11/02/2009

Paul Eluard - Salvador Dali

C'est en tirant sur la corde des villes en fanant
Les provinces que le délié des sexes
Accroît les sentiments rugueux du père
En quête d'une végétation nouvelle
Dont les nuits boule de neige
Interdisent à l'adresse de montrer le bout mobile de son nez

C'est en lissant les graines imperceptibles des désirs
Que l'aiguille s'arrête complaisamment
Sur la dernière minute de l'araignée et du pavot
Sur la céramique de l'iris et du point de suspension
Que l'aiguille se noue sur la fausse audace
De l'arrêt dans les gares et du doigt de la pudeur. 

C'est en pavant les rues de nids d'oiseaux
Que le piano des mêlées de géants
Fait passer au profit de la famine
Les chants interminables des changements de grandeur
De deux êtres qui se quittent 

C'est en acceptant de se servir des outils de la rouille
En constatant nonchalamment la bonne foi du métal
Que les mains s'ouvrent aux délices des bouquets
Et autres petits diables des villégiatures
Au fond des poches rayées de rouge. 

C'est en s'accrochant à un rideau de mouches
Que là pêcheuse malingre se défend des marins
Elle ne s'intéresse pas à la mer bête et ronde comme une pomme
Le bois qui manque la forêt qui n'est pas là
La rencontre qui n'a pas lieu et pour boire
La verdure dans les verres et la bouche qui n'est faite
Que pour pleurer une arme le seul terme de comparaison
Avec la table avec le verre avec les larmes
Et l'ombre forge le squelette du cristal de roche.

C'est pour ne pas laisser ces yeux les nôtre vides entre nous
Qu'elle tend ses bras nus
La fille sans bijoux la fille à la peau nue
Il faudrait bien par ci par là des rochers des vagues
Des femmes pour nous distraire pour nous habiller
Ou des cerises d'émeraudes dans le lait de la rosée. 

Tant d'aubes brèves dans les mains
Tant de gestes maniaques pour dissiper l'insomnie
Sous la rebondissante nuit du linge
Face à l'escalier dont chaque marche est le plateau d'une balance
Face aux oiseaux dressés contre les torrents
L'étoile lourde du beau temps s'ouvre les veines.

La Vie immédiate.

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Giorgio de Chirico

07/02/2009

Paul Eluard

Eluard PaulDe son vrai nom Eugène Grindel, Paul Eluard est né à Saint-Denis en 1895. La maladie rend son enfance difficile. De 1912 à 19I4, il soigne une grave af­fection pulmonaire au sanatorium de Davos où il rencontre Gala, sa première femme qui, plus tard, deviendra celle de Salvador Dali. 

En 1920, il fonde la re­vue Proverbe et, vers la même époque, fait la connaissance d'André Breton, Max Ernst et Benjamin Péret auxquels l'unira une profonde amitié. Il collabore à la revue Littérature et se sépare du groupe dadaïste en même temps que Louis Aragon, Breton, Desnos et Péret avec qui il fonde le mouvement surréaliste. 

Il collabore aux revues de tendances surréalistes La Révolution Surréaliste, Le Surréalisme ASDLR et à Minotaure. En 1935, il se rend à Prague en compagnie de Breton et, l'année suivante, prononce une conférence dans le cadre de l'Exposi­tion Internationale du Surréalisme à Londres. 

En collaboration du "pape du surréalisme", Eluard rédige le Dictionnaire Abrégé du Surréalisme (1938) et se rapproche vers la môme époque du Parti Communiste après l'avoir quitté quelques dix ans auparavant. 

A partir de 1939, l'activité d'Eluard cesse peu à peu de concerner le surréalisme. Il rompt avec Breton dès que ce dernier revient de son voyage au Mexique. Paul Eluard meurt à Paris d'une crise d'angine de poitrine en 1952. 

Paul Eluard a trouvé dans le surréalisme les techniques de rénovation verba­le qu'il recherchait depuis sa jeunesse. C'est en 1926 que parut son premier recueil important, Capitale de la Douleur, suivi en 1929 de L'Amour La Poésie

En 1930, il écrit en collaboration avec André Breton un ouvrage capital dans l'histoire du surréalisme: L'Immaculée Conception. Avec La Rose publique, paru en 1934, se termine sa période surréaliste. 

