombreux écrivains. Le poète Franz Jung et le peintre Raoul Hausmann, en collaboration avec Johannes Baader, fondent une revue beaucoup plus anarchique: Die Freie Strasse 

En février 1918, Huelsenbeck fait le premier discours dada en Allemagne, discours qu'il termine en lisant ses Prières Fantastiques. Le Manifeste Dada qu'il écrit est bien vite suivi par la fondation d'un Club Dada.

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Création du Club Dada - 1918.

Huelsenbeck et Hausmann (peintre, poète, éditeur, pamphlétaire, photomonteur et créateur de mode) se disputent l'attribution de la formation de Dada à Ber­lin pendant qu'autour d'eux se regroupent de nombreux artistes parmi les­quels Baade, Grosz et Herzfelde qui forment la troupe de choc de Dada à Berlin. 

die freie strasseEn 1918 et 1919, le mouvement prend un aspect de plus en plus anarchiste et les nombreuses revues qui paraissent alors dont rapidement interdites. 

Les dadaïstes berlinois inventèrent les photomontages en collant des dessins, des photos et des morceaux de journaux (Hausmann et Heartfield s'en disputent l'invention) et mirent au point un nouveau genre de typographie qui donne une vie à la page imprimée. Mais tous ces nouveaux procédés sont surtout uti­lisés à des fins politiques. 

Tout comme à Zurich, les dadaïstes de Berlin s'intéressèrent aux poèmes phonétiques. Le premier poète à s'être livré, bien avant les dadaïstes, à ce genre d'exercice fut certainement Aristophane. 

Epopopolpopoî, popopopol popol
Trioto, trioto, totobrix...
Kikkabatl kikkabatt
Torotoro - torolililix ! 

Aristophane - Les Oiseaux. 

Swift, dans Les Voyages de Gulliver, employa de même "phrases", rappelant sans conteste les comptines enfantines. En 1900, Paul Scheerbart publia, dans Le Roman de Chemin de Fer un poème phonétique intitulé Je t'aime, et cinq ans plus tard, Christan Morgenstern écrivait: 

Das Grosse Lalula. 

Kroklokwafzi? Semememi!
Seiokrontfo – prafriplo:
Bifzi, bafzi; hulalemi:
Quasti basti bo…
Lalu lalu ialu lalu la! 

Morgenstern franchit un nouveau pas dans sa Prière Nocturne composée exclusivement de signes métriques, les longues et les brèves étant mises en page de manière à suggérer la forme d'un poisson. 

En 1924, Man Ray devait publier un autre poème du même style dans la revue 391. En 1916 et 1917, Hugo Ball écrivit lui aussi de nombreux poèmes phonétiques. Quant à Raoul Hausmann, il composa des poèmes optophoniques dont les lettres, de grandeurs d"épaisseurs et de formes différentes suggèrent l'écriture musicale.  

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Johannes Baader: Dio Dada Drama.

Johannes Baader (né à Stuttgart en 1876), personnage très curieux, fut certaine­ment un des premiers à manifester un esprit dada. En 1917, il se présenta comme député à Sarrebruok pour pouvoir exposer ses idées; évidemment, il ne fut pas élu...
 

Se prenant pour "Jésus-Christ revenu des nuages du Ciel", il projeta, avec son ami Hausmann, d'organiser à Berlin et Echternach une manifestation semi-religieuse. Un jour, à la cathédrale de Berlin, il inter­rompit le sermon d'un pasteur en hurlant du haut du chœur: "Je me fiche de Jésus". 

Ayant fait des études d'architecte, il avait élaboré les plans d'un grande sculpture, le Drame Dio Dada: Grandeur et Chute de l'Allema­gne en cinq étages, trois jardins, un tunnel, deux ascenseurs et une porte cylindrique. 

Entre 1919 et 1920, les dadaïstes berlinois attirèrent le public à leurs nombreuses manifestations en publiant de fausses affiches. Pendant les douze soirées et matinées de conférence et les manifestations en divers endroits, ils ne se privèrent évidemment pas d'insulter et même d'injurier le public qui ne cessait pas de chahuter.

Walter Hehring et Hannah Hoech contribuèrent alors au mouvement et aux nombreuses revues, livres et pamphlets que l'on publiait. 

C'est en 1920 que le mouvement atteignit son point culminant à la Erste Internationale Dada-Messe qui eut lieu dans la galerie de Dr. Otto Burchard, le Finanz-Dada à Berlin: au plafond était suspendu un officier allemand à tête de porc et pourvu d'un pancarte mentionnant "Pendu par la révolution".

Grosz, Heartfield, Hoech et Otto Dix se mettent alors à publier des docu­ments politico-polémiques et basent leur art sur les provocations politi­ques et les scènes épouvantables de la guerre et de la révolution. Jung collabore quelques temps au mouvement, puis se tourne vers la politique. 

