08/10/2008

Surréalisme belge

Pendant la guerre, les artistes belges, vivant en pays entièrement occupé n'eurent guère les moyens de contribuer au développement artistique. C'est ainsi qu'en Belgique, le mouvement Dada n'eut guère de retentissement. Cepen­dant, le poète pamphlétaire Clément Pansaers manifesta, dans son oeuvre, cer­taines tendances dadaïstes. Malheureusement, sa tentative de faire naître en Belgique un mouvement dada fut interrompue par sa disparition en 1922. 

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E.L.T. Mesens.

En 1921, Mesens, le principal animateur du mouvement surréaliste en Belgique, rencontrait à Paris Tzara, Soupault, Ribemont-Dessaignes, Picabia et Eric Satie. Revenu en Belgique, il contribua à y faire connaître les oeuvres de Soupault et d'Eluard. 

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René Magritte.

Le peintre Magritte, influencé par Max Ernst et Chirico, crée en 1925, en collaboration avec Mesens, la revue Œsophage (un seul numéro), suivi de Marie, "journal bimensuel pour la belle jeunesse" (trois publications). Il est important de constater que ses deux revues adoptaient l'attitude anti-Breton de Picabia et de la revue 391.  Rene_Magritte-La_trahison_des_images-1300px [web520]
René Magritte: La trahison des images.

Camille Goemans, marchand qui soutient les surréalistes belges, et Paul Nouge importent le surréalisme en Belgique qu'ils popularisent grâce à de nombreux tracts. 

Le texte qui suit, extrait de l'Expérience continue (Editions Les Lèvres Nues, Bruxelles 1966), nous décrit l'atmosphère qui régnait dans le groupe surréa­liste belge.  

E.L.T. Mesens, Marcel Lecomte, Paul Nougé, Camille Goemans, Louis Scutenaire, René et Paul Magritte, André Souris, Paul Colinet, P.G. Van Hecke furent les molécules effervescentes et constituantes d'où avait surgi dès 1926 la Société du Mystère. Un peu plus tard, se joignirent au mouvement surréalisant belge Marcel Mariën, Jean Pfeiffer, tandis qu'en Wallonie se groupaient autour du poète Achille Chavée, Ludé, Dumont, Dumoustier, Pol Bury. 

Peu de mouvements et de groupements furent aussi fortement basés sur des échanges humains où l'affectivité met constamment en cause une entente rendue difficile par les nombreuses et ténues divergences que découvrent sans cesse ces modernes législateurs. 

Comme politique, nous pratiquions l'autodestruc­tion à tour de bras et la confiance dans les vertus humaines. 

R. Magritte et E.L.T. Mesens.
Premier commandement extrait d'Oesophage I, mars 1925. 

Aussi exclusions, ruptures, désaccords et brouilles y sont-ils manne quotidienne. Il est vrai que Mesens et Magritte s'empressent d'ajouter en guise de conclusion à leur décalogue-réduction: 

Notre entreprise est folle comme nos espérances. Les plus grandes précautions étant prises pour les choses de la moindre im­portance, nous ne réclamons rien, l'amour de l'état-major des jeunes filles importe d'avantage. Hop-là, hop-là, telle est notre devise. 

L'automatisme, les tracts, les périodiques (très périodiques), les revues libertinaires, les manifestations fracassantes se suivent: Correspondances (1924), Œsophage (1925), Marie (1926), Document 34 (1934), Le Ciel Bleu (1945), La Feuille Chargée (1950), Toutes ces dames au Salon (1956), etc… 

Alors seule la mésintelligence peut expliquer la méconnaissance de tant de nos poètes belges. Paul Van Ostayen, mort si prématurément, est l'auteur plein d'esprit de ce thème et variation paru en 1926, dans Marie. Le facile n'y est qu'apparent comme en tant d'oeuvres plastiques ou poétiques d'obé­dience surréaliste. En réalité, tout un déconditionnement de la personne est "susceptible" de s'y trouver "utile"; encore faut-il demeurer accessible à la réalité intérieure de la réalité.  

Chavée (D'Ombre et de Sang, Cristal de vivre), Scutenaire (Mes Inscriptions), Marcel Lecomte (Les Minutes Insolites), Paul Nougé (Histoire de ne pas rire), Marcel Mariën (Les Poids et les Mesures) se sont constamment employés à cultiver la fragrance précieuse de l'ineffa­ble dans le quotidien…  

En somme, pourrait-on dire, les surréalistes ont été les archéologues professionnels de l'inconscient dans le même temps que se formaient les psychiatres techniciens sorciers d'une civilisation mécanicienne. Déjà Magritte tente par l'apposition de sujets de provoquer une réaction en chaîne de la pensée, réaction personnelle individuelle à chaque être et devant l'amener par ce train merveilleux et intérieur en des "domaines en­chantés.

D'autres trains nous emportent vers où nous sommes, et requièrent l'espace mental où Delvaux nous conseille d'entreposer les bagages de l'évasion formés à partir d'un triage hors des événements journaliers. " 

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Achille Chavée.


En 1934, le poète Achille Chavée fonde dans le Hainaut le groupe Rupture composé de André Lorent, Marcel Pafondry et Albert Ludé auxquels se joignent Fernand Dumont, Jean Dieu, Marcel Havrenne. Le groupe publie la revue Mauvais Temps et organise des manifestations à La Louvière, Mons et Charleroi.  

C'est en 1935, à La Louvière, qu'ils organisent une Exposition Surréaliste qui pré­sente des oeuvres de Arp, Chirico, Brauner, Colinet, Dali, Ernst, Magritte, Mesens et Tanguy. Après cette grande exposition, Van de Spiegele, Michotte, Simon, Lefrancq, Dieu, Bovy et Servais rejoignent le groupe qui devient en 1938 le Groupe Surréaliste du Hainaut. 

Ainsi donc, c'est grâce au Surréalisme belge que "l'élément de subversion désintégrante d'une esthétique révolutionnaire fut porté loin et haut". Néanmoins, il demeure nécessaire de donner au surréalisme belge la place qui lui est due, et qui si elle n'a pas été contestée est toujours plus ou moins méconnue.