Avec Les Yeux fertiles (1936), Eluard opère un retour à la simplicité concrète du langage. Ses principales oeuvres qui suivront alors sont: Cours Naturel (1938), Le Livre 0uvert (1942), Poésie et Vérité (1942-43), Au rendez-vous allemand (1944), Poésie ininterrompue (1946) et Poèmes politiques (1948).

Eluard paul par Dali


Salvador Dali - Portrait de Paul Eluard

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10/11/2008

Exemple d'être-objet aérodynamique.

Salvador Dali.
EXEMPLE D' "ETRE-OBJET AERODYNAMIQUE". (Aérodynamique morale).  

Louer une petite vieille propre, haut plus haut degré de décrépitude, et l'exposer (habillée en toréador), en lui posant, sur sa tête préalablement rasée, une omelette fines herbes qui tremblotera nécessairement. On pourra aussi poser une pièce de vingt francs sur l'omelette. 

Réponse d'Avidadollars à Dali.  

Dali, Dali, je ne crois pas à la justice. Son sexe est trop ambigu. Souviens-toi de ceci: la justice c'est la femme à barbe.

Réponse de Dali à Avidadollars.  

Ho. Ho. Cette définition n'est pas digne de toi. C'est du Ionesco, du Genêt . C'est de la paresse. C'est de la bâtardise. C'est du cousu main moderne. Non, la justice est une femme divine, légitime, qui  ressemble beaucoup à Gala, et qui est l'être que toi-même as toujours le plus adoré.  

Extraits de "Lettre ouverte à Salvador Dali" par Salvador Dali. Editions Albin Michel. Collection Lettre ouverte.

gala aux sphères 1952 [web520]


Salvador Dali - Gala aux sphères - 1952

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09/11/2008

Du Dali anarchiste à l'excellentissime Salvador Dali.

Excellentissime Salvador Dali,  

...Vous veniez d'arriver à New York au moment où l'influence surréaliste déferlait même à l'intérieur des plus luxueuses devantures de magasinage plus grand et le plus fameux vous avait demandé de "théâtraliser" vos idées surréalis­tes pour l'étonnement et la stupéfaction de la rue. Vous aviez accepté de montrer pour la première fois, le vrai et unique Dali  surréaliste par rapport au pseudo-surréaliste tendant à la plus banale et médiocre commercialisation. Vous et Gala, vous aviez passé toute une nuit à confectionner probablement l'en­semble d'objets hétéroclites le plus insolite qui ait jamais été vu et cela avec le paroxysme hyperesthétique qui caractérisait toutes vos interventions à cet instant algide de votre délire.  

Le jour suivant, l'attroupement arrêta la houle des piétons New Yorkais, ce qui décida le directeur du magasin à modifier votre oeuvre en la minimisant. Au lieu des mannequins en cire recouverts de poussière et de nécrologie, il  remit à leur place les mannequins tout neufs en papier mâché, antipathiques et au nez retroussé. En même temps, le veston aphrodisiaque qui est, aujourd'hui, le plus antécé­dent du Pop Art fut retiré comme objet flagrant du scandale. Dali monte se plaindre au gérant du magasin. On lui  répond que, ayant déjà été payé par un chèque très substantiel, et à cause de l'attroupement, on avait été obligé de supprimer certaines des élucubrations trop provocantes. Dali demande alors qu'on enlève son nom de l'étalage. On lui dit "Non". Au lieu d'engager une discussion, à travers les avocats, Dali descend, pénètre dans la vitrine, à coups de pied démolit et renverse tous les mannequins et accessoires devant la foule qui commence à s'amasser sur le trottoir. 