En 1923, le mouvement disparaît aussi vite qu'il n'est apparu et la plupart des membres poursuivent leurs recherches séparément.

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Couverture pour Der Dada n°1 - Berlin

19/09/2008

Man Ray

Né à Philadelphie en 1870, Man Ray avait 17 ans lorsqu'il arriva à New York déjà passionné de dessin; mais la sagesse paternelle l'orienta vers l'architecture. II fréquente diverses écoles puis abandonne ses études et continue à vouloir faire de la peinture, surtout après avoir vu l'Armory Show. 

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Man Ray.

En 1911, il confectionne une tapisserie faite de rectangles de tweed, de flanelle et de cheviotte provenant de l'album d'échantillons d'un tailleur. En 1913, il peint un portrait multiple suivi en 1915 d'abstractions à base végétale. Il invente des objets anti-art tels que le Métronome et la Spirale. En 1916 et 1917, il réalise une série de collages baptisés Revolving Doors ainsi que Boardwalk, une composition faite de peinture à l'huile et de l'as­semblage d'un échiquier et d'un bouton de porte.

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Man Ray: Métronome.
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Man Ray: Revolving Doors.
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Man Ray: Boardwalk.

C'est en 1913 qu'il organise la première exposition de ses peintures et de ses objets à la Galerie Daniel. Pour vivre, il devient dessinateur technique: 

J'ai dessiné des lettres et aussi des cartes, et même des planches anatomiques chez un éditeur d'ouvrages de médecine. J'étais lié à cette époque avec Marcel Duchamp, rencon­tré dès la première semaine de son séjour à New York, et je travaillais avec lui. Je travaillais avec Picabia également lorsqu'il vint à New York en 1917 chargé d'acheter du sucre pour le compte du gouvernement français. Mission qu'il oublia dès qu'il eut mis les pieds sur les quais de l'Hudson. 

Après avoir fait la connaissance de Duchamp, il collabora avec lui à la créa­tion des revues The Blind Man et Ronwrong. Man Ray faillit être décapité par la pale détachée d'un des mobiles de Duchamp. Remis de sa peur, il composa des tableaux dans lesquels il incorporait des objets réels: boulons, boutons de sonnette, ampoules électriques, réflecteurs... Il peignit également un certain nombre d'abstractions à l'aérographe dont il avait appris l'emploi pendant ses études d'architecte. 

En 1921, il vint à Paris où il rencontra Tzara, Aragon, Soupault, Péret, Eluard et Breton. L'invitation pour le vernissage de l'exposition de ses peintures à la Galerie Six était formulée comme suit: 

Ni fleurs ni couronne ni parapluie ni saints ni cathédrales ni tapis ni paravents ni système métrique ni espagnol ni calendrier ni rosés ni bar ni incendie ni bonbons. 

Dans le catalogue, Man Ray écrivit ces lignes pour se présenter: 

Monsieur Ray est né on ne sait plus où. Après avoir été successivement mar­chand de charbon, plusieurs fois millionnaire et chairman du chewing-gum trust il a décidé de donner suite à l'invitation des dadaïstes et d'exposer à Paris ses dernières toiles.

 Man Ray Le violon d'Ingres 1919 [web520]


Man Ray: Le Violon d'Ingres - 1919

Considérant la photographie comme une occupation aussi importante pour lui que la peinture, il invente de nombreux procédés d'agrandissement photographique, la gravure sur plaque photographique, un système de photographie en couleur et les "rayogrammes". Cette dernière trouvaille con­sistait à placer sur du papier sensible des objets divers et d'exposer le tout en les éclairant sous un certain angle. Il employa le même procédé pour réaliser la premier film dadaïste. 

Un soir Tzara vint chez moi pour m'annoncer qu'il faisait une conférence le lendemain et qu'il avait inscrit au programme un film dadaïste de moi. Je pro­testai. Jamais je n'avais fait de film, et je n'avais pas assez de temps pour en faire un. Cà ne fait rien, dit-il, débrouille-toi. Après tout, l'aventure m'amusait. J'achetai trois cent mètres de film que je coupai en morceaux d'un mètre. Je les alignai sur une table et je répandis au hasard du poivre, du sel, des clous, des épingles, des punaises et des prismes de cristal. Lumière! Je développai le tout, recollai les bandes et le lendemain, je pus présenter le premier film dadaïste au milieu des cris d'oiseaux et des miaulements. Il fallut appeler la police pour faire évacuer la salle. 

Man Ray réalisa de nombreux autres films dont le dernier, intitulé L'Etoile de Mer fut le plus célèbre.

Man Ray The Gift 1919 [web520]


Man Ray: The Gift.

18:30 Écrit par Lucky dans 02 Dada-New York 1915-1920 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : man ray |  Facebook |