17/02/2009

Paul Eluard - Sonnant les cloches du hasard

Sonnant les cloches du hasard à toute volée
Ils jouèrent à jeter les cartes par la fenêtre
Les désirs du gagnant prirent corps d'horizon
Dans le sillage des délivrances. 

Il brûla les racines les sommets disparurent
Il brisa les barrières du soleil des étangs
Dans les plaines nocturnes le feu chercha l'aurore
Il commença tous les voyages par la fin

Et sur toutes les routes
Et la terre devint a se perdre nouvelles
 

L'Amour la Poésie - 1929.

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Hans Bellmer

16/02/2009

Paul Eluard - Je te l'ai dit pour les nuages

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent. 

L'Amour la Poésie - 1929

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Hans Bellmer

15/02/2009

Paul Eluard - L'aventure est pendue au cou de son rival

L'aventure est pendue au cou de son rival
L'amour dont le regard se retrouve ou s'égare
Sur les places des yeux désertes ou peuplées.

Toutes les aventures de la face humaine,
Cris sans échos, signes de mort, temps hors mémoire,
Tant de beaux visages, si beaux
Que les larmes les cachent
Tant d'yeux aussi sûrs de leur nuit
Que des amants mourant ensemble,
Tant de baisers sous roche et tant d'eau sans nuages,
Apparitions surgies d'absences éternelles,
Tout était digne d'être aimé,

Les trésors sont des murs et leur ombre est aveugle
Et l'amour est au monde pour l'oubli du monde.

Défense de savoir - 1928

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Ans Arp

19:00 Écrit par Lucky dans 16 Textes et poésies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paul eluard, ans arp |  Facebook |

14/02/2009

Paul Eluard - Le miroir d'un moment

Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l'apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire,
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n'existe plus,
L'oiseau s'est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L'homme avec sa réalité.

Capitale de la Douleur - 1926

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Giorgio de Chirico

13/02/2009

Paul Eluard - Le grand jour

À Gala Eluard. 

Viens, monte. Bientôt les plumes les plus légères, scaphandrier de l'air, te tiendront par le cou.
La terre ne porte que le nécessaire et tes oiseaux de telle espèce, sourire. Aux lieux de ta tristesse, comme une ombre derrière l'amour, le paysa­ge couvre tout.
Tiens vite, cours. Si ton corps va plus vite que tes pensées, mais rien, entends-tu? rien, ne peut te dépasser. 

Les Nécessites de la Vie et les conséquences des rêves, précédés d'exemples - 1921.

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Giorgio de Chirico.

12/02/2009

Paul Eluard - Dormeur

Triste, il va mourir d'étrange façon,
Les yeux tomberont dans le sac des joues,
Lèvres aspirées, nez étroit,
Espoir: il dormira.
Les mains, les pieds balancés
Sur tant de mers, tant de planchers,
Un marin mort,
II dormira.
Fouets accrochés, poches, gousset,
La chaise est plus lourde,
Le sol plus étroit,
Mais le sommeil ne compte en promenade.
Jeune mort, mort d'avenir

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Giorgio de Chirico

11/02/2009

Paul Eluard - Salvador Dali

C'est en tirant sur la corde des villes en fanant
Les provinces que le délié des sexes
Accroît les sentiments rugueux du père
En quête d'une végétation nouvelle
Dont les nuits boule de neige
Interdisent à l'adresse de montrer le bout mobile de son nez

C'est en lissant les graines imperceptibles des désirs
Que l'aiguille s'arrête complaisamment
Sur la dernière minute de l'araignée et du pavot
Sur la céramique de l'iris et du point de suspension
Que l'aiguille se noue sur la fausse audace
De l'arrêt dans les gares et du doigt de la pudeur. 

C'est en pavant les rues de nids d'oiseaux
Que le piano des mêlées de géants
Fait passer au profit de la famine
Les chants interminables des changements de grandeur
De deux êtres qui se quittent 

C'est en acceptant de se servir des outils de la rouille
En constatant nonchalamment la bonne foi du métal
Que les mains s'ouvrent aux délices des bouquets
Et autres petits diables des villégiatures
Au fond des poches rayées de rouge. 

C'est en s'accrochant à un rideau de mouches
Que là pêcheuse malingre se défend des marins
Elle ne s'intéresse pas à la mer bête et ronde comme une pomme
Le bois qui manque la forêt qui n'est pas là
La rencontre qui n'a pas lieu et pour boire
La verdure dans les verres et la bouche qui n'est faite
Que pour pleurer une arme le seul terme de comparaison
Avec la table avec le verre avec les larmes
Et l'ombre forge le squelette du cristal de roche.

C'est pour ne pas laisser ces yeux les nôtre vides entre nous
Qu'elle tend ses bras nus
La fille sans bijoux la fille à la peau nue
Il faudrait bien par ci par là des rochers des vagues
Des femmes pour nous distraire pour nous habiller
Ou des cerises d'émeraudes dans le lait de la rosée. 

Tant d'aubes brèves dans les mains
Tant de gestes maniaques pour dissiper l'insomnie
Sous la rebondissante nuit du linge
Face à l'escalier dont chaque marche est le plateau d'une balance
Face aux oiseaux dressés contre les torrents
L'étoile lourde du beau temps s'ouvre les veines.

La Vie immédiate.

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Giorgio de Chirico