Pour que l'étalage devienne totalement inutilisable, Dali tente de soulever et de renverser une baignoire de sa création, entièrement gainée d'astrakan noir où se baignait une femme presque nue. L'inondation de la vitrine devait, d'après lui, détruire catégoriquement son oeuvre. Ses désirs allaient être comblés. La baignoire glisse, cogne l'immense glace qui l'isolait de la rue, laquelle se brise en mille morceaux dont une partie, en tombant, se cloue sur son manteau. Sans hésiter, au lieu d'entrer de nouveau dans le magasin, Dali saute en pleine rue sur les passants, renverse deux dames, et entreprend calmement son départ vers l'hôtel. Un policeman, très poliment, lui met la main sur l'épaule en lui  faisant remarquer qu'il vient de commettre "un acte suffisamment violent pour être arrêté". L'avocat de Dali arrive, conseille de demander le jugement tout de suite avant que la presse se mêle de ce fait divers.  

Dali est enfermé dans une prison où commencent à arriver tous les déchets hu­mains de l'après-midi, la plupart dans un état d'ivresse totale. La lâcheté congé­nitale de Dali le fait courir d'un côté à l'autre pour éviter les éclaboussures des vomissements et des actes épileptiques plus ou moins visqueux, quand un tout petit gangster, les doigts corsetés de bagues, et d'origine portoricaine, lui demande: "Pourquoi êtes-vous ici?". Dali lui  répond: "Je viens de casser une vitrine". Le monsieur de Porto Rico le prend immédiatement sous sa tutelle. D'un air protecteur lui dit: "Dans quelle rue?". Dali  répond: "La 5e Avenue". La valeur morale de Dali s'affina instantané­ment. Le gangster s'exclame avec une admiration qui ne pourra plus jamais être surpassée chez un être humain: "Casser une vitrine, à 5 heures, dans la 5e Avenue Vous êtes mon protégé. Personne n'osera vous toucher tant que je serais près de vous." 

Et à partir de ce moment, le moindre nègre, poivrot ou con, qui s'approchait de ma personne, était immédiatement repoussé, par ce petit Portoricain, d'une efficacité telle qu'une prostituée qui était à côté de Dali  s'écria: "Ah, là, là. Voilà un Portoricain véritablement mécanique." 

Vers les 8 heures, le jugement. Le juge a l'aspect vénérable de la justice américaine, cheveux argentés, visage affable et sévère, d'une qualité cinématographique conventionnelle et parfaite. Après avoir écouté la relation de l'événement, il dit: "Monsieur Dali a commis un acte trop violent, mais tout artiste a le droit de défendre. Par tous les moyens, et jusqu'au bout, l'originalité et l'intégralité de ses conceptions, il est con­damné à ne payer ni plus ni moins que le prix de la vitre cassée. Il est libre". Et il donna un coup sec pour terminer l'affaire. 

Mon admirable Dali,  

Je ne dirai jamais assez, le jour où, dans le coeur de la gare de Perpignan, j'ai eu l'honneur de rencontrer, dans une espèce d'apothéose paranoïaque, le doc­teur Pagès (un des premiers promoteurs de l'antigravitation), je finissais un dis­cours en tonitruant: "Vive l'hibernation. Vive l'antigravitation." Le Corbusier venait de mourir noyé. Oui, oui et oui, noyé par le poids du ciment armé de son fromage suisse, protestant, masochiste, et totalement impersonnifié de ses architec­tures. Un ciment armé qui  le faisait couler à pic du haut de l'ignominie. Des sacs de ciment armé, remords de conscience de tous les Corbu vivants de notre époque. Des sacs de ciment armé qui, désormais, ne pourront être transportés sur la lune, puisque ne parviendront uniquement jusqu'à elle que les structures dentionnelles ultra-légères, et bientôt antigravitationnelles, de Fuller, et puisqu'il suffira d'un léger souffle humain pour qu'elles y arrivent. De même, les fleurs de pissen­lit ornant la couverture du dictionnaire Larousse, je sème à tout vent, sont des­tinées inévitablement à recouvrir de leurs structures angéliques les surfaces inhabitées des prochaines planètes.

crucifixion [web520]


Salvador Dali - Crucifixion.

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08/11/2008

Fiche musicale et paranoïaque

Salvador Dali.
FICHE MUSICALE ET PARANOIAQUE. 
 

Corbu, Corbu, Corbu, Corbu, Corbu, Corbi, Corba, Corbo mort.(Allegro ma non troppo)
Fuller: L'air d'Hélios  (Troppo)
Fuller: Photon de l'air (Non troppo)
Fuller: Phallus de l'air (Troppo)
Fuller: Famine de l'air (Andantino)
Fuller: Lilith de l'art  (Adagio)                  
Fuller: Saint Paul de l'air (Allegretto)
Dali: Saint Louis Trismégiste de l'air (Appassionato)
Fuller et Dali: Bravo. Ollé. (Con brio)
Fuller et Dali, chez Paul-Louis Weiller, d'héliotropes la table était garnie.
 

Note: Fuller est le grand architecte américain. II s'est trouvé avec Dali à une soirée chez Paul-Louis Weiller. Cette fiche a été composée pendant le dîner.

composition surréaliste avec figures invisibles [web520]


Salvador Dali: Composition surréaliste avec figures invisibles.

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07/11/2008

Explication paranoïa-critique de l'Angelus de Millet

Salvador Dali.
EXPLICATION "PARANOÏA-CRITIQUE" DE L'ANGELUS DE MILLET. 

La paranoïa ne se borne pas toujours à être de l'"illustration": elle constitue encore la véritable et unique "illustration littérale" connue, c'est-à-dire l'"illustration interprétative délirante" - l'"identité" se manifestant toujours à posteriori comme facteur conséquent de l'"association interprétative". 

Aucune image ne me paraît capable d'illustrer plus "littéralement", d'une façon plus délirante, Lautréamont et Les Chants de Maldoror en particulier, que celle qui fut exécutée il y a soixante-dix ans environ par le peintre des tragi­ques atavismes cannibales, des ancestrales et terrifiantes rencontres de viandes douces, molles et de bonne qualité: je fais allusion à J.-F. Millet, ce peintre incommensurablement incompris. C'est précisément le mille fois fameux Angélus de Millet qui, selon moi, équivaudrait dans la peinture à la bien connue et sublime "rencontre fortuite, sur une table de dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie". Rien ne me paraît, en effet, pouvoir illustrer, aussi littéralement, d'une façon aussi atroce et hyperévidente, cette rencontre que l'image obsédante de l'Angélus. L'Angélus est à ma connaissance l'unique tableau au monde qui com­porte la présence immobile, la rencontre expectante de deux êtres dans un milieu solitaire, crépusculaire et mortel. Ce milieu solitaire, crépusculaire et mortel joue, dans le tableau, le rôle de la table de dissection dans le texte poétique car non seulement la vie s'éteint à l'horizon, mais encore, la fourche plonge dans cette réelle et substantielle viande qu'a été, de tous temps, pour l'homme la terre labourée; elle s'y enfonce, dis-je, avec cette intentionnalité gourmande de fécon­dité, propre aux incisions délectables du bistouri qui, comme chacun sait, ne fait que chercher secrètement, sous divers prétextes analytiques, dans la dissection de tout cadavre, la synthétique, féconde et nourrissante pomme de terre de la mort; d'où ce constant dualisme, ressenti à travers toutes les époques, de terre labourée-nourriture, table à manger, terre labourée se nourrissant de ce fumier doux comme le miel qui n'est autre que celui des authentiques et ammoniacaux désirs nécrophiliques-dualisme qui nous conduit finalement à considérer la terre labourée, surtout si elle s'aggrave du crépuscule, comme la table de dissection la mieux servie, celle entre toutes qui nous offre le cadavre le plus garanti et appétissant condimenté de cette truffe fine et impondérable qui ne se trouve que dans les fèves nutritifs constitués par la viande des épaules ramollies des nourrices hitlériennes et ataviques, et de ce sel incorruptible et excitant, fait du grouil­lement frénétique et vorace des fourmis, que doit comporter toute authentique "putréfaction insépulte" qui se respecte et peut passer pour digne de ce nom. Si, comme nous le prétendons, la "terre labourée" est la plus littérale et la plus avantageuse de toutes les tables de dissection connues, le parapluie et la machine à coudre seraient transposés dans l'Angélus, en figure masculine et figure féminine, et tout le malaise, toute l'énigme de la rencontre proviendrait toujours selon ma très modeste opinion, indépendamment de l'énigme et du malaise que nous savons maintenant être déterminés par le lieu (terre labourée, table de dissection), des particularités authentiques contenues dans les deux personnages, dans deux objets, d'où dérive tout le développement argumental, toute la tragédie laten­te de la rencontre expectante et préliminaire. 

Le parapluie - type d'objet surréaliste à fonctionnement symbolique - par suite de son flagrant et bien connu phénomène d'érection, ne serait autre que la figure masculine de l'Angélus qui,  comme on me fera le plaisir de bien vouloir se le rappeler, dans le tableau cherche à dissimuler - sans parvenir à autre chose qu'à le mettre en évidence - son état d'érection par la position honteuse et compromettante de son propre chapeau. En face de lui, la machine à coudre, sym­bole féminin connu de tous, extrêmement caractérisera jusqu'à se réclamer de la vertu mortelle et cannibale de son aiguille de piquage, dont le travail s'identifie à cette perforation superfine de la mante religieuse "vidant" son mâle, c'est-à-dire vidant son parapluie, le transformant en cette victime marty­risée, flasque et dépressive que devient tout parapluie fermé après la magnificence de son fonctionnement amoureux, paroxistique et tendu de tout à l'heure. 

Il est certain que, derrière ces deux figures tendues de l'Angélus, c'est-à-dire derrière la machine à coudre et la parapluie, les glaneuses ne peuvent que continuer à ramasser avec indifférence, conventionnellement, les oeufs sur le plat (sans plat), les encriers, les cuillers, et toute l'argenterie que ces dernières heures de crépuscule rendent à cette heure étincelante exhibitionniste et à pei­ne une côtelette crue, prise comme échantillon moyen des signes comestibles, a-t-elle été posée sur la tête du mâle, que déjà la silhouette de Napoléon, l'"affamé" se forme et se dessine subitement dans les nuages à l'horizon, que déjà on le voit s'approcher impatient à la tête de sa cavalcade pour venir chercher la côtelette en question, laquelle, en réalité, de vérité, n'est destinée à proprement parler qu'à l'aiguille, fine de toute finesse, terrifiante de toute terreur, belle de tou­te beauté, de la machine à coudre spectrale, clandestine et bien portante. 

L'Angélus de Millet beau comme la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie. - Salvador Dali.

Archealogical_Reminiscence_of_Millet_s_Angelus


Salvador Dali: Réminiscence archéologique de l'Angelus de Millet.

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06/11/2008

Ode à Salvador Dali

Frederico Garcia Lorca
ODE A SALVADOR DALI. 
 

0 Salvador Dali à la voix olivienne
Je dis ce que me disent ta personne et tes toiles.
Je ne loue point ton imparfait pinceau adolescent,
mais je chante la parfaite direction de tes flèches. 

Je chante ton bel effort de lumières catalanes,
ton amour pour ce qui possède son inexplicable possible.
Je chante ton coeur astronomique et tendre,
de jeu de cartes français indemne de blessure.  

Je chante l'anxiété de statue que tu poursuis sans trêve,
la peur de l'émotion qui t'attend dans la rue.
Je chante la petite sirène de la mer qui chante,
montée sur une bicyclette de coraux et de coquilles.  

Mais avant tout je chante une pensée commune
qui nous unit aux heures obscures et dorées.
Ce n'est point l'art la lumière qui nous aveugle les yeux.
C'est d'abord l'amour, l'amitié ou l'escrime.  

C'est, avant le tableau que, patient tu dessines,
le sein de Thérèse, à la peau d'insomnie,
la boucle serrée de Mathilde l'ingrate,
notre amitié peinte comme un jeu de l'oie. 

Que des traces dactylographiques de sang sur or
rayent le coeur de la Catalogne éternelle.
Que des étoiles comme des poings sans faucon t'illuminent,
tandis que fleurissent ta peinture et ta vie.  

Ne regarde pas la clepsydre aux ailes membraneuses,
ni la faux terrible de allégories.
Revêts et dénude toujours ton pinceau dans l'air,
face à la mer peuplée de marins et de barques.  

Frederico Garcia Lorca (1926, trad. J. C. )

cardinal 1934 [web520]


Salvador Dali - Cardinal - 1